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Agriculture
Canada
Publication 1820/F
l 7 e levage des
CHÈVRES
Canada
Digitized by the Internet Archive
in 2011 with funding from
Agriculture and Agri-Food Canada - Agriculture et Agroalimentaire Canada
http://www.archive.org/details/llevagedeschvresOOemon
Publication 1820/F
CANAD1AM
SEP 25 I99>
L'ELEVAGE DES CHÈVRES
Agriculture Canada Publication 1820/F
On peut en obtenir des exemplaires à la
Direction générale des communications
Agriculture Canada, Ottawa K1A0C7.
®Ministre des Approvisionnements et Services Canada 1989
N°.decat.A63-1820/1989F ISBN: 0-662-95332-0
Impression 1989 3M-6:89
Also available in English under the title:
Goats and their management.
AVANT-PROPOS
Ce guide pratique, élaboré par la Société canadienne des
éleveurs de caprins et publié par Agriculture Canada, sera
utile à quiconque veut se renseigner sur l'élevage des
chèvres.
Étant donné que les races laitières constituent la majeure
partie du cheptel caprin du Canada, la présente publication
est consacrée surtout à leurs besoins. Cependant, le dernier
chapitre décrit la chèvre Angora et les Naines, la Pygmée et
la Nigérienne; pour plus de renseignements sur ces races,
s'adresser à la Société canadienne des éleveurs de caprins.
Rédigé et illustré par Sara Emond, technicienne en élevage
caprin, pour le ministère de l'Agriculture de l'Alberta.
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION / 4
LA TAILLE DE L'EXPLOITATION / 4
LA COMMERCIALISATION / 5
Chevreaux de boucherie et reproducteurs
LE LOGEMENT DES CHÈVRES / 6
Chèvrerie
Mangeoires
Clôtures
Abreuvoirs
Salle de traite
Amélioration de l'exploitation
Électricité
CHOISIR DE BONNES CHÈVRES / 12
LA NUTRITION/ 20
Apport énergétique
Protéines
Calcium et phosphore
Sel
Oligo-éléments
Vitamines
Eau
LES ALIMENTS/ 25
L'ALIMENTATION/ 26
Cabris nouveau-nés
Chevrettes de renouvellement
Chevreaux de boucherie
Chèvres en lactation
Chèvres en gestation taries
Boucs
LA REPRODUCTION / 29
Sélection en vue de l'amélioration génétique
Âge à la première saillie
Saison d'accouplement
Détection des chaleurs
Sélection du bouc
Monte en main ou monte en liberté
Insémination artificielle
Tests de gestation
Développement foetal
Gestations indésirables
Accouplements en saison et hors-saison
Problèmes chez les chèvres
LA PARTURITION /39
Prévenir les problèmes
Détecter les problèmes
Résoudre les problèmes
Soins après la naissance
L'ENLÈVEMENT DES BOURGEONS DE
CORNE/ 44
LA CASTRATION DES
CHEVREAUX/ 44
LE TATOUAGE / 44
LA TAILLE DES ONGLONS /45
LES CHÈVRES LAITIÈRES / 45
Traite
Traitement du lait
Qualité du lait
LES MALADIES/ 49
Infections
Carences nutritionnelles
Problèmes digestifs
Parasites
Maladies respiratoires
Maladies provoquant la boîterie
Infections à clostridies
Pasteurelloses
Myeoplasmoses
Mammites
Autres maladies
Principales maladies des chèvres transmissibles
aux humains
AUTRES RACES / 62
L'Angora
Les Naines : la Pygmée et la Nigérienne
Pour de plus amples renseignements
INTRODUCTION
Créatures curieuses et malicieuses, les
chèvres touchent indéniablement une corde
sensible du coeur humain.
Les chèvres sont très sociables. Bien
qu'elles semblent faire bloc face à de nouvelles
arrivées dans le troupeau, elles acceptent la
nécessité de vivre en commun. Acceptant aussi
que des êtres humains fassent partie du troupeau,
elles suivent souvent volontiers leur «maîtresse
chèvre»... humaine. Les cabris en particulier sont
très confiants, aux premières heures de leur vie,
et une chèvre tolérera facilement près de ses
petits la personne qui l'a aidée à mettre bas. Ce
sont sans doute ces traits de comportement qui
ont permis la domestication de la chèvre.
La chèvre primitive a été domestiquée il y a
quelque 10 000 ans, bien plus tôt que tout autre
animal, même le chien. L'homme de cette
époque la gardait surtout, semble-t-il, pour avoir
de la viande fraîche.
Les races caprines modernes, d'une
productivité supérieure, ont été créées par les
humains à partir de l'espèce primitive. De nos
jours, l'Angora donne 10 kg de mohair par année;
la Boer, une chèvre de boucherie d'Afrique du
Sud à croissance rapide, atteint un poids vif de
100 kg. Les races laitières communes peuvent
produire plus de 1000 kg de lait en 10 mois.
Les chèvres que nous voyons au Canada
proviennent quasi exclusivement des races
laitières européennes. Nous avons importé
directement d'Europe les races laitières Alpine,
Saanen, Toggenburg et Oberhasli. L'Alpine vient
évidemment de France; c'est une race de toutes
les couleurs et combinaisons de couleurs. La
Saanen, originaire de la vallée de la Saane, en
Suisse, est devenue la plus répandue des
espèces améliorées, en raison de sa grande taille
et de son excellente production; sa robe est
uniformément blanche ou crème. La Toggenburg,
originaire du nord-ouest de la Suisse, est une
chèvre brune à marques blanches sur la face, le
tronc et les pattes. L'OberhasIi, reconnue
récemment au Canada comme race distincte,
appartient à la famille des chèvres d'OberhasIi-
Brienz, des Alpes suisses. Même l'amélioration
génétique de la Nubienne s'est principalement
faite en Angleterre.
Si l'élevage est bien conduit, ces races
produisent des quantités extraordinaires de lait.
Lorsqu'elles sont exportées dans le Tiers-Monde,
elles en donnent beaucoup moins qu'au Canada,
mais leur production est néanmoins plusieurs fois
supérieure à celle des chèvres indigènes.
Croisées avec des chèvres locales, elles ont déjà
amélioré le rendement de la nouvelle génération
dans ces pays.
Mais les besoins en lait de chèvre ne sont
pas limités au Tiers-Monde. Au Canada,
nombreuses sont les familles qui gardent des
chèvres pour leur autoconsommation de lait. Plus
faciles à élever que les vaches, elles mangent
moins et la quantité de lait qu'elles produisent est
plus facile à gérer.
Des chèvres saines, d'un bon élevage,
donnent du lait dont le goût ne se distingue
pratiquement pas de celui du lait de vache. La
plupart des personnes allergiques au lait de vache
digèrent facilement le lait de chèvre. En outre,
celui-ci est exempt d'agglutinine (l'enzyme qui,
dans le lait de vache, amène la crème à se
rassembler et monter à la surface), nous donnant
ainsi un produit naturellement homogénéisé. Le
lait de chèvre forme un caillé plus moelleux, que
beaucoup de gens trouvent plus facile à digérer.
Sa texture et sa saveur uniques à l'ensemence-
ment en font un ingrédient essentiel de nombreux
fromages.
Qu'on élève des chèvres pour la production
commerciale ou pour la consommation familiale,
elles doivent de toute évidence être de bonnes
productrices. Vous trouverez un excellent matériel
génétique dans n'importe laquelle des races
laitières canadiennes, et vous aiderez ces animaux
à réaliser tout leur potentiel par une bonne gestion
du troupeau et une nutrition équilibrée. L'entretien
d'une piètre productrice est presque aussi coûteux
que celui d'une bonne laitière; par contre, un
animal en santé à forte production vous permettra
de rentrer plusieurs fois dans vos frais.
LA TAILLE DE L'EXPLOITATION
C'est là une des premières décisions que
vous aurez à prendre. Pour avoir assez de lait
pour la consommation familiale, il suffirait de deux
bonnes chèvres qui commencent une lactation
(après avoir chevreté) à des époques différentes
de l'année. Une chèvre qui produit 1000 kg de lait
au cours d'une lactation de 10 mois arrive
normalement à un sommet d'environ 5 à 5,5 L par
jour au cours du deuxième mois, après quoi sa
production diminue de 10 à 15% par mois. Une
chèvre qui donne 5 L de lait en mai n'en donnera
probablement plus que 2,5 L en octobre ou
novembre. Au Canada, la grande majorité des
chèvres mettent bas en mars, mais il n'est pas
difficile de faire en sorte qu'une chèvre commence
une nouvelle lactation au moment qui vous
conviendra, entre février et juillet. Si l'une de vos
chèvres met bas en février et l'autre en juillet,
l'approvisionnement en lait sera plus régulier.
Trois ou quatre chèvres vous donneraient
peut-être un plus grand sentiment de sécurité, au
cas où l'une d'elles aurait des problèmes;
cependant, à moins que vous n'utilisiez le surplus
de production ou que vous n'ayez un marché pour
l'écouler, ce ne serait pas rentable. Les chèvres
se reproduisent rapidement et les chevrettes
deviennent généralement productrices au bout
d'un an ou deux. Vous devrez donc décider
combien de chèvres vous garderez et vous en
tenir à ce nombre; la surpopulation dans la
chèvrerie est malsaine pour les animaux et très
frustrante pour l'éleveur.
Si vous vous proposez de commercialiser
votre production, le problème sera le même. La
régularité de l'approvisionnement compte pour
beaucoup dans la commercialisation du lait, du
yogourt ou du fromage. En fait, la demande de
lait et de produits laitiers est plus forte en hiver
qu'en été. Pour y répondre, il faudra qu'un plus
grand nombre de chèvres, sinon la plupart,
commencent leur lactation aussi tard que possible,
jusqu'en octobre ou novembre.
A moins d'avoir une grande expérience de la
production laitière en général et des chèvres en
particulier, vous achèterez probablement plus de
bêtes que vous ne pourrez en élever. Essayez
d'abord, pendant environ un an, de traire une
dizaine de sujets, pour avoir une idée de ce qui
vous attendrait avec un plus grand troupeau;
ensuite, si vous êtes toujours intéressé à en
traire 50, peut-être faudrait-il tenter l'aventure!
Ces 10 premières chèvres constitueront probable-
ment un bon début pour un troupeau commercial,
si vous étiez généralement satisfait de leur
production, de leur résistance et de leur état de
santé. Si vous renoncez à vous lancer dans la
production commerciale, vous aurez assez d'ani-
maux pour la sélection d'un bon petit troupeau.
De nombreux facteurs risquent de décou-
rager ceux qui voudraient constituer un troupeau
commercial : difficulté de trouver de l'aide
rémunérée fiable, animaux ne répondant pas aux
attentes, problèmes de santé du troupeau, pour
n'en citer que quelques-uns. Du point de vue de
la faisabilité économique, un assez large écart
sépare le troupeau de quatre laitières du troupeau
de 50. Le lait de 10 laitières est souvent trop
abondant pour la consommation familiale et pas
assez pour la vente. Cependant, l'éleveur qui
désire garder des animaux d'exposition de race
pure, en comptant sur la vente de reproducteurs
pour payer les factures, devra être à la tête d'une
dizaine de chèvres au minimum s'il veut réussir
des améliorations génétiques. S'il ne vend pas de
lait, cet éleveur aura à supporter des pertes nettes
au moins pendant les quelques premières années,
avant de se faire une réputation.
LA COMMERCIALISATION
Si on produit du lait pour la vente, on doit
respecter la réglementation de la région où on
compte l'écouler. La plupart des municipalités et
des comtés ont des règlements qui interdisent la
vente de lait cru. Même le lait pasteurisé devra
être traité de la façon spécifiée, pour éviter toute
contamination avant de sceller le contenant.
Le lait peut être contaminé de diverses
façons. Les chèvres, même apparemment saines,
peuvent évacuer dans leur lait des micro-
organismes tels que des toxoplasmes ou des
salmonelles. Comme elles le font de façon
intermittente seulement, on détecte difficilement
les bactéries par échantillonnage. Une mammite
non virulente passe souvent inaperçue pendant un
certain temps, même si vous procédez
régulièrement à des numérations cellulaires ou au
test californien de détection de la mammite (CMT)
sur votre troupeau. Les mains du trayeur, la
trayeuse ou même l'air de la salle de traite
peuvent transmettre des germes pathogènes.
Votre famille et vous-même êtes probable-
ment immunisés contre la plupart des germes
pathogènes présents dans le troupeau et dans
l'environnement, mais il n'est pas certain que tous
les consommateurs du lait que vous vendez le
soient aussi. En fait, ce sont souvent les
personnes les plus sensibles aux risques— bébés,
personnes âgées, malades — qui constituent la
clientèle du lait de chèvre. Votre devoir est de ne
livrer à vos clients qu'un produit parfaitement
propre et de qualité supérieure, ce qui implique la
pasteurisation. Plus le lait sera propre au départ
et plus tôt il aura été pasteurisé après la traite,
meilleur il sera.
Pour pasteuriser le lait, il faut le chauffer à
une température à laquelle presque toutes les
bactéries seront éliminées, après quoi on le
refroidit rapidement pour éviter le développement
d'odeurs anormales et la prolifération bactérienne.
En outre, ce procédé rend inactifs certains
enzymes du lait, notamment la lipase, qui donne le
goût «de chèvre».
Dans certaines régions, la vente de lait cru
aux clients qui viennent l'acheter à la ferme, dans
leur propre contenant, est encore tolérée. C'est
une pratique que nous ne pouvons pas
recommander. En fait, ce serait même une bonne
idée d'acheter un appareil de pasteurisation pour
le lait destiné à votre propre famille, même si vous
ne soupçonnez aucun problème.
Les laiteries commerciales sont obligées de
pasteuriser tout le lait destiné à la vente. La
plupart des fromageries pasteurisent également le
lait avant la fabrication, simplement pour être sûrs
que les cultures ne sont pas altérées.
Au Canada, ce sont les provinces qui éta-
blissent les règlements en matière de production
laitière, l'objectif étant de rendre la consommation
du lait parfaitement sécuritaire pour les con-
sommateurs. Mais les règlements peuvent aussi
servir de guide pour vous permettre de produire
avec le minimum d'efforts du lait de première
qualité. En respectant les spécifications appli-
cables aux installations et les recommandations de
salubrité, vous économiserez temps, énergie et
argent. S'il n'existe pas de règlements pour les
producteurs de lait de chèvre dans votre région,
suivez ceux qui s'adressent aux producteurs de
lait de vache.
Peu de producteurs peuvent s'offrir un atelier
de fabrication. En fait, la plupart des petits
troupeaux ne produisent pas assez de lait en deux
ou trois jours pour remplir l'appareil de
pasteurisation d'un atelier de fabrication moyen.
Pour que le traitement soit rentable, il faut donc
que plusieurs producteurs coopèrent, en envoyant
leur lait à la même laiterie.
Dans la plupart des accords de traitement, le
fabricant commercialise le produit fini et exige un
approvisionnement régulier en lait de bonne
qualité; les producteurs doivent s'engager à le
fournir et être capables de le faire. Un contenant
attrayant pourra tenter de nouveaux clients, mais
si l'on veut conserver le marché, il faut que le
produit soit disponible de façon suivie et que son
goût soit toujours identique.
Chevreaux de boucherie et
reproducteurs
Dans toute exploitation laitière, un jeune
qu'on n'utilise pas pour le renouvellement du
troupeau peut devenir une charge. Le nourrir
exige en effet à la fois du temps et de l'équipe-
ment.
Les producteurs qui vendent leur excédent
de chevreaux pour la boucherie élèvent souvent
ceux qui sont nés au cours de l'été jusqu'à ce
qu'ils atteignent le poids de mise en marché, en
les laissant à la mamelle, s'ils ne veulent pas du
lait. Cette pratique fait économiser du travail, mais
c'est un peu risqué : comme l'état du pis n'est pas
surveillé de très près, une mammite risque de se
déclarer. De nombreux producteurs préfèrent
donc vendre à bas prix, à qui voudra les élever
pour la boucherie, leurs cabris de réforme de
4 jours.
Quelle que soit la solution retenue, encore
faut-il qu'il existe un marché. Les marchés ne
sont pas aussi organisés pour la viande de chèvre
que pour celle de boeuf ou de porc, mais les
abattoirs achètent souvent des chevreaux juste
avant Pâques ou Noël. Ils veulent alors des
animaux dont le poids vif est de 20 à 25 kg. Aux
autres époques de l'année, les débouchés
risquent d'être rares.
Pour la vente de viande au détail, il faut que
les animaux soient abattus dans un abattoir
contrôlé. Si cela vous intéresse, vous pourriez
demandez à un petit abattoir s'il serait disposé à
réserver aux chèvres de boucherie un jour par
semaine ou par mois; sans doute devrez-vous
également créer le marché de vente au détail.
Vous devrez garantir la livraison d'un certain
nombre d'animaux ou d'une certaine quantité de
viande, et tenir compte des goûts des clients.
Heureusement, l'intérêt pour le chevon (viande de
chèvre) se développe au Canada.
Il existe aussi un marché pour les animaux
reproducteurs, mais la concurrence y est assez
vive. Vous arriverez parfois à vendre à des
exploitations familiales des chevreaux améliorés
par croisement et inscrits, issus d'un père testé,
d'une race laitière à forte productivité et provenant
lui-même d'une bonne sélection. Cependant, la
demande la plus lucrative concerne les animaux
de race pure et les «Canadian of Breed» pour les
expositions et la production laitière. Les acheteurs
voudront avoir la preuve de la productivité, sous
forme de courbes de production laitière; ceux qui
achètent à distance s'intéresseront aussi aux
renseignements que fournissent l'inscription
relative à la classification et les prix obtenus lors
des expositions. Plus vous aurez de renseigne-
ments à fournir sur les reproducteurs, plus
grandes seront vos possibilités de répondre aux
besoins des clients. Ne négligez pas la publicité
si vous voulez porter ces renseignements à
l'attention d'éventuels acheteurs; la publication de
petites annonces dans les revues destinées aux
éleveurs vous y aidera.
Que vous éleviez des animaux de race pure
ou des animaux améliorés par sélection génétique,
à petite ou à grande échelle, vous devrez de
temps à autre réformer une chèvre. Les raisons
les plus courantes pour lesquelles on se débar-
rasse d'un animal sont les mammites chroniques,
la faible productivité et les problèmes de
reproduction. Ne vendez jamais un animal qui
présente de tels problèmes autrement que pour la
boucherie. Si vous l'emmenez aux enchères
locales, identifiez-le comme animal de réforme. Si
vous le vendez pour la boucherie, n'omettez pas
de signaler à l'acheteur les traitements aux
antibiotiques qui lui ont été administrés; mieux
encore, attendez la fin du délai de retrait
recommandé par le fabricant du médicament.
Évidemment, vous pouvez vous réserver l'animal
pour la consommation : même une très vieille
chèvre vous donnera un bon ragoût !
LE LOGEMENT DES CHÈVRES
Chèvrerie
La plupart des partisans des chèvres
aménagent une remise ou un bâtiment existant
pour loger leurs premiers sujets. L'intérieur de ce
local doit être sec; non seulement les chèvres
détestent être mouillées, mais elles tomberont
vraiment malades si elles ne peuvent pas s'abriter
de l'humidité et du crachin. Les murs devraient
également être assez bien construits pour qu'il n'y
ait pas de courants d'air. Il n'est pas nécessaire
d'isoler le bâtiment, car les chèvres peuvent
tolérer des températures froides, mais une bonne
ventilation est indispensable. La condensation
d'humidité dans un bâtiment trop chaud, sans
aération, entraîne des problèmes respiratoires
chez les chèvres.
Une chèvrerie située en un lieu sec et bien
drainé n'a besoin d'aucun plancher. En fait, un
plancher de bois risque de pourrir et il s'y formera
des trous; quant au béton, il est froid et humide.
Si le sol est déjà recouvert de béton, on devra
apporter d'énormes quantités de litière pour isoler
les chèvres pendant l'hiver, ou construire des
plates-formes en bois sur lesquelles elles pourront
dormir. Une autre solution consiste à aménager
dans un coin ou sur un côté de la chèvrerie une
aire de repos qui peut recevoir une bonne
épaisseur de litière.
Il faut réserver au moins un petit parc
d'exercice à l'extérieur de la chèvrerie. Bien
qu'on puisse mettre une chèvre au piquet pendant
une courte période si elle y est habituée, cette
pratique n'est pas recommandée, à moins que
quelqu'un ne soit constamment prêt à aller la
dégager, à l'emmener à un nouvel endroit et à
l'abriter de la pluie. En outre, comme les chèvres
préfèrent mordiller des pousses que brouter
l'herbe, il n'est 'pas facile de les empêcher de
s'étrangler avec leur longe. La seule exception à
la règle «ne pas entraver» s'applique peut-être au
bouc qui ne veut pas rester dans son enclos.
Figure 1 Plate-forme de repos
Figure 2 Litière permanente
Litière épaisse
- Sol bétonné
Figure 3
Contreplaqué
Le haut a 37 mm
de moins que le bas
A - planche 2x6
B - planche 2 x 4 (75 mm de plus que A)
C - planche 1 x 4, 60 cm de long
Figure 3 Ce râtelier est pratique le long d'une cloison ou d'une
clôture. Comme un plateau recueille la plus grande partie du foin
que les chèvres font tomber, elles ne le piétinent pas trop.
Prévoyez un nombre de trous individuels supérieur de 20 % au
nombre de chèvres que vous avez à nourrir.
120-135 cm
Comme l'aire d'exercice sera utilisée
pendant une longue période, entourez-la d'une
clôture solide. Pour la plupart des chèvres, une
hauteur de 122 cm suffira. Vous aurez besoin
d'au moins deux portes : l'une pour laisser sortir
les chèvres qui vont au pré et l'autre pour vous
laisser entrer. Plusieurs types de loquets
conviennent pour les enclos, mais on doit les
mettre hors d'atteinte des chèvres. Les portes
devront être assez larges pour laisser passer une
brouette.
Mangeoires
De préférence à l'intérieur de la chèvrerie,
vous devez installer une mangeoire à foin et une
petite boîte pour le mélange de sel et de minéraux.
Si vous avez l'intention de donner le grain en
dehors de la salle de traite, vous pouvez le faire
dans le même secteur.
À propos des mangeoires, ce sera plus
agréable de les installer à un endroit où vous
pourrez les remplir sans vous trouver au milieu
des chèvres. Il n'y a rien de plus frustrant que de
devoir se frayer un chemin, une botte de foin sur
l'épaule, au milieu d'un troupeau de chèvres
excitées.
Figure 5 La trémie est l'idéal pour le mélange sel - minéraux.
Placez-la assez haut pour que les chèvres ne grimpent pas
dessus, mais assez bas pour qu'elles puissent s'y alimenter en
étant surélevées.
Si vous devez placer la mangeoire à
l'extérieur, veillez à ce que la réserve d'aliments
soit couverte. Les chèvres préféreront être
abritées elles aussi, autrement elles ne mangeront
rien les jours de pluie ou de neige. De plus, pour
éviter la prolifération de moisissures toxiques, il
importe que le fourrage, le foin ou le grain soient
préservés de l'humidité.
Figure 4
A - 22,5 cm pour les boucs, 20 cm pour les chèvres, 15 cm pour les chevreaux
B - 15 cm pour les boucs, 10 cm pour les chèvres, 7,5 cm pour les chevreaux
Figure 4 Pour le foin ou le grain, on peut employer une
mangeoire protégée par des cornadis en «trou de serrure». Le
rail de distribution évite les disputes. Si vous voulez nourrir les
chèvres des deux côtés, augmentez la largeur pour éviter les
bousculades.
8
Clôtures
Des cloisons de planches suffisamment
élevées gardent les chèvres dans leurs stalles,
mais elles sont coûteuses. On préférera donc
peut-être en installer seulement autour de la
chèvrerie et dans les zones de forte pression
(stalles voisines de la réserve d'aliments, stalles
de sevrage des cabris et stalles des boucs). Pour
la plupart des chèvres, une cloison de 122 cm
sera suffisante, mais on a parfois affaire à un bouc
d'un an qui tient à prouver qu'il est capable de
sauter ! Mieux vaut donc avoir une cloison de 150
cm autour de la stalle du bouc. Il faut être prêt à
ajouter un fil de fer par-dessus au besoin, et pour
ce, installer des poteaux assez hauts.
Le treillis de fil de métal en réseaux (clôture
de ferme) peut être un bon matériau à employer
autour des chèvreries de grandes dimensions,
surtout si on peut le fixer sur des planches dans le
haut et dans le bas. Quand on utilise le treillis
seul, les chèvres qui se dressent et se frottent
contre la clôture retirent jusqu'à ce qu'il s'affaisse
assez pour les laisser passer. Si l'on emploie du
treillis trop fin, les chèvres arriveront à en étirer les
mailles et les jeunes entreront et sortiront.
Une solution qui rend la clôture très sûre est
le treillis renforcé par du fil électrique. Faire
passer du fil électrique à 5 à 8cm du haut de la
clôture et à 30 à 42 cm au-dessus du sol
dissuadera les chèvres de se dresser et de
s'appuyer contre la clôture. Un autre fil électrique
posé à 8 à 10 cm au-dessus du treillis arrêtera les
sauteuses, surtout lorsqu'elles auront reçu une
bonne décharge. Ce genre de dispositif apprend
aux chèvres à respecter les fils électriques.
Quand elles reçoivent une décharge, elles ne
peuvent pas foncer tête première comme elles le
voudraient. Au bout d'une semaine derrière une
clôture électrique, la plupart des chèvres
deviennent tout à fait dociles en présence d'un
simple fil électrique.
La clôture électrique est une des merveilles
du monde moderne. Une fois que la chèvre s'y
est habituée, elle ne s'intéresse pratiquement plus
à rien de ce qui se trouve de l'autre côté. L'un de
ses grands avantages est de laisser voir au
travers. Vous pouvez ainsi surveiller vos animaux
sans les déranger et observer tout comportement
inhabituel qui signale une chèvre malade ou en
chaleur, ou vous pouvez simplement observer vos
chèvres pour le plaisir. On doit cependant tailler
la végétation aux alentours pour que le fil reste
bien dégagé. Une bonne cisaille à fil de nylon,
de préférence à moteur, vaut bien l'inves-
tissement; il serait coûteux et pourrait être
dangereux d'employer des herbicides le long de la
clôture.
Même si votre électrificateur (l'appareil qui
envoie le courant dans les fils) est d'un type
utilisable sans isolateurs, mieux vaut employer ces
derniers. Les chèvres ont besoin d'une forte
décharge dont elles se souviendront, et l'on ne fait
que gaspiller le courant en fixant le fil électrique
aux poteaux. Assurez-vous que votre électrifi-
cateur est compatible avec les nouveaux fils
plastifiés; les électrificateurs «brûleurs d'herbes»
ne fonctionnent qu'avec du vrai fil galvanisé. Le
calibre 16 (lisse, évidemment) est facile à em-
ployer, mais il faut des ressorts pour le garder
bien tendu. Il se dilate à la chaleur et se contracte
au froid.
N'employez jamais de fil de fer barbelé pour
vos chèvres. Comme elles ne craignent pas les
égratignures, elles s'y frotteront jusqu'à ce
qu'elles aient le pis déchiré — pour recommencer
aussitôt guéries. La meilleure chose à faire est
d'enlever le fil de fer barbelé et de le donner à
votre voisin qui élève du bétail. Le fil électrique
tiendra aussi les bestiaux à l'écart de la chèvrerie.
Abreuvoirs
Les abreuvoirs automatiques sont mer-
veilleux. Tout ce que vous avez à faire est de les
tenir propres. Si vous ne pouvez vous en payer
un tout de suite, veillez au moins à ce que les
chèvres aient toujours accès à de l'eau propre.
L'hiver, à moins de pouvoir leur apporter de l'eau
tiède à toutes les deux heures environ, vous
trouverez utile d'investir dans un dispositif antigel
pour l'eau destinée aux bêtes. Il maintiendra
l'abreuvoir juste au-dessus du point de congé-
lation, permettant ainsi aux chèvres de boire à
volonté. L'isolation de l'abreuvoir aidera à réduire
le compte d'électricité.
Il faut protéger l'abreuvoir par un ou deux
cornadis en «trou de serrure» (Figure 4). Une
chèvre peut accidentellement y déposer des
excréments en s'y appuyant, mais avec un peu de
chance, cela se produira rarement. On doit
pouvoir déplacer et nettoyer l'abreuvoir facilement.
Salle de traite
La traite nécessite un endroit tranquille, à
l'écart du troupeau, une aire réservée à cet usage,
en dehors de celles où séjournent les chèvres, et
que vous pourrez tenir relativement propre. La
plupart des chèvres qui sont habituées à la traite
éviteront de lâcher des excréments dans la salle
de traite, mais elles en charrieront toujours un peu
avec elles. Pour la propreté des lieux, ce serait
certainement un atout que d'avoir un plancher à
cet endroit.
Ce qui vous sera nécessaire au plus tôt,
c'est une plate-forme de traite, qui gardera le lait
propre tout en vous évitant des crampes.
Certaines personnes préfèrent traire toujours du
même côté, mais il est préférable pour votre dos
d'alterner, si possible. Les chèvres s'y habituent
d'ailleurs assez vite.
Figure 6 Plate-forme de traite pliante simple
La traite peut être mécanisée; si vous devez
traire plus de huit ou neuf chèvres, c'est une
possibilité à envisager. Il faut un moindre niveau
de vide pour les chèvres que pour les vaches, de
25 à 30 cm suffisent; le nombre de pulsations peut
varier entre 55 pour 25 cm de vide et 65 pour
30 cm. Il existe des griffes légères pour les
chèvres. Consultez le représentant local en
trayeuses; il pourra en trouver une qui vous
convient, ou en adapter une que vous possédez
déjà. Quand on emploie une trayeuse, le
nettoyage est particulièrement important.
Amélioration de l'exploitation
Après un certain temps d'expérience avec
une chèvrerie de fortune, vous voudrez peut-être
agrandir votre exploitation ou y apporter des
améliorations. Vous aurez appris alors comment
vous aimez faire les choses, ce qui vous convient,
à vos chèvres et à vous, et à quels endroits vous
souhaitez disposer de plus de commodités.
La figure 8 montre comment se fait
habituellement la circulation dans la chèvrerie.
Même si vous n'avez que quatre chèvres, vous
devrez accomplir la plupart des fonctions
représentées. L'idéal serait d'avoir une aire
spéciale et des stalles pour chaque groupe dont
l'alimentation diffère, mais vous devrez sans
doute, selon vos moyens, réserver certaines
zones à deux usages. Comme on n'utilise l'aire
de parturition que quelques fois dans l'année, elle
pourrait le reste du temps servir pour soigner les
bêtes ou encore accueillir les chevreaux sevrés.
Cependant, avant d'utiliser une aire pour une
fonction donnée, il faut bien la nettoyer si elle a
auparavant servi à un autre usage.
Figure 7
10
Figure 8 Circulation dans une exploitation laitière
Boucs
boucs
Reproduction
Renouvelle-
ment
i
Fin de gestation
Jeunes
sevrés
Chevreaux
de boucherie
Chev-
rettes
17
Chèvres
taries
Mise bas
Isolement
Zone de
traitement
Chèvres
laitières
Retour du lait
Traitement
du lait
Stalle de
contention
Salle de
traite
Stockage
du lait
I
l
j
Lait
La première nécessité, c'est un bâtiment
pour les chèvres en lactation. On peut opter pour
la stabulation libre, les stalles ouvertes ou la
stabulation entravée, mais le troupeau devra
manger et dormir dans des locaux secs, à l'abri
des courants d'air. Chaque chèvre en lactation
doit disposer d'un espace de 1,8 m 2 dans la
chèvrerie.
On peut se passer de salle de contention si
le troupeau est de taille modeste, mais autrement,
c'est une grande commodité. Parfois, une des
anciennes vous verra d'un mauvais oeil traire une
jeune chèvre avant elle, et vous n'aurez pas le
temps de la pourchasser pour la faire entrer dans
la salle de traite. Réservez un espace juste assez
grand pour que tous les animaux puissent s'y tenir
ensemble (0,5 m2 ou un peu moins par sujet),
mais où ils seront assez à l'étroit pour vouloir en
sortir.
Si vous avez la moindre intention d'agrandir
le troupeau, tenez-en compte en dressant les
plans de construction d'une nouvelle salle de
traite. C'est l'aire la plus coûteuse à bâtir et à
agrandir. Construisez aussi grand que vous
pouvez vous le permettre; de toute façon, si vous
avez un peu trop de place, vous trouverez à
l'employer. Prévoyez une plate-forme de traite
d'une longueur suffisante pour accueillir au moins
deux fois plus de chèvres que le nombre que vous
pouvez traire à la fois, afin de leur laisser le temps
de manger assez de grain. On peut employer un
coin de la salle de traite comme aire de soins; un
endroit où il est possible d'attacher une chèvre
quelques minutes suffira pour un petit troupeau.
L'aire de soins doit avoisiner la salle de
traite, là où se présentent le plus grand nombre de
problèmes. On y conserve les médicaments, les
cisailles à onglons, le dossier de chaque animal.
Vous n'arrêterez évidemment pas la traite pour
apporter l'un ou l'autre de ces soins, mais si vous
avez la chèvre à votre portée, il vous sera plus
facile de vous en occuper par la suite.
11
Si vous pouvez vous le permettre, ne lésinez
pas sur l'aménagement d'une aire d'isolement. Il
faut isoler toute chèvre qui présente des
symptômes de ce qui pourrait être une affection
contagieuse. Cela ne veut pas dire que vous ne
veillerez pas à son confort; parfois, elle aura
simplement besoin d'un petit moment de
tranquillité. Comme le reste du troupeau est
important également, il faut aménager un autre
bâtiment pour le cas où d'autres places de soins
seraient requises.
Que le lait soit destiné à la consommation
familiale ou à la vente, il faut alimenter les chèvres
en lactation en visant une bonne production. Vous
ne donnerez pas la même ration aux chèvres que
vous tarissez; c'est un foin grossier de graminées,
bien propre, donné à volonté, qui leur profitera le
plus, en ajoutant plus tard un peu de grain, au
cours de la gestation. Pour cette raison, les
chèvres en lactation et les chèvres taries doivent
prendre leurs repas séparément. On peut
réserver une aire à chaque groupe ou simplement
les séparer une fois par jour. Si on choisit la
deuxième solution, il faut donner aux chèvres en
lactation une bonne ration de luzerne de
30 à 45 minutes avant de laisser entrer les chèvres
taries dans l'aire d'alimentation. Si les bêtes taries
mangent les restes, elles ne trouveront sans doute
plus que des tiges, qui ne leur feront pas de mal.
Si l'on retient cette solution, il faut de la régularité
en ce qui concerne l'heure de la journée et la
quantité de luzerne donnée.
Les stalles de parturition doivent être propres
au moment où la chèvre y pénètre, de préférence
quelques heures seulement avant la parturition. Si
l'on n'a pas l'intention de faire suivre aux cabris un
programme d'alimentation au lait pasteurisé, on
peut les laisser trois ou quatre jours avec leur
mère, jusqu'à ce que son lait puisse servir à la
consommation humaine.
Il faut grouper les chevreaux d'après leur
taille et leur maturité. Si vous préférez laisser les
mères les nourrir à la mamelle, réservez-leur une
place à part. Les chevrettes destinées au renou-
vellement du troupeau ne devraient pas avoir
accès au lait en quantité illimitée; par contre, c'est
la façon la plus rapide d'engraisser les chevreaux
de boucherie. On doit donc sevrer assez tôt les
chevrettes de renouvellement, mais continuer à
donner du lait aux chevreaux de boucherie
jusqu'à ce qu'ils atteignent leur poids de
commercialisation.
Si on décide de conserver un bouc, mais
sans vouloir que toutes les chèvres soient saillies
à la même époque, il faut lui donner son propre
logement, sa ration et son abreuvoir. Une clôture
de 150 cm devrait le tenir éloigné des chèvres; si
ce n'est pas suffisant, vous vous en apercevrez
lorsqu'une des femelles entrera en chaleur !
Peut-être devrez-vous alors décider d'ajouter une
planche ou un fil électrique en haut de la clôture.
Vous pourriez encore essayer d'attacher le bouc
à un fil de fer allant de son logement à son auge.
Si on veut garder plusieurs boucs, on peut
les loger ensemble, car le bouc apprécie la
compagnie d'un congénère la plus grande partie
de l'année. Certains éleveurs donnent à leurs
boucs des enclos séparés, où ils ne peuvent se
rendre visite qu'en passant la clôture, puisque
certaines maladies se propagent par l'activité
homosexuelle; l'uréaplasmose par exemple,
risquerait d'entraîner par la suite une vaginite chez
les chèvres saillies. Mais il y a peu de maladies
transmises sexuellement chez les chèvres.
Un seul bouc suffira pour faire entrer une
chèvre en chaleur; par contre, l'accouplement
n'est pas tout à fait aussi simple lorsque plusieurs
boucs sont logés ensemble. Si c'est possible,
ménagez une aire voisine pour le bouc que vous
voulez utiliser, faites-l'y entrer seul, puis
introduisez la chèvre. En saison d'activité sexu-
elle, même des boucs bien élevés peuvent devenir
très difficiles à manoeuvrer; donc, plus vous vous
faciliterez les choses et mieux vous réussirez.
Électricité
La traite exige évidemment de l'électricité, de
même que d'autres opérations auxquelles vous
procéderez dans la chèvrerie. Soyez prudent si
vous réalisez votre propre installation. Il faut du fil
spécialement isolé, résistant à l'humidité;
n'employez jamais d'installation de fortune, avec
des rallonges. Les installations défectueuses et
les courts-circuits sont une des principales causes
d'incendie, surtout l'hiver, lorsque les chèvres sont
emprisonnées dans la chèvrerie. Soyez prudent
aussi avec les lampes chauffantes. Les chèvres
en ont rarement besoin; mieux vaut ne pas en
utiliser, à moins d'avoir l'entière certitude qu'elles
sont sécuritaires.
CHOISIR LES BONNES CHÈVRES
Pour les vrais débutants qui achètent leurs
premiers sujets, toutes les chèvres se
ressemblent. Une fois rentrés chez eux, ils
découvrent plus facilement leurs défauts. À ce
moment-là, ils peuvent même ne plus rien voir
d'autre.
Aucune chèvre n'est parfaite. Mais il est tout
à fait admissible d'établir des normes minimales
pour certaines caractéristiques, de se contenter
d'animaux qui répondent à ces normes jusqu'à ce
que cela soit le cas de toutes les chèvres du
troupeau, puis de réviser les normes à la hausse
pour atteindre vos objectifs d'amélioration
génétique. Même si votre chèvre n'est pas
parfaite, elle a certainement plusieurs bons côtés
qu'elle pourra transmettre à la prochaine
génération grâce à un élevage sélectif. Vous
pourrez arriver à une évaluation impartiale de ses
12
Figure 9 Chèvre bien conformée
Figure 10 Bouc bien conformé
13
qualités et de ses défauts en tenant des registres
de production laitière, des fiches de classification
et des registres de descendance.
L'idéal serait que vous lisiez ceci avant
d'acheter votre première chèvre. Mais tel ne sera
sans doute pas le cas dans les faits. Peut-être
êtes-vous en train de décider si vous allez garder
ou réformer cette première chèvre, ou garder sa
chevrette comme remplaçante, ou vendre son
chevreau comme reproducteur. Ou peut-être
cherchez-vous une chèvre ou un bouc à ajouter à
votre troupeau. Quel que soit votre cas, il
convient de tenir compte des aspects suivants :
SANTÉ Une chèvre saine est alerte, vive,
gracieuse, sa robe est luisante, sa peau mobile et
souple. N'achetez jamais une chèvre qui vous fait
pitié, à moins de savoir exactement combien de
temps et d'argent vous voulez risquer, sans parler
de la santé de votre troupeau. Notez tout signe
de boîterie, d'enflure des articulations, de
mammite, de malnutrition, de diarrhée ou d'abcès
chez un animal ou dans le troupeau.
REGISTRES DE PRODUCTION LAITIÈRE S'ils
sont disponibles, examinez les registres de pro-
duction laitière de la chèvre elle-même ou de ses
plus proches parents, mère, soeur, etc. Quand a
t-elle eu sa première lactation ? À quel âge ?
Combien de lait a-t-elle donné alors ? Et lors des
lactations suivantes ? Et à l'occasion de son
dernier test ? Quel est son taux butyreux moyen ?
Quel poids de matières protéiques donne-t-elle par
lactation ou par test? Comment est-elle classée
dans le troupeau ? Connaît-on sa numération
cellulaire ? Ce sont des questions que vous devez
poser et les éleveurs qui pourront y répondre
seront contents que vous les ayez posées.
PIS De nouveau, les proches de la chèvre vous
donneront certaines indications sur ce à quoi vous
devez vous attendre si elle n'a pas encore de pis,
ou concernant la situation actuelle. (N'oubliez pas
de vous enquérir du dossier de reproduction;
depuis quand la chèvre est-elle tarie ?).
La mamelle doit être solidement attachée,
haute et large en arrière, la partie antérieure
tournée vers l'avant, les trayons bien délimités,
d'une grosseur commode pour la traite. De bonne
capacité, elle doit être bien soutenue par le
ligament suspenseur médian. Un pis pendant est
plus exposé à des lésions qui raccourciraient la vie
productive de la chèvre. Immédiatement après la
traite, le pis doit être dégonflé et souple au
toucher; il ne doit pas être trop charnu. Veuillez à
ce qu'il ne présente pas d'indurations qui
pourraient indiquer que la chèvre a eu des
problèmes de mammite susceptibles de se
reproduire.
Figure 1 1 Une bonne mamelle, solidement attachée sur les
côtés, haute et large à l'arriére, suspendue à un écusson large.
Figure 12 Mamelle pendante, retenue seulement par des
cordons de peau et de tissu conjonctif. Le ligament médian
étiré la laisse pendre dangereusement bas.
CARACTERISTIQUES D'UNE CHEVRE LAITIERE
Une chèvre laitière devrait avoir des formes nettes
et ne pas être trop charnue (surtout pendant la
première moitié de la lactation). Elle devrait avoir
une encolure longue et mince ainsi que des jarrets
et des flancs nets et anguleux.
14
Figure 13 Un ligament médian faible laisse toute la mamelle
s'affaisser au centre, sans division entre les quartiers; les trayons
pointent vers le haut et de côté et l'attache arrière cède sous le
poids.
Les côtes devraient être larges, plates et
espacées; des os plats peuvent aussi être visibles
dans les membres, qui devraient cependant
paraître solides tout en ayant une coupe plutôt
plate. Ces caractéristiques sont celles d'une
chèvre qui utilise ses aliments pour produire du lait
plutôt que de la chair.
CAPACITÉ DU CORPS Une chèvre qui mange
bien a une plus forte production laitière. Examinez
la longueur et la profondeur du corps, la courbure
des côtes et la profondeur dans la région de la
poitrine. Evitez le tour de poitrine serré, qui
entrave la respiration et donc les fonctions
métaboliques. Le corps idéal est en forme de
coin, le volume augmentant d'avant en arrière,
d'un tour de poitrine généreux à des flancs
profonds, et d'épaules nettes et dégagées à un
abdomen large et de bonne capacité.
Figure 14 Types d'épaules
Épaule charnue
Épaule disloquée
Figure 1 5 Types de hanches
Nettes et anguleuses : cuisses minces et incurvées Charnues : cuisses lourdes et charnues
15
Figure 1 6 Types de côtes
Les bonnes côtes sont larges et plates,
bien séparées.
Les côtes «en crayons», minces et rondes,
sont moins satisfaisantes.
Figure 17 Vue de côté, une bonne chèvre laitière (en haut) a un
corps long, un abdomen ample et une bonne profondeur de
poitrine. Une chèvre médiocre (en bas) est courte et creuse,
avec la poitrine et les poumons serrés; l'appareil digestif manque
de volume.
PATTES ET PIEDS Ces derniers doivent être
droits, robustes, exempts d'enflures aux
articulations. Les pattes et les pieds de la chèvre,
qui la porteront toute sa vie à la mangeoire
comme à la salle de traite, doivent être bien
conformés.
Les genoux épais, les articulations du grasset
ou du jarret enflées, les paturons cassés, les
pattes postérieures lourdes ou les épaules
disloquées sont causes de douleur, de stress et
d'une perte de production précoce.
L'étroitesse de l'écusson met de la pression
sur le pis, entraînant une rupture précoce des
attaches; les pattes trop rapprochées au niveau
des jarrets heurtent le pis lorsque la chèvre bouge,
l'exposant à des blessures inutiles.
LIGNE DU DOS C'est également un facteur de
longévité; un dos solide soutiendra un corps
d'ample capacité et lourd de cabris sans fatigue
pour la chèvre. Une croupe large, plate, quasi
horizontale, procure de la largeur à l'arrière de
même qu'un support interne au tissu conjonctif
soutenant le pis.
ANIMAUX DE RACE OU ANIMAUX AMELIORES
PAR CROISEMENT Si vous avez à choisir entre
des animaux qui sont également bons
producteurs, sains et bien constitués, le coût
initialement plus élevé d'une chèvre de race ou
d'une «Canadian of Breed» pourra être compensé
par la valeur plus grande de sa descendance. Les
chevreaux mâles améliorés par croisement ne
rapportent que le prix de la viande, mais de toute
façon, la majorité des chevreaux «Canadian of
Breed» et de race pure sont également vendus
pour la viande. Souvent aussi, la demande de
chevrettes est assez basse pour que des
chevrettes améliorées par croisement ou même de
race pure soient destinées à la boucherie.
Cependant, les chevreaux de race pure ont plus
de possibilités d'être conservés pour la
reproduction ou de se vendre à meilleur prix
comme reproducteurs.
Si la vente de chevreaux n'est pas un facteur
dont il faut tenir compte, les chèvres améliorées
par croisement peuvent avoir les avantages de
plus de vigueur et de longévité, bien que ce ne
soit pas toujours le cas. L'intérêt d'un pedigree
16
Figure 18 Vue de devant et d'en haut; la différence entre une
chèvre large, d'une bonne capacité corporelle, et une chèvre
étroite est évidente.
Figure 19 Pattes antérieurs et pieds
Profondeur de
poitrine
Largeur de la
cage thoracique
Tour de poitrine
Cambrure des côtes
Largeur des reins
Largeur de la croupe
mM 1 '
!
i >
Bon aplomb
Droits
Aplomb étroit Genoux cagneux
Gros genou
Genou épais
Bon aplomb du pied et du paturon
Paturon un peu trop saillant
réside dans les renseignements qu'il fournit sur la
provenance d'un animal supérieur et sur les
possibilités de reproduire cette supériorité. Un
nom seul, sans autre information, (registres de
production ou d'inscription pour la classification,
par exemple) ne signifie pas grand chose.
RACE Dans un petit troupeau, où les installations
sont limitées, il est souvent préférable de se
concentrer sur une seule race. Le choix d'une
race est surtout une question de goût personnel,
quoique le meilleur choix soit peut-être les races
Nubienne ou de la Manche, s'il vous faut du lait à
un taux butyreux élevé. En général, les chèvres
des races suisses ont une plus grosse production
laitière. Il existe néanmoins dans toutes les races
Paturon affaissé
Paturon trop raide ou bouleté
de bons sujets et des sujets médiocres. Il faut
également choisir une race pour laquelle les
services d'un bouc seront assurés, car les
chevreaux croisés ont presque partout une valeur
marchande très réduite.
17
Figure 20 Ce qui est à rechercher et à éviter dans les pattes postérieures de la chèvre vues de derrière
Les bonnes pattes sont
perpendiculaires et bien
écartées, laissant largement
place à une mamelle de
bonne capacité. Les pieds
pointent verticalement et les
jarrets sont bien écartés
lorsque la chèvre marche.
Si l'aplomb des pattes est
étroit, les pieds pointent vers
l'avant; les pattes sont
verticales, mais le pis est
coincé.
Des «jarrets de vache»
laissent peu d'espace; si le
pis descend, les jarrets le
heurtent lorsque la chèvre
marche.
Des jambes arquées ne
blessent pas le pis comme
les «jarrets de vache», mais
fatiguent les articulations du
jarret et du paturon.
Figure 21 Aplomb des partes postérieures vues de côté
Une ligne verticale partant de
la pointe des hanches
devrait suivre la patte arrière
jusqu'au sol.
Des pattes à jarrets «en
faucille» peuvent raccourcir
la vie utile d'une chèvre.
Une patte «en poteau»
manque de jeu dans les
articulations du grasset et du
jarret, ce qui secoue le corps
à chaque pas. Cet état, très
douloureux, provoque
souvent des enflures de ces
articulations, rendant la
chèvre infirme.
18
Figure 22 La ligne du dos est importante. En haut, une bonne
chèvre; en bas, une chèvre trop haute de hanches, dont la
croupe est trop courte et abrupte.
Figure 23 Vue de côté d'une chèvre de boucherie
Croupe Reins Echine Garrot
< H x *— =fc-
La chèvre utilisée comme reproductrice dans
un troupeau destiné à la boucherie doit être ronde
et charnue. Au début de la lactation, elle peut
paraître un peu plus mince, du fait des exigences
de la production de lait, mais en toute autre
période, elle devrait prendre du poids facilement.
Vous rechercherez une encolure relativement
courte et épaisse, des épaules bien enveloppées,
des reins larges et une croupe musclée. Vérifiez
la présence d'une épaisseur suffisante de muscle
Figure 24 Chez une chèvre de boucherie, recherchez les
caractéristiques suivantes :
Epaules larges, solides, charnues
Côtes bien arquées .
Bonne capacité du corps
Cage thoracique d'une ampleur
généreuse
Pattes droites et robustes
Pieds pointés bien droit
19
au-dessus des côtes. Pieds et pattes seront
robustes et bien d'aplomb, de préférence avec
une coupe des os presque arrondie. Le pis
devrait être assez haut pour n'être pas exposé,
surtout chez les chèvres en liberté. La capacité
de la poitrine et des poumons est importante pour
la circulation et l'état de santé général, tandis
qu'une capacité généreuse de l'abdomen
permettra à la chèvre de digérer beaucoup de
fourrage.
La chèvre de race «inconnue» est souvent la
plus robuste. En croisant deux chèvres de race
pure, cependant, un autre facteur intervient, celui
de «la vigueur de l'hybride», soit la force et la
vitalité obtenues en croisant les génotypes de
sujets issus de deux populations consanguines
mais non apparentées. Chez les bovins, il est
prouvé que l'on peut obtenir une production
encore plus élevée en utilisant un géniteur d'une
troisième race sur des femelles de deuxième
génération, profitant ainsi de la vigueur de
l'hybride des femelles, tout en augmentant la
vitesse de croissance et le taux de conversion des
aliments dans la descendance.
LA NUTRITION
La chèvre est un ruminant. Cela signifie
qu'en plus de l'estomac que possèdent les porcs,
les chevaux ou les êtres humains, un grand
«réservoir de fermentation», le rumen, fait partie
de l'appareil digestif de la chèvre adulte.
Dans le rumen, les aliments grossièrement
broyés sont brassés en une mixture liquide qui
renferme beaucoup de microbes. Ces microbes
décomposent les fibres de cellulose pour produire
des amidons et des sucres qui peuvent être
digérés dans l'estomac proprement dit, la caillette.
De plus, les microbes eux-mêmes utilisent les
aliments pour se multiplier et prospérer; et comme
leur excédent de population est entraîné dans
l'appareil digestif avec le reste des aliments, ils
fournissent à la chèvre des protéines
supplémentaires. Les microbes du rumen
produisent aussi des vitamines indispensables à
l'animal, et il faut donc veiller à la santé de la
microflore du rumen. Des changements brusques
dans l'alimentation, notamment un accroissement
de l'apport de grain, peuvent perturber de façon
catastrophique l'équilibre écologique du rumen et
provoquer des maladies, voire la mort de la
chèvre.
Les chèvres ont des goûts variés. Au
pâturage, elles trouvent leur nourriture en
grignotant et mordillant, avec les dents de devant,
des tiges qu'elles frottent contre le mandibule
supérieur; après quoi elles avalent sans guère
mâcher. Les aliments pénètrent dans le rumen,
où ils subissent le premier stade de la digestion.
Quand la chèvre a tout le loisir de «ruminer», elle
régurgite ses aliments en les faisant sortir du
rumen pour les broyer de nouveau en les
mastiquant. Cette opération ajoute de la salive
aux aliments, empêchant ainsi le liquide du rumen
de trop s'acidifier. Lorsque les aliments sont
Figure 25 Appareil digestif d'un ruminant; le pointillé indique le
trajet des aliments de la bouche jusqu'aux poches stomacales
Intestin grêle (absorption)
Bouche (ingestion et broyage)
Anus
Gros intestin (matériaux rejetés)
Caillette (digestion)
(décomposition des aliments fibreux et volumineux)
20
réduits en bouillie, ils coulent au fond du rumen et
passent à travers deux autres poches stomacales,
le bonnet et le feuillet, jusqu'à la caillette (estomac
proprement dit) et à l'intestin grêle, où ont lieu la
véritable digestion et l'absorption des nutriments.
Le cabri nouveau-né, dont l'estomac
antérieur n'est pas fonctionnel, ne peut digérer de
nourriture solide. Le lait, qui se rend directement
dans la caillette, le nourrit jusqu'à ce que le rumen
soit suffisamment grand. Celui-ci peut se
développer très rapidement si on encourage le
cabri à manger de la nourriture solide en lui
présentant du foin et des aliments concentrés qui
flattent son palais, dès le troisième jour environ.
Aussitôt qu'il mange assez de matière sèche, le
jeune animal peut être sevré sans guère subir de
choc.
Comme tous les animaux, la chèvre a besoin
d'eau, d'apport énergétique, de protéines, de
vitamines et de minéraux. Elle doit d'abord
manger pour le maintien de ses fonctions vitales :
respiration, circulation, alimentation, chaleur
corporelle, et pour la régénération cellulaire. C'est
seulement ensuite qu'elle pourra utiliser le surplus
d'éléments nutritifs pour la production (lait ou
croissance) ou la reproduction.
Dans la plupart des cas, on doit alimenter
l'animal en vue de la production avant qu'il ait un
surplus d'énergie pour la reproduction.
Cependant, si les quantités de certains apports de
nutriments sont marginales, certaines chèvres
réduiront d'abord leur production de lait puis leur
taux de reproduction, tandis que d'autres auront la
réaction opposée.
Le régime d'un animal doit contenir tous les
nutriments en quantités adéquates, si l'on veut
qu'il grossisse ou produise. Ainsi, une chèvre est
capable de produire 6 kg de lait par jour, mais elle
n'en produira que 3 si elle ne reçoit que la
quantité de protéines, de calcium, de phosphore,
de vitamine A et d'autres nutriments requise pour
la production de 3 kg. Si l'apport énergétique, les
matières azotées, le calcium, le phosphore et les
micronutriments sont suffisants mais que l'apport
de vitamine A est limité, la chèvre produira
seulement la quantité de lait que le permet l'apport
de vitamine A. C'est ce que l'on appelle «le
principe du premier nutriment limitatif», et il
importe de s'en souvenir en préparant les
formules des rations.
Un troupeau bien nourri est généralement
plus productif, plus sain et exempt de problèmes.
Une analyse annuelle des aliments que vous
utiliserez l'hiver suivant peut vous éviter beaucoup
d'ennuis et de frais. Il est souvent difficile
d'évaluer à vue d'oeil des facteurs tels que la
teneur en matières azotées ou en carotène, et les
tableaux de valeurs moyennes peuvent être
dénués de sens dans un cas donné. La seule
façon de savoir ce que vous donnez réellement
comme aliments à vos chèvres est l'analyse.
Un agent de vulgarisation agricole se fera un
plaisir de vous montrer comment échantillonner les
aliments et interpréter les résultats des analyses.
Pour l'échantillonnage, le secret est de prélever
des échantillons en autant d'endroits différents du
tas ou de la réserve que vous pourrez atteindre.
Vous aurez ainsi un tableau général plus complet
de votre situation en matière nutritionnelle.
Ces renseignements vous permettront de
prendre des décisions éclairées en ce qui
concerne l'administration de suppléments
énergétiques, protéiques ou minéraux à vos
animaux, et vous verrez que vous économiserez
sur les frais d'alimentation et de vétérinaire.
Apport énergétique
L'énergie est le carburant qu'un animal brûle
pour, par exemple, se déplacer, maintenir ses
fonctions vitales et produire de la chaleur en hiver.
Les ruminants tirent principalement leur énergie
des fibres, des hydrates de carbone et des lipides
provenant de leur ration alimentaire.
L'apport énergétique est généralement le
principal nutriment d'une ration qui présente une
carence. Le manque d'éléments énergétiques dû
à la sous-alimentation est courant; la chèvre
ralentit ou arrête sa croissance (et perd même du
poids), donne moins de lait, ne conçoit pas et est
plus exposée à la mortalité (souvent du fait d'une
diminution de la résistance à la maladie). Des
carences en protéines ou en d'autres nutriments
compliquent souvent les carences énergétiques.
La teneur énergétique du fourrage dépend de
l'espèce et de la maturité. Lorsque les plantes
arrivent à maturité, leur teneur en fibres s'accroît,
leur teneur énergétique diminue et les chèvres en
mangeront spontanément des quantités moindres.
Les légumineuses contiennent généralement plus
d'éléments énergétiques que les graminées
lorsqu'elles sont coupées à peu près au même
stade, tandis que les pailles ont une teneur en
fibres relativement élevée et une teneur
énergétique relativement faible. Les grains, par
contre, où l'énergie est concentrée, sont des
sources énergétiques ou des suppléments
précieux.
On peut exprimer la teneur énergétique d'un
aliment donné de différentes façons. La matière
digestible totale (MDT) est mesurée en
pourcentage du poids total de matière sèche de
l'aliment. L'énergie métabolisable (EM) est
mesurée en mégacalories (Mcal), qui sont des
unités de chaleur. Grosso modo, 1 kg MDT =
4,41 Mcal EM
Protéines
Les protéines sont constituées de composés
azotés, les acides aminés. Les muscles, la peau,
les poils, les sabots et bien d'autres tissus et
liquides du corps sont constitués de protéines.
21
Les micro-organismes du rumen décom-
posent la plupart des protéines des aliments en
composés d'ammoniac et de carbone, utilisant
l'ammoniac pour synthétiser les protéines de leur
propre organisme. La chèvre tire ainsi la plupart
de ses protéines de la digestion des micro-
organismes. Ce processus permet au ruminant
d'utiliser des sources d'azote non protéiques,
pourvu que les aliments aient une assez grande
teneur énergétique. Les chèvres taries, les boucs
et les autres animaux à qui on donne une ration
d'entretien sont capables d'utiliser les matières
azotées non protéiques avec presque autant
d'efficacité que des protéines classiques comme
celles de la farine de soja.
Une partie des protéines passent à travers le
rumen de l'animal sans subir de dégradation et
s'engagent directement dans la caillette et
l'intestin grêle. Ce sont les protéines digestibles
dans l'intestin grêle. Bien que beaucoup de
chèvres en arrivent à satisfaire leurs besoins
protéiques à partir des protéines microbiennes
produites dans le rumen, celles qui ont des
besoins plus grands peuvent avoir besoin, en plus,
des protéines digestibles dans l'intestin grêle. Ce
sont, par exemple, les jeunes chevreaux en
croissance et les chèvres laitières supérieures,
moins capables d'utiliser les sources de matières
azotées non protéiques, le passage des aliments
à travers le rumen étant trop rapide pour permettre
une bonne synthèse des protéines. Les
composés incomplets qui en résultent risquent de
provoquer du stress chez les chèvres, en
réduisant la production ou le taux de croissance.
Une carence protéique se manifeste d'abord
par la baisse de l'appétit. Lorsque l'ingestion
d'aliments est réduite, l'apport énergétique peut
être insuffisant, de sorte que des carences
énergétiques accompagnent souvent les carences
protéiques. Les autres symptômes peuvent être,
notamment, la réduction de la production laitière,
des irrégularités ou des retards dans les chaleurs,
la perte de poids ou le ralentissement de la
croissance.
Le foin de jeunes légumineuses constitue
une source première de bonnes protéines pour la
plupart des troupeaux canadiens; le foin de
graminées en fournit généralement beaucoup
moins. Si la teneur protéique du grain varie avec
le type de grain et, entre autres, avec le type de
sol, les grains ne sont pas, en eux-mêmes, une
source majeure de protéines. De nombreux
producteurs utilisent un supplément lacté
commercial à 32%, qu'ils mélangent au grain
selon les instructions et qui vise à améliorer
l'apport protéique fourni aux chèvres laitières et
aux chevreaux en croissance.
Tout animal, selon la taille, l'activité, le taux
de croissance et le niveau de production, a besoin
d'un certain apport protéique quotidien mesuré
selon le poids, et non en pourcentage ! Vérifiez
les quantités que mangent vos animaux, en pesant
leurs aliments de temps à autre, et vérifiez la
teneur protéique de ces aliments par des
analyses.
Calcium et phosphore
Ces deux minéraux, d'une importance
cruciale en nutrition animale, sont nécessaires en
quantités particulièrement élevées chez les
chèvres en lactation. Le calcium et le phosphore
interviennent ensemble dans la formation des os
et des dents, dans les fonctions de beaucoup de
tissus mous (y compris les nerfs) et dans la
production laitière. Il faut veiller non seulement à
ce que les animaux reçoivent des quantités
suffisantes de l'un et de l'autre, mais aussi à ce
qu'ils les reçoivent dans la proportion voulue. Le
rapport idéal est de 1 ,5 part de calcium contre une
part de phosphore, mais les chèvres tolèrent
assez bien des proportions comprises entre
1,2 contre 1 et 3 contre 1. Une trop grande
quantité de l'un des minéraux peut provoquer des
symptômes de carence de l'autre.
Chez la chèvre en lactation, la carence de
l'un de ces minéraux, si elle se poursuit pendant
plusieurs semaines, entraîne une baisse de la
production laitière. Si la carence est de courte
durée, la chèvre puisera dans ses réserves sans
que la production en soit affectée; mais à la
longue, la production diminuera.
Chez la chèvre en croissance, un désé-
quilibre calcium— phosphore entraînera un ralen-
tissement de la croissance, une apparence
malingre et des déformations osseuses, surtout
aux pattes. Si une chèvre reçoit trop de calcium
en fin de gestation, elle risque de contracter une
fièvre de lait peu après la parturition; son aptitude
à absorber le calcium des aliments sera com-
promise et on devra lui administrer immédiatement
du calcium par voie intraveineuse. D'autre part, si
un bouc reçoit un excédent de phosphore, il peut
développer des calculs pouvant bloquer l'excrétion
de l'urine.
Les pâturages de légumineuses et le foin
contiennent du calcium en surabondance. Le
rapport calcium— phosphore dans la luzerne, par
exemple, peut atteindre 7 contre 1. Le grain
contient relativement plus de phosphore (de
1 contre 4 à 1 contre 8) et peut être employé pour
rétablir le rapport calcium — phosphore optimal.
Dans les cas où il n'est pas souhaitable d'avoir
trop de grain dans la nourriture, on ajustera le
régime en remplaçant le foin de graminées par
des légumineuses ou en administrant un mélange
de minéraux contenant une plus forte proportion
de phosphore.
Sel
Les tissus vivants ont un besoin vital de sel
commun, ou chlorure de sodium. C'est la seule
22
substance que les animaux recherchent quand
leur corps en réclame. C'est pourquoi les
producteurs donnent souvent aux animaux du sel
auquel sont mélangés des oligo-éléments, pour
être certains qu'ils bénéficient d'un apport
suffisant de ces minéraux.
Si possible, donnez aux chèvres du sel en
vrac plutôt qu'un bloc de sel, car elles ne
passeront peut-être pas assez de temps à lécher
le bloc pour couvrir entièrement leurs besoins.
Même si vous n'y ajoutez pas d'autres minéraux,
donnez du sel contenant de l'iode et du cobalt; les
animaux ont besoin de ces deux éléments et le
fourrage cultivé dans la plupart des régions du
Canada en manque.
Le sel doit représenter 0,5% du régime total.
Lorsqu'elles peuvent s'alimenter à leur gré, les
chèvres en consomment peut-être plus, mais sans
effets négatifs apparents.
Oligo-éléments
Les chèvres ont besoin de nombreux
éléments en quantités infinitésimales, mesurés
généralement en parties par million ou même en
parties par milliard. Malheureusement, le fourrage
qui pousse dans certaines régions en contient
encore moins que la quantité minime requise.
Par ailleurs, un grand nombre de ces
éléments risquent d'être toxiques pour les chèvres
si les niveaux recommandés sont dépassés. Il
faut que vous sachiez si des suppléments d'un
minéral donné sont nécessaires ou non. Dans les
régions où le fourrage est dénué de certains
oligo-éléments, les producteurs peuvent en ajouter
en quantités appropriées au sel, aux minéraux ou
aux concentrés, sans crainte d'effets toxiques.
D'autres carences ne seront même pas
soupçonnées avant que des problèmes ne se
TABLEAU 1 QUANTITES DE MINERAUX DANS LA RATION TOTALE
Minéral
Minimum
Maximum
Observations
Magnésium
Cuivre
0,18%
Potassium
0,8 %
—
Soufre
0,2 %
0,32 %
Fer
50ppm
1000 ppm
Cobalt
0,1 ppm
10 ppm
10 ppm
80 ppm
Des carences graves se produisent sur pâturages à croissance luxuriante.
Symptômes : titubation, convulsions et mort. Prévention : donner du foin avant de
mettre les chèvres au pré. Traitement : injections intraveineuses de sels de magnésium.
Les carences sont rares dans les régimes à base de fourrages grossiers, mais il s'en
produit parfois lorsque le régime contient une forte proportion de concentrés.
Des carences sont possibles dans les rations à forte proportion de matières azotées non
protéiques. Symptômes : faible rendement, perte de poils, salivation excessive, yeux
larmoyants.
Les carences sont rares, sauf chez les chevreaux nourris exclusivement au lait.
Symptômes de carence : perte d'appétit, amaigrissement extrême, faiblesse, anémie,
baisse de production. Généralement administré dans le sel à raison de 1 à 2 ppm.
Besoins et tolérances beaucoup plus élevés que chez les moutons. Une carence peut
se produire en présence d'un excès de molybdène. Symptômes : anémie, robe rêche
«blanchie», déformations osseuses, possibilité de diarrhée ou de manque de
coordination.
Manganèse
Zinc
40 ppm 1 000 ppm Symptômes de carence : refus de marcher, difformité des pattes de devant, manque
d'efficacité pour la reproduction.
40 ppm 500 ppm Symptômes de carence : abattement, faible croissance, problèmes de peau (dermatite,
épaisses plaques sèches sur la peau, perte de poils, lésions autour des onglons et des
yeux), croissance réduite des testicules, faible libido, infertilité du mâle.
Iode
0,5 ppm 50 ppm Symptômes de carence : goitre et problèmes de reproduction (avortement tardif, foetus
sans poils, faiblesse des cabris). Symptômes de toxicité : peau rêche et sèche, yeux
larmoyants, problèmes de reproduction.
Sélénium
0, 1 ppm 3 ppm Symptômes de carence : état général déficient, faible croissance et (cas graves)
maladie du muscle blanc (voir section sur les maladies). Symptômes de toxicité :
boîtene, lassitude, amaigrissement et, dans les cas graves, perte d'appétit, troubles de
vision, titubation, paralysie, mort.
23
manifestent chez les animaux. Une analyse de la
nourriture destinée à vos animaux est souvent la
façon la plus économique de déterminer quelle
quantité de ces éléments ils consomment.
Le tableau 1 donne un aperçu des besoins
en minéraux chez les chèvres. Notons que, dans
bien des cas, il faut tenir compte de l'ensemble du
régime; si vous soupçonnez une carence en
minéraux dans votre troupeau, consultez un
nutritionniste ou votre agent de vulgarisation
agricole.
Vitamines
Les vitamines sont des composés
nécessaires aux processus vitaux normaux. Les
chèvres synthétisent de nombreuses vitamines
dans leur corps, mais il y en a d'autres qu'elles ne
peuvent trouver que dans les aliments.
Une chèvre saine possède toute la gamme
des vitamines B qui lui sont nécessaires, à
l'exception peut-être de la vitamine B12, qui peut
être présente en quantité insuffisante dans des
régimes déficients en cobalt. Par contre, une
chèvre qui refuse de s'alimenter ou qui paraît
malade, ou un chevreau élevé au lait, sans guère
d'aliments solides, profiteront d'un apport
supplémentaire de vitamine B administré par voie
buccale ou par injection. Comme la chèvre
synthétise la vitamine C, des suppléments de
cette vitamine lui sont rarement nécessaires, si
jamais ils le sont.
La vitamine K est une autre vitamine que
fabrique la chèvre, en plus d'être fournie en
abondance par la plupart des aliments. Elle
favorise la coagulation du sang. Cependant, dans
les cas d'empoisonnement au dicoumarol (par du
trèfle doux avarié), on peut administrer une
vitamine K synthétique pour contrecarrer l'effet
des toxines.
La vitamine D est indispensable à la
formation d'os solides et son absence entraîne le
rachitisme; les os ramollissent, deviennent
irréguliers et peuvent ployer sous le poids de
l'animal. Les jeunes dont la mère souffre d'une
carence en vitamine D risquent d'être atteints de
rachitisme dès la naissance. Heureusement, cette
vitamine est bon marché et facile à trouver. Une
heure par jour d'exposition au soleil préviendra les
problèmes de carence; une autre bonne source
est le foin séché au soleil. On donnera aux
chèvres qui vivent complètement enfermées ou
qui doivent manger du foin conservé depuis
plusieurs mois un supplément de vitamine D dans
les concentrés, dans l'eau, ou encore par
injection. Généralement, les préparations de
vitamine A contiennent aussi de la vitamine D en
quantité suffisante.
La vitamine E agit avec le sélénium pour
éviter la maladie des muscles blancs. Elle
contribue aussi à la prévention des problèmes de
reproduction rencontrés dans les cas de carence
en sélénium. Les producteurs laitiers ont
constaté que l'administration d'un supplément de
vitamine E aux vaches et aux chèvres en lactation
empêchait le lait de prendre un goût d'oxyde.
Les éleveurs canadiens de chèvres devraient
savoir que les sources naturelles de vitamine A
risquent d'être insuffisantes pendant une bonne
partie de l'année. Le foin vert frais et le fourrage
sont d'excellentes sources de cette vitamine et les
chèvres peuvent stocker celle-ci dans le foie de
6 à 8 semaines pour en prolonger la disponibilité.
Cependant, les pâturages en contiennent
beaucoup moins à la fin de l'été qu'au début; le
foin engrangé pendant plus de quatre mois a
perdu en grande partie sa vitamine A. Pour ces
raisons, et vu le niveau élevé des besoins en
vitamine A chez la chèvre en lactation (3800 Ul/L
de lait), on donnera un supplément à cette
dernière dès le mois de septembre, jusqu'à ce
qu'elle se trouve à nouveau en pâturage printanier.
Les chèvres ont besoin de vitamine A pour
de nombreuses raisons. Cette vitamine est
primordiale pour la santé et les fonctions de la
peau et des yeux, ainsi que pour les muqueuses
des voies respiratoires, intestinales, génitales et
urinaires. En entretenant ces tissus et en
favorisant l'absorption de minéraux tels que le zinc
et le sélénium, la vitamine A constitue une
première ligne de défense contre les infections.
Les carences peuvent entraîner la perte de
l'appétit, le ralentissement de la croissance et du
développement des os chez les chevreaux, la
baisse de la production laitière, des problèmes
oculaires, l'assèchement de la peau, une
apparence souffreteuse, des infections multiples,
la naissance de rejetons faibles ou anormaux, de
la toux et de l'écoulement nasal.
Les fourrages verts de feuillus fournissent de
la vitamine A par l'entremise de leur teneur en
carotène. Cette carotène s'oxyde à la longue
dans la plupart des foins, mais les légumineuses
déshydratées, surtout la luzerne en boulettes, en
maintiennent de bons taux. La vitamine A
synthétique utilisée dans les suppléments et les
injections est satisfaisante, mais il faut veiller à la
fraîcheur de l'approvisionnement et garder celui-ci
au froid pour un maximum d'activité. Si la
vitamine A est administrée par injection, on peut
donner à l'animal une dose de deux mois, puisque
l'excédent sera mis en réserve dans le foie et
libéré au besoin. La vitamine A est
particulièrement importante pour la chèvre
gestante et le foetus; il faut donc veiller à ce
qu'elle en reçoive assez pendant le dernier mois
de la gestation.
Eau
Même si les chèvres ont la réputation d'être
des animaux faibles consommateurs d'eau,
capables de survivre et de produire dans des
déserts, la chèvre laitière moderne a besoin de
24
beaucoup d'eau propre et fraîche, pour la
croissance et la production laitière. La lactation
accroît évidemment ce besoin; une bonne
productrice peut boire plusieurs litres d'eau par
jour. Elle ne peut fabriquer son lait sans eau, mais
si l'eau mise à sa disposition n'est pas
parfaitement propre, elle est capable de refuser
d'en boire suffisamment. Si l'eau contient ne
fût-ce qu'un peu d'excréments et que la soif la
contraint à en boire, elle risque d'attraper un
parasite qui, en définitive, réduira plus encore sa
production laitière.
Les chevreaux étant spécialement sujets aux
parasites, il faut garder leur eau particulièrement
propre. Certains éleveurs croient que les chèvres
taries, les boucs et les chevreaux peuvent trouver
assez d'eau pendant l'hiver en mangeant de la
neige; effectivement, les animaux peuvent
survivre, mais il leur faut beaucoup d'énergie pour
faire fondre et utiliser la neige dans le rumen. Les
chèvres ne prospéreront pas alors autant que
vous le souhaiteriez.
LES ALIMENTS
FOIN La luzerne et le trèfle sont des
légumineuses à forte teneur en protéines et en
calcium. Toutes deux sont idéales pour les
chevreaux en croissance et les chèvres en
lactation, qui consomment de fortes rations de
grain.
La fléole des prés, le brome des prés et
d'autres graminées contiennent généralement
moins de protéines et de calcium que les
légumineuses, mais ils assurent une nutrition
adéquate pour l'entretien de base des chèvres
taries et des boucs.
Le foin mélangé est une combinaison de
légumineuses et de graminées poussant
ensemble. Il allie une bonne teneur protéique à un
rapport calcium— phosphore un peu plus faible. Il
est utile comme fourrage de première qualité pour
les chèvres qui reçoivent une ration de grain
limitée.
GRAIN On peut donner du maïs, de l'avoine, de
l'orge ou du froment, selon les disponibilités et les
prix. C'est le maïs qui apporte le plus d'apport
énergétique et le moins de protéines. Le froment
a la plus forte teneur protéique, mais comme il est
très lourd par rapport à son volume, il faut veiller
à ne pas en surcharger les animaux. À poids égal,
l'avoine et l'orge ont une teneur protéique et une
teneur énergétique semblables, mais avec une
densité supérieure dans le cas de l'orge.
SUPPLÉMENTS On peut utiliser de la farine de
canola, de la farine de soja, de la luzerne
déshydratée ou un supplément commercial à
32%. La farine de canola contient environ 40%
de protéines, avec un rapport calcium — phosphore
d'environ 1 contre 2, alors que dans la farine de
soja, la teneur protéique est de l'ordre de
45 à 50%, avec un rapport calcium— phosphore
de 1 contre 2. La luzerne déshydratée, avec une
teneur protéique de 17% au minimum, est une
bonne source de vitamine A; son rapport
calcium— phosphore est d'environ 7 contre 1. Si
l'on mélange le supplément à 32 % avec du grain,
de la façon recommandée, on aura un bon apport
des vitamines A et D, et un rapport calcium —
phosphore de 2 contre 1.
On peut acheter le supplément à 32 % avec
ou sans urée. On ne recommande pas l'urée pour
les chevreaux en croissance rapide ni pour les
chèvres à production élevée, car ces animaux
mangent tellement que l'urée risque de devenir
toxique. Les symptômes de toxicité sont,
notamment, les malaises, le manque de
coordination musculaire, les ballonnements, la
prostration et les convulsions; une issue mortelle
est possible. Si vous devez donner de l'urée à
vos chèvres, introduisez-la progressivement au
cours d'une période de 5 à 7 jours et surveillez
tout symptôme inquiétant.
ENSILAGE ET ENSILAGE PRÉFANÉ Bien que la
teneur en humidité de ces aliments pose des
problèmes de gel en hiver, les producteurs qui les
utilisent signalent une production élevée. Il faut
cependant que les chèvres prennent goût à
l'ensilage; vous devrez les y habituer
progressivement.
Assurez-vous que l'ensilage soit bien
fermenté et qu'il n'ait subi aucune contamination;
on a relié une maladie, la listériose, à un mauvais
ensilage.
TUBERCULES Les pommes de terre et les
panais, entre autres, sont des aliments que l'on
donne volontiers aux chèvres lorsqu'on les trouve
en abondance. On peut d'abord les hacher, puis
plus tard les donner entiers. Le temps et le travail
exigés ne se justifient que si le prix en est
extrêmement bas. Il semble qu'une fois habituées
à ces aliments, les chèvres prospèrent.
SON DE BLÉ Souvent utilisé dans les mélanges
de concentrés, pour donner du volume et fournir
du phosphore.
PULPE DE BETTERAVE Utilisée pour sa teneur
élevée en éléments énergétiques et en fibres.
MÉLASSE À employer modérément, car elle
risque de causer des troubles digestifs et de
donner au lait un goût anormal. Un maximum de
3% dans le concentré peut aider à lier le
mélange.
25
L'ALIMENTATION
Allaitement maternel
Cabris nouveau-nés
Un cabri qui naît en votre absence peut être
faible et transi; parfois, il n'arrivera pas à têter, ou
la chèvre ne l'acceptera pas, ou encore il pourra
souffrir d'une carence en vitamine A ou de
quelque autre problème. Un cabri transi peut avoir
l'air mort, mais s'il réagit lorsqu'on lui introduit un
bout de paille dans une narine, on peut le sauver.
Vous aurez peut-être de la difficulté à faire
têter les cabris. Si certains n'y arrivent pas tout
seuls, utilisez un tuyau pour leur donner le
colostrum (lait que produit la mère les tout
premiers jours qui suivent la naissance). Faites
remonter la température du cabri en le trempant
dans un bassin d'eau chaude (39-40 °C),
enveloppez-le dans des serviettes et faites
descendre le tuyau dans sa gorge (Figure 26).
Vous pouvez employer n'importe quel tuyau en
caoutchouc souple (0,75 cm de diamètre extérieur,
35-40 cm de longueur), le meilleur étant le tuyau
chirurgical, que l'on trouve dans la plupart des
pharmacies et qui est peu coûteux. Une grande
seringue en plastique (environ 100-200 ce), sans
l'aiguille, peut être attachée à une extrémité et
servir d'entonnoir pour le colostrum. Faites glisser
doucement de 18 à 20cm environ de tuyau dans
l'oesophage. Vous devriez arriver à le sentir dans
l'oesophage, derrière la trachée.
Figure 26 Emploi d'un tuyau stomacal
Longtemps avant la naissance des cabris,
vous devrez décider si vous les laisserez têter leur
mère ou si vous les alimenterez vous-même en
suivant un programme au lait pasteurisé ou aux
substituts du lait.
Si vous décidez de laisser les cabris têter
leur mère, assurez-vous que les trayons sont
propres et que le lait peut s'écouler facilement. Il
faut parfois extraire un petit bouchon qui s'est
formé dans l'orifice, avant que le lait ne
commence à couler assez facilement pour que le
nouveau-né arrive à sucer. Assurez-vous que le
cabri suce bien et que sa mère l'accepte
calmement. Parfois, une primipare n'est pas bien
sûre d'avoir envie de voir son nouveau-né
s'alimenter à ses trayons sensibles; rassurez-la et
tenez-la jusqu'à ce qu'elle se rende compte que
cela n'est pas si grave. Souvent, la mère accepte
volontiers son petit une fois qu'elle l'a léché (elle
peut aussi se charger de nettoyer le cabri, mais ne
la laissez pas s'emballer et manger le placenta !).
On peut donner du foin et un aliment de
démarrage bien savoureux aux cabris dès le
troisième jour. La farine de soja est un excellent
aliment de démarrage.
Programme au lait pasteurisé
Si vous décidez d'adopter un programme au
lait pasteurisé pour les cabris, retirez-les à la mère
avant qu'elle ne les ait léchés. L'idéal serait que
vous soyez là au moment où la chèvre commence
à donner des signes d'intérêt pour sa progéniture.
Si c'est impossible, et si vous ne voulez pas que
les jeunes boivent du lait cru, enveloppez les
trayons de la mère pour les empêcher de têter; du
papier adhésif convient bien.
Enlevez directement les petits à leur mère et
placez-les dans une boîte en carton couverte. Ils
y seront à l'aise pendant quelques minutes, le
temps que vous vous assuriez que la chèvre est
en bon état. Donnez-lui à boire de l'eau chaude
avec son additif préféré— du vinaigre de cidre ou
un soupçon de mélasse par exemple— et veillez à
ce que sa litière soit bien propre. Si la parturition
n'est pas terminée, inutile de changer la litière.
Maintenant, nettoyez les cabris; la méthode
la plus facile est de les baigner dans de l'eau
chaude et de les assécher avec des serviettes (ou
au séchoir à cheveux réglé sur «moyen»).
Veillez à ce que chaque cabri reçoive au
cours des premières 24 heures au moins 0,5 L de
colostrum chauffé. Essayez de vous en procurer
un peu chez un autre éleveur avant la mise bas,
de manière à en avoir sous la main, et gardez-le
congelé en petits sacs (100-200 mL). Décongelez
et réchauffez un paquet pour chaque cabri (à l'eau
chaude, pas bouillante) pendant que la chèvre est
au dernier stade de la parturition.
Si on n'a pas de colostrum sous la main, on
doit procéder au traitement thermique du
colostrum de la mère. Ce traitement prend une
heure, aussi convient-il de le commencer le plus
tôt possible; plus tôt les jeunes recevront le
colostrum et mieux ils absorberont les anticorps
26
qu'il contient. Au bout de six heures, il ne leur
procurera qu'une très faible protection, mais ce
n'est quand même pas trop d'attendre une heure.
Vous pourrez utiliser du colostrum de vache si
l'arthrite-encéphalite spécifique de la chèvre est à
craindre, puisque les vaches ne sont pas
porteuses du virus.
Vous pourriez aussi congeler du lait
pasteurisé en petits sacs, pour l'avoir à portée de
la main; décongelez et réchauffez dans de l'eau
chaude, comme vous l'avez fait pour le colostrum.
Chaque cabri devrait recevoir du lait de trois à
quatre fois par jour, soit un maximun de 1,5 L par
jour, jusqu'au cinquième jour. On peut substituer
au lait un aliment d'allaitement dans une proportion
croissante, jusqu'à ce qu'il constitue la ration
totale. N'employez qu'un aliment de première
qualité, tel que l'aliment d'allaitement de brebis.
TRAITEMENT THERMIQUE DU COLOSTRUM
Versez l'épais liquide jaunâtre dans* une terrine
propre, en le filtrant. Portez le colostrum à une
température de 56 °C et maintenez-le à cette
température pendant une heure. Cette façon de
procéder préserve les ingrédients essentiels qui
aideront le cabri à combattre la maladie et
l'infection.
PASTEURISATION DU LAIT Pour pasteuriser le
lait, on l'amène à une température qui tue les virus
et les bactéries. On peut acheter un appareil à
pasteuriser domestique ou utiliser un bain-marie
sur la cuisinière électrique. Après le traitement,
refroidissez rapidement le lait dans un contenant
stérilisé. Tout ce qui touche le lait traité
(ustensiles, entonnoirs, etc.) doit être stérilisé pour
éviter la recontamination. Vous avez le choix
entre deux méthodes de pasteurisation, l'une
rapide et l'autre lente :
Méthode rapide Amener le lait à 74 °C et le
maintenir à cette température pendant
30 secondes seulement.
Méthode lente Amener le lait à 64 °C et le
maintenir à cette température pendant
30 minutes.
ALIMENTATION AU BIBERON On trouve des
biberons dans les magasins de fournitures pour le
bétail. Ils sont généralement carrés, d'une
contenance d'environ 1 L, munis de tétines
résistantes; on trouve aussi des porte-biberons.
Une bouteille de boisson gazeuse bien nettoyée,
munie d'une tétine pour agneau, fera l'affaire.
L'alimentation au biberon permet de mesurer la
quantité exacte de colostrum que consomme le
cabri et développera un lien étroit entre lui et vous.
Cependant, ce n'est pas la façon la plus
rapide de nourrir les petits. Le nettoyage des
bouteilles exige beaucoup de travail. En
grandissant, les cabris vont bondir et tirer
brusquement sur le biberon, blessant parfois la
personne qui les nourrit.
ALIMENTATION À L'ÉCUELLE C'est une autre
méthode pour administrer le colostrum. Amenez
celui-ci à une température supérieure de un ou
deux degrés à la température normale de 39 °C,
Figure 27 Alimentation (de gauche à droite) au biberon, à
l'écuelle, au multibiberon
Bouchon
27
pour inciter le cabri à boire à l'écuelle. Trempez
simplement son museau dans le lait pendant une
seconde; généralement, il se mettra à boire.
Les jeunes boivent plus facilement de cette
façon et ils boiront donc plus de colostrum en
moins de temps. On peut utiliser de petits bols
jusqu'à ce que le cabri ait quelques jours et
passer ensuite à des écuelles plus grandes. Bols
et écuelles sont plus faciles à nettoyer et à
entretenir que les bouteilles; ils n'exigent ni tétines
ni tubes et entraînent donc moins de frais. Si l'on
nourrit les cabris individuellement, on peut quand
même mesurer la consommation de lait.
Cependant, si l'on n'a pas de cornadis en «trou de
serrure» (Figure 4), les cabris pourront tremper
leurs pattes dans le lait.
«BAR POUR AGNEAU» Ce «multibiberon» est un
appareil constitué d'un grand contenant muni de
tuyaux sur lesquels sont fixées des tétines. Ce
système, qui se vend en un ensemble, permet de
nourrir plusieurs petits à la fois, mais il ne permet
pas de mesurer exactement la consommation de
lait de chacun d'eux. De plus, le nettoyage prend
du temps et les pièces sont assez coûteuses, de
sorte que l'appareil revient cher, même si on le
fabrique soi-même.
Chevrettes de renouvellement
Alimentez les chevrettes deux fois par jour.
Certains éleveurs estiment qu'il faut limiter la
quantité de lait ou d'aliment d'allaitement à 1,8 L
par jour.
Gardez constamment de l'excellent foin
devant elles. Lorsqu'elles ont bien démarré au
concentré, donnez-leur libre accès à un aliment
complémentaire de démarrage pour jeunes
animaux à 18-20% de protéines et contenant
suffisamment de vitamines et de minéraux.
Poursuivez ce régime jusqu'à ce qu'elles pèsent
environ 15 kg, puis commencer à remplacer le
concentré par une ration de croissance à 15%.
Lorsque le poids des chevrettes approche les
20-25 kg, limitez leur alimentation en concentré;
ne les laissez pas engraisser trop.
Une chevrette peut être sevrée dès que son
poids de naissance a triplé, mais on retarde
souvent le sevrage jusqu'à l'âge de 3 mois ou
plus.
Chevreaux de boucherie
Pour grossir rapidement, les chevreaux de
boucherie seront nourris de lait ou d'un aliment
d'allaitement, donné à volonté, qui leur sera servi
chaud ou froid; l'addition d'1 mL de formaline
(37% de formaldéhyde) par litre peut éviter les
ballonnements de la caillette. Les chevreaux
devraient avoir constamment accès à du bon foin
et à un aliment complémentaire pour jeunes
animaux à 18-20%, jusqu'à ce que leur poids
atteigne 15 kg; passez alors à un concentré de
croissance à 15%.
Chèvres en lactation
Trois ou quatre semaines avant la parturition,
commencez à donner à la chèvre de petites
quantités (100-200 g) du concentré qu'elle recevra
pendant la lactation. Augmentez la quantité
progressivement jusqu'à environ 1 kg par jour, de
préférence en deux repas, jusqu'à la mise bas.
À la parturition, on augmentera de nouveau la
quantité de concentré aussi rapidement que
possible, en veillant à ce que cela n'entraîne pas
de troubles digestifs, En alimentant la chèvre plus
souvent, avec de plus petites rations, on évitera
un excès d'acidité dans le rumen. S'il ne vous est
pas possible de nourrir la chèvre au moins trois
fois par jour, l'addition de bicarbonate de soude
(vendu à bon marché pour le bétail) au concentré
évitera l'acidose.
Si la chèvre refuse de s'alimenter, diminuez
fortement le grain et n'augmentez que légèrement
la quantité des aliments. Il faut viser à alimenter la
chèvre en vue d'une augmentation rapide de la
production. Lorsque la quantité de concentré
représentera de 60 à 70 % de la quantité totale de
matière sèche ingérée et que la production laitière
de la chèvre commencera à décliner après s'être
stabilisée, on pourra réduire la ration de
concentré à la quantité nécessaire pour la
production quotidienne. La règle empirique pour
les rations de concentré à base de grain est de
donner 0,5 kg de grain par litre de lait.
On maintient une bonne consommation de
foin en donnant à la chèvre les légumineuses les
plus appétissantes qu'on peut trouver. Elle a
besoin de fourrage, à la fois pour que son lait ait
un bon taux butyreux et pour la santé du rumen.
Afin qu'elle reste intéressée à ce régime, passez
de temps en temps à un foin mélangé de bonne
qualité, ou variez les types de foin.
Il arrive qu'une grosse productrice maigrisse
pendant les premiers mois de sa lactation, pour
reprendre du poids vers la fin. Cette situation est
parfaitement normale et même souhaitable, mais
ne la laissez pas trop engraisser.
Chèvres en gestation taries
C'est deux mois avant l'époque prévue de la
parturition que vous allez tarir la chèvre (réduire sa
production laitière jusqu'à ce qu'elle s'arrête). Si
possible, séparez les chèvres taries des laitières,
car il leur faut un régime très différent.
Il serait bon de s'assurer que la chèvre ne
présente aucun signe de mammite avant de la
tarir.
28
Pour tarir la chèvre, réduisez-en la
production en supprimant le grain et les plantes
succulentes; donnez-lui du foin plus sec, moins
riche, et réduisez radicalement (mais non
totalement) la quantité d'eau qu'elle absorbe.
Lorsqu'elle produira moins de 2,25 kg de lait par
jour, cessez de la traire. Ne lui faites pas voir ni
entendre les opérations de traite, ce qui stimule
l'éjection du lait.
De quatre à sept jours plus tard, exprimez à
la main le lait qui pourrait être coagulé dans le pis.
Ne trayez plus la chèvre.
Pendant la lactation, la chèvre aura mangé
de grosses quantités de grain, ce qui risque
d'avoir causé une certaine irritation de la
muqueuse du rumen. De plus, le rumen aura
rétréci, car les aliments concentrés occupent un
moindre volume que le fourrage. Dès que la
chèvre sera tarie, cessez de lui donner du grain.
Elle aura faim et se mettra à manger du foin pour
satisfaire son appétit; toujours affamée, elle
emmagasinera de gros volumes de foin dans son
rumen, qui sera ainsi étiré, conditionné et remis en
forme pour la prochaine lactation. Pourvu qu'il soit
exempt de moisissure, assez vert et pas trop
poussiéreux, un foin grossier ou à faible teneur en
protéines sera parfaitement acceptable. Un foin
de graminées contenant de 9 à 1 1 % de protéines
(sur la base de la matière sèche) est l'idéal. Au
quatrième mois de la gestation, la chèvre peut
facilement satisfaire ses besoins et ceux de sa
portée avec du foin seulement.
À partir du cinquième mois, vous ajouterez
du grain en proportions croissantes. À ce
moment-là, les petits prennent plus de place dans
le corps de la mère et limitent la capacité du
rumen, sans parler de leurs exigences
nutritionnelles. Gardez la chèvre à l'oeil, en
veillant à ce qu'elle ne devienne ni trop grasse ni
trop maigre. Si vous devez modifier la quantité de
grain que vous lui donnez, vous pouvez le
supprimer brusquement sans problème (si ce n'est
les plaintes de la chèvre), mais vous ne pourrez
ajouter du grain que progressivement, sous peine
de sérieux ennuis.
Ne donnez pas de foin de légumineuses à
une chèvre en fin de gestation. Les légumineuses
ont une forte teneur en calcium; si les aliments en
contiennent trop, la chèvre ne sera pas capable de
puiser dans ses réserves corporelles au moment
de la mise bas, lorsque la production de lait
impose soudainement de fortes exigences. Après
la parturition, on pourra imposer à la chèvre un
régime de foin et de légumineuses à forte teneur
en calcium; elle s'habituera ainsi à utiliser sa
nourriture pour couvrir ses besoins en calcium.
Par ailleurs, une balance de calcium négative
pendant les quelques premières semaines
n'empêchera pas la production et ne fera pas de
tort à la chèvre.
Boucs
Les chevreaux peuvent être nourris au lait
plus longtemps et en plus grandes quantités que
les chevrettes. Un peu trop de poids n'est pas
aussi grave pour un bouc, qui n'aura jamais à
produire du lait venant d'une mamelle où s'est
accumulé dans sa jeunesse un excédent de tissu
adipeux.
Pendant la plus grande partie de l'année, on
peut donner à un bouc adulte une ration
d'entretien. Le foin de graminées ou le foin
mélangé est ce qu'il y a de mieux, avec seulement
assez de grain pour couvrir les besoins en
énergie, en fonction de l'activité de l'animal, du
temps et de la qualité du foin. Le bouc pourra
tirer ses vitamines et ses minéraux du mélange
sel — minéraux, donné à volonté. Si vous donnez
chaque semaine des minéraux frais, les vitamines
seront peut-être suffisantes; autrement, le bouc
aura peut-être besoin d'injections de vitamines
A, D et E pendant l'hiver.
Un mois avant d'utiliser le bouc pour la
reproduction, commencez à lui donner du grain.
Portez graduellement la part de grain dans sa
ration à 1 kg par jour, en surveillant les symptômes
de troubles digestifs. Le bouc devrait arriver au
trot quand il voit le seau de grain; il pourra
d'autant mieux effectuer la transition que sa ration
de grain sera divisée en un plus grand nombre de
repas quotidiens. Au moment où vous aurez
besoin de ses services, il devrait avoir acquis une
bonne couche de graisse sous-cutanée. Il la
perdra pendant la saison d'accouplement, de sorte
que vous pourrez continuer à lui donner du grain
pendant un certain temps pour le remettre en
forme. Un bouc trop gras ne sera cependant pas
un bon reproducteur.
LA REPRODUCTION
La chèvre possède 60 paires de
chromosomes dans chaque cellule de son corps :
30 héritées de sa mère et 30 de son père.
Chaque chromosome renferme un certain nombre
de gènes; la nature et la position de chaque gène
déterminent un caractère génétique donné.
Pendant la formation de l'ovule ou du
spermatozoïde, tout le matériel génétique est
mélangé et divisé en deux. Chaque cellule
reproductrice se retrouve ainsi avec
30 chromosomes, chacun avec le nombre voulu
de gènes, mais dans une combinaison aléatoire à
partir de la paire initiale. Cette génétique
incroyablement compliquée empêche de prédire
avec une totale assurance les caractéristiques
d'une chèvre.
29
Certaines caractéristiques de la chèvre sont
régies par une seule paire de gènes, l'un
provenant du père et l'autre de la mère. Souvent,
l'un des deux domine, empêchant l'autre (le gène
récessif) de s'exprimer.
Par exemple, c'est une paire de gènes
donnée qui contrôle la présence ou l'absence de
cornes. Le gène qui cause l'absence de cornes
(caractère motte) chez les chèvres étant domi-
nant, nous utiliserons la majuscule «P» pour le
décrire, et la minuscule «p» pour décrire le gène
qui entraîne la présence de cornes. Génétique-
ment, donc, toute chèvre à cornes peut avoir deux
gènes récessifs (pp). La combinaison génétique
d'une chèvre motte peut être soit Pp (où le gène
dominant l'emporte), soit PP. Une chèvre à
cornes (pp) produira deux cellules reproductrices
porteuses du gène p. La chèvre PP produira deux
cellules reproductrices P; la chèvre Pp, par contre,
en produira une de chaque type.
L'accouplement de sujets PP et de sujets pp
produira un seul type génétique de descendance,
le Pp, étant donné qu'un des gènes doit provenir
de chaque parent. L'animal n'aura pas de cornes.
Si l'on accouple un sujet Pp avec un sujet PP, pp
ou Pp, la variété de la descendance sera plus
grande.
Ces calculs paraissent assez simples, mais
un grand nombre des caractéristiques qu'on
cherche à obtenir en améliorant par croisement les
chèvres laitières sont régies par des douzaines,
voire des centaines de paires de gènes.
Dommage que ce ne soit pas toujours aussi
simple que pour le facteur motte !
Malheureusement, un autre fait complique
même cet exemple simple : l'accouplement d'un
sujet motte avec un autre sujet motte produit
souvent une descendance intersexuée. Le gène
PP donne un chevreau qui n'est ni mâle ni
femelle, mais entre les deux. Il pourra paraître
extérieurement mâle ou femelle, mais sera stérile.
Les organes génitaux femelles d'apparence
normale vont se modifier et migrer au cours du
développement du cabri, l'orifice externe du
conduit urinaire migrant vers le bas, entre les
pattes, et pointant vers l'arrière, de sorte que le
chevreau aura souvent les pattes de derrière
mouillées et malpropres. Une masse pseudo-
scrotale peut se développer. Notons que
seulement la chevrette peut se transformer en cet
hermaphrodite inutile.
Certains éleveurs soutiennent que cette
tendance à l'hermaphrodisme ne se retrouve pas
dans toutes les lignées de chèvres mottes et que
la femelle Pp n'est évidemment pas affectée.
Cependant, des recherches approfondies n'ont
révélé aucune exception. Si vous recherchez
dans vos croisements des chèvres sans cornes,
vous prenez des risques.
Si vous vous sentez découragé, regardez les
chèvres laitières que nous donnent les
Figure 28 P/p Tableau d'accouplement d'animaux à caractères
P (cornu) et p (motte)
Accouple-
ment
;
P
p
pp
Pp
pp
Pp
Tous mottes 1/1
Accouple-
ment
I
P
p
Pp
pp
Pp
pp
Motte/cornu 1/1
Accouple-
ment
i
P
p
pp
Pp
Pp
Pp
Motte/cornu 3/1
croisements sélectifs ! L'animal a changé
radicalement par rapport à l'espèce sauvage
d'origine, pour devenir un sujet de belle taille, de
bonne capacité et d'une productivité remarquable,
que nos ancêtres ne reconnaîtraient guère. C'est
en identifiant les caractéristiques souhaitables et
en sélectionnant des reproducteurs ressemblant le
plus possible à cet idéal que l'on a obtenu ce
résultat. Nous pouvons encore utiliser les mêmes
méthodes avec une égale validité, mais avec
l'avantage suivant : nous sommes maintenant en
mesure d'identifier et de mesurer de façon plus
exacte que jamais auparavant, en utilisant le
programme de contrôle laitier informatisé et le
programme de classification des types normalisé
sur le plan national, que la Société canadienne
des éleveurs de caprins a élaborés.
30
Sélection en vue de l'amélioration
génétique
Que vous éleviez quelques chèvres pour
usage familial, que vous procédiez à des
croisements pour obtenir des animaux d'exposition
améliorés ou que vous exploitiez une laiterie
commerciale, la chèvre laitière a pour raison d'être
de donner du lait. Une chèvre résultant d'une
sélection rationnelle pourra donner de bonnes
quantités de lait, tout au long de la lactation et
pendant de nombreuses lactations. Plus encore,
un animal vraiment désirable transmettra ces
qualités à sa descendance.
La quantité exacte de lait que produira la
chèvre et le nombre de lactations qu'elle aura
dépendront des normes de l'éleveur. Il sera facile
d'en mesurer la production laitière en pesant une
fois par mois la production de 24 heures et en
utilisant ce résultat pour calculer le total.
Dans le cas du bouc, à moins qu'il n'ait de
nombreuses filles laitières, il sera plus difficile de
déterminer son aptitude à influencer la production
laitière de la génération suivante. Même s'il a
plusieurs filles qu'on peut étudier, l'environnement
peut influencer davantage la production que la
génétique. Idéalement, pour évaluer un bouc, on
a besoin de renseignements sur plusieurs
lactations de plusieurs douzaines de ses filles et
de leurs compagnes de troupeau, dans plusieurs
troupeaux différents.
À défaut de ces renseignements, on peut
choisir un bouc d'après son pedigree. Le bouc
issu d'une génitrice à forte productivité, croisée à
un bouc issu d'une génitrice à forte productivité
(dont les filles auront peut-être aussi été soumises
à des tests de production), donnera de meilleures
chances d'obtenir des laitières améliorées que le
bouc sur l'ascendance duquel on ne possède pas
de renseignements précis.
On doit aussi examiner les traits de
conformation, car ils pourront être liés à la
longévité chez les filles du bouc. Ici encore, il est
sage de regarder la conformation des filles, si
possible, ou pour le moins celle de proches
parentes. La conduite de l'élevage joue un grand
rôle dans le développement du bouc; alors qu'un
sujet dont on ne s'occupe pas bien peut
engendrer des filles qui lui seront supérieures,
certains boucs de très belle allure n'auront
peut-être pas la force génétique nécessaire pour
surmonter des défauts structurels présents chez
les chèvres auxquelles ils seront accouplés.
Si vous voulez que le bouc ait une influence
positive sur votre troupeau, l'investissement risque
d'être coûteux. Mais si vous basez votre sélection
sur l'information la plus complète qui soit
disponible, votre bouc pourrait vraiment conférer
au troupeau la moitié de sa valeur.
Les qualités recherchées chez un bouc
varieront selon la chèvre que vous souhaitez
obtenir par sélection et selon vos objectifs de
reproduction. Si vous élevez des chèvres
laitières, vous devrez mettre au moins
partiellement l'accent sur les caractéristiques
laitières.
C'est en opérant la sélection en vue d'un
seul caractère à la fois que vous ferez le plus de
progrès dans votre élevage. Lorsque vous aurez
atteint cet objectif, vous pourrez passer à un autre
caractère que vous souhaitez améliorer. Certains
caractères sont plus faciles à modifier que certains
autres; on dit qu'ils ont une héritabilité élevée.
Cela s'explique peut-être par le fait qu'ils sont
régis par des paires de gènes moins nombreuses,
ou que l'environnement a moins d'influence sur
leur expression, ou qu'ils sont plus faciles à
mesurer de façon exacte. Il est difficile d'évaluer
l'amélioration si la mesure est totalement
subjective et varie d'une personne à l'autre.
TABLEAU 2 CARACTERES HEREDITAIRES DES CHÈVRES LAITIÈRES
Caractère
Héritabilité
Mesure
Effet
Taille à maturité
Forte
Mètre et balances
Ventes de reproducteurs
Pourcentage de gras
Forte
Milk-O-Scan
Différence sur le prix du lait
Pourcentage de protéines
Forte
Milk-O-Scan
Rendement en fromage
Production laitière
Moyenne
Balances à lait, programme
de contrôle
Ventes de lait
Facilité de la traite
Moyenne
Éjection du lait (kg/min)
Temps et coûts de la main-d'oeuvre
Résistance aux mammites
Moyenne
CMT, numération des cellules
Rendement au cours de la vie, coûts
somatiques
de la main d'oeuvre et des traitements
Conformation
Moyenne
Classification, observation
Ventes de reproducteurs
Longévité
Faible
Âge à la réforme
Taux de renouvellement
Reproduction
Faible
Intervalle entre les mises bas
Rendement annuel en lait
Oedème de la mamelle
Faible
Observation
Production, coûts de la main d'oeuvre
et des traitements
Pieds et pattes
Faible
Observation, classification
Taux de renouvellement
31
Vous trouverez peut-être que certains
caractères présentent plus d'intérêt pour vous que
d'autres. Dans ce cas, essayez d'améliorer
d'abord ceux qui ont pour vous le plus
d'importance économique.
Age à la première saillie
Une chèvre peut entrer en chaleur (oestrus)
dès l'âge de 4 mois, mais vous ne la laisserez pas
s'accoupler avant qu'elle pèse au moins 32 kg;
beaucoup d'éleveurs trouvent même qu'un poids
de 40 kg permet un meilleur développement. En
fonction des facteurs génétiques dans une
certaine mesure, mais aussi en fonction de la
conduite de l'élevage et de l'alimentation dans une
mesure plus grande encore, la chèvre pourra
atteindre l'un ou l'autre de ces poids quand elle
aura entre 7 et 9 mois. Si la saillie a lieu à ce
moment, la chèvre aura entre 12 et 14 mois lors
de la parturition. Une chèvre d'1 an qui donne du
lait gagne sa pension, si le lait a de' la valeur à la
ferme. Si elle poursuit sa croissance pendant la
lactation, elle aura une production laitière peut-être
faible mais régulière.
Il y a des éleveurs qui préfèrent que leurs
jeunes chèvres ne soient pas saillies et pour-
suivent leur développement bien au delà de leur
premier anniversaire; certaines ne seront pas
saillies avant l'âge de 18 mois. Une chèvre de
2 ans primipare n'aura pas une production de lait
aussi abondante qu'une chèvre du même âge qui
en est à sa deuxième lactation; cependant, il n'a
pas été prouvé qu'elle aura une vie productive
plus longue (comme certains l'affirment). Cette
chèvre pourra certainement mériter un ou deux
points de plus au classement; du côté négatif, il
est souvent difficile de réussir une saillie fertile sur
une chèvre tarie, car elle a tendance à engraisser.
Vous devez décider sur quoi vous voulez mettre
l'accent.
Saison d'accouplement
Au Canada, l'accouplement des chèvres est
très saisonnier. La lumière régit les cycles
d'oestrus, qui commencent généralement
10 semaines après le jour le plus long de l'année.
Du début de septembre à la fin de février ou mars,
la majorité des chèvres seront fertiles quand elles
sont en chaleur. Au milieu d'avril, la plupart auront
cessé leur cycle et ne s'intéresseront plus à
l'accouplement avant le mois de septembre
suivant. Un petit nombre de chèvres, peut-être
5%, commenceront leur cycle un ou deux mois
plus tôt ou plus tard que leurs compagnes. Une
bonne nutrition et une bonne gestion permettront
aux sujets en question d'exprimer cette tendance;
c'est un trait qui peut aussi être génétique,
permettant une longue saison d'accouplement,
sans traitement spécial, grâce à la sélection de
génitrices choisies parmi des chevrettes nées de
septembre à décembre.
Il existe des traitements permettant de
ramener l'oestrus chez une femelle dont les
cycles sont interrompus pour la période annuelle
d'anoestrus.
Détection des chaleurs
Vous devez savoir reconnaître les signes des
reproductrices en chaleur. Tout au début ou tard
dans la saison d'accouplement, ces signes
peuvent être très subtils. D'octobre à février, par
contre, l'instinct d'accouplement est plus fort et la
femelle qui n'a pas été saillie manifeste beaucoup
sa présence pendant ses chaleurs. La longueur
du cycle oestral (du jour 1 d'une chaleur au jour 1
de la suivante) peut varier de 18 à 24 jours selon
les sujets; la longueur de l'oestrus lui-même est
variable: il arrive qu'il ne soit apparent que
pendant 12 heures, mais il peut aussi se
manifester sans erreur possible pendant quatre
jours. C'est au milieu de la saison d'activité
sexuelle (d'octobre à décembre) que les chaleurs
ont tendance à avoir le maximum d'intensité.
L'accouplement réalisé à ce moment aura plus de
possibilités d'aboutir à une gestation multiple.
Pour détecter les chaleurs, observez les signes
suivants chez la chèvre :
La vulve (orifice génital) enfle, paraît humide
et prend habituellement une coloration qui va
du rose au rouge.
La chèvre manifeste une agitation inhabituelle
et bêle souvent.
Elle est fortement attirée par l'odeur du bouc.
Vous pourrez préparer un «chiffon bouc» en
frottant un vieux bas nylon sur les glandes
qui sécrètent cette odeur, localisées sur la
tête du bouc, à l'arrière de la zone des
cornes. Vous conserverez ce chiffon dans
un bocal en verre fermé hermétiquement. Si
vous faites respirer à une chèvre en chaleur
le contenu du bocal, les manifestations de
l'oestrus s'intensifieront.
La chèvre balance la queue rapidement et
sans arrêt.
L'écoulement vaginal de mucus varie en
quantité; généralement épais et opaque au
début de l'oestrus, il est clair et liquide
pendant l'oestrus proprement dit ou rut, pour
redevenir blanc et opaque à la fin de
l'oestrus.
Typiquement, la chèvre qui entre en chaleur
commence à importuner d'autres chèvres du
troupeau (souvent seulement une) en essayant de
susciter un comportement de poursuite et de
monte. Pendant le rut proprement dit, elle restera
tranquille jusqu'au moment où elle sera montée
par un bouc ou par une de ses compagnes.
Lorsqu'elle sort de la période de chaleur, le
comportement d'affrontement et de poursuite
reprend le dessus.
32
Les symptômes seront plus apparents chez
certaines chèvres que chez d'autres; il vous faut
observer de près les variations de comportement
de vos animaux.
Sélection du bouc
C'est le mot «sélection» qui est important ici.
À peu près n'importe quel bouc est fertile, surtout
celui qu'il ne faut pas ! Qu'il s'agisse du chevreau
à la mamelle ou de celui qu'on laisse dans la
même loge que les chevrettes jusqu'à la fin de
l'été, ou encore du bouc destiné à la boucherie
que vous gardez pour des gens qui ne veulent pas
d'un sujet castré, tous ces sujets seront imman-
quablement capables de féconder une femelle !
Une bonne clôture, que les boucs ne pourront pas
franchir, vous aidera beaucoup à réaliser un
programme d'élevage supervisé, en maintenant
les boucs d'un côté et les chèvres de l'autre. Des
boucs bien élevés, heureux et tranquilles dans leur
stalle jusqu'au début de la saison du rut, peuvent
se transformer en véritables Houdinis lorsque les
chèvres entrent en chaleur ! Vérifiez la stalle
avant que la tentation ne se présente; renforcez
les clôtures s'il y a lieu et réparez celles qui sont
brisées. Si un bouc réussit à s'échapper, vérifiez
combien de chèvres il a pu féconder !
ENTRETIEN DU BOUC Dans de nombreux
troupeaux, le bouc n'est utilisé que pendant trois
ou quatre mois de l'année. Le reste du temps, il
reçoit une ration d'entretien et l'on ne s'occupe
guère de lui, si ce n'est peut-être pour une ou
deux expositions de printemps. Quand commence
la saison d'activité sexuelle, par contre, vous
aurez immédiatement besoin de ses services. Un
bouc doit commencer la saison d'accouplement en
excellente condition : une belle robe luisante et
assez de graisse pour arrondir les angles. Trop
de graisse, par contre, le ralentirait, empêcherait
l'action des hormones et risquerait, en fait,
d'entraîner la stérilité. Entre septembre et
décembre, le bouc sera généralement trop excité
pour manger; il perdra énormément de poids, qu'il
soit utilisé ou pas.
Pour être certain qu'il sera en bonne
condition et plein d'ardeur, examinez-le deux mois
à l'avance. S'il est trop gras, laissez-lui sa ration
d'entretien - beaucoup de fourrage grossier - afin
qu'il ne prenne plus de poids. S'il est plutôt
mince, voyez s'il n'a pas de vers. Portez un
échantillon de matières fécales au vétérinaire et
faites-les analyser, pour détecter la présence de
parasites et (si le bouc est encore tout jeune) de
coccidies; traitez tout problème selon les conseils
du vétérinaire.
Commencez à donner au bouc un régime
plus riche en apport énergétique, mais ne modifiez
pas ses rations trop rapidement, car vous
risqueriez de l'amener à refuser toute nourriture.
Ajoutez petit à petit plus d'aliments digestibles, par
exemple du foin plus feuillu ou des rations de
concentrés. Si vous commencez par 100 g de
grain par jour, vous devriez prendre plusieurs
semaines pour en porter la quantité à 600 g par
jour.
Assurez-vous que le bouc reçoit les
vitamines et les minéraux requis. Dans certaines
régions, le régime est pauvre en zinc, alors que ce
minéral est très important pour le processus
reproducteur mâle; d'autres carences en minéraux
auront des retentissements sur l'état général. Si
le bouc n'est pas dans un bon pâturage, donnez-
lui un supplément de vitamine A. Pour l'encoura-
ger à consommer les vitamines et minéraux
appropriés, combinez au sel que vous lui donnez,
dans une proportion de 50/50, un mélange bien
équilibré de vitamines et de minéraux. Remplacez
le mélange chaque semaine, pour être sûr qu'il
conserve sa teneur en vitamines.
Le bouc doit être exempt de parasites
externes. Les poux sont généralement rares en
été mais s'il y en a ne fût-ce que quelques-uns, ils
se multiplient rapidement et peuvent entraîner
l'anémie. Il existe divers produits permettant de
traiter les boucs qui ne sont pas destinés à
l'abattoir.
Entretenez les sabots et veillez au bon état
des pattes. Toute raideur est à contrôler, car elle
pourrait nuire à l'ardeur ou à la capacité de monte
de votre bouc. Ne laissez pas un bouc arthritique
prendre trop de poids.
Les testicules doivent être fermes et sains.
S'il y a enflure ou gonflement, ou encore des
masses importantes ou de petites boules indurées
dans le scrotum, consultez le vétérinaire. La peau
autour de l'ouverture du fourreau doit être
exempte de plaies ou d'infections; observez les
érections et l'émission d'urine, qui doivent être
normales et ne causer aucune gêne.
Si vous employez le bouc pour
l'accouplement hors-saison, entre mai et juillet, le
vétérinaire recommandera peut-être des
traitements aux hormones, à administrer environ
un mois à l'avance. Si vous utilisez la lumière
pour prolonger la saison d'accouplement,
assurez-vous de traiter le bouc en même temps
que les chèvres (mais de préférence sans le
laisser entrer avec elles).
L'utilisation de la lumière trompe les animaux
en leur faisant croire que la période de rut est
arrivée. L'exposition des animaux à des lampes
fluorescentes qu'on allume de plus en plus tard le
matin et qu'on éteint de plus en plus tôt le soir
simule l'effet du changement de saison sur la
lumière du jour.
Certains éleveurs commencent par traiter
une chèvre pour qu'elle entre en chaleur à peu
près une semaine avant que les chèvres
importantes ne commencent leur cycle, afin de
rappeler au bouc de quoi il retourne. Il serait en
effet frustrant de réussir à faire entrer vos chèvres
en chaleur hors-saison, pour constater que le
33
bouc ne s'intéresse pas à elles ! L'insémination
artificielle, quand vous en aurez pris l'habitude,
vous évitera ce problème, car ça marche à
n'importe quel moment de l'année.
INFERTILITÉ DU BOUC Pour être fertile, il faut
qu'un bouc produise du sperme qui peut fertiliser
un ovule. Il doit aussi avoir à la fois le désir et la
capacité de monter la chèvre et de la saillir. Si
l'un des facteurs manque, même partiellement, la
fécondité sera réduite.
Des malformations congénitales ou
héréditaires peuvent entraîner des problèmes de
reproduction. De nombreuses malformations des
testicules ou du pénis sont héréditaires et sont
décelables par le toucher et l'observation
(testicules sous-développés, absence d'un
testicule ou déviation du pénis, par exemple). Un
gène récessif peut provoquer certains défauts du
sperme qui compromettront la fertilisation.
La stérilité acquise peut dépendre de lésions,
de maladies, de la nutrition, du milieu ou de
facteurs liés à la conduite de l'élevage. Même un
bouc fertile peut être incapable de monter une
chèvre à cause d'une enflure des articulations des
pattes postérieures ou d'une entorse; des sabots
douloureux d'avoir trop poussé peuvent avoir le
même effet. Des contusions ou même des
fractures du pénis, résultant d'une surutilisation ou
d'interférences pendant l'accouplement, peuvent
empêcher l'érection (malgré un fort désir) et
compromettre la fertilité du sperme.
Une alimentation défectueuse retarde la
puberté, abaisse la production et réduit la qualité
du liquide séminal. Chez un bouc en croissance,
elle risque d'entraîner des dommages permanents
à l'épithélium germinal des testicules. Chez un
bouc mature, cette alimentation abaisse la libido;
on peut y remédier en augmentant avec
précaution la teneur énergétique des aliments.
Une carence en vitamine A risque d'entraîner
une dégénérescence testiculaire, tandis qu'une
carence en iode peut affecter la libido et la qualité
du sperme. Les carences en cuivre, en
phosphore, en cobalt, en zinc et en manganèse
peuvent aussi causer des problèmes de fertilité.
Une élévation d'environ un degré de la
température du corps, due à une température
élevée ou à la maladie, risque de compromettre la
fertilité du bouc. La maladie, surtout
accompagnée de fièvre, entraînera la stérilité, au
moins temporairement. Une température
corporelle élevée peut affecter la fertilité pendant
dix semaines. Si des bactéries envahissent les
glandes génitales, l'enflure peut être suivie de la
dégénérescence, de la calcification ou de
l'atrophie de l'un des testicules ou des deux.
L'infection affecte généralement les canaux, les
bloquant et en empêchant le fonctionnement
normal; elle sera diagnostiquée par la présence de
pus dans le liquide séminal si l'examen est
effectué à un stade précoce.
Le stress provoqué par la chaleur entraîne
souvent une stérilité temporaire; logez le bouc
dans un local frais, bien aéré, et donnez-lui à boire
beaucoup d'eau propre et fraîche pendant les
journées chaudes de l'été.
Un bouc arrivé à maturité pourra fournir ses
services à un grand nombre de femelles, au cours
de plusieurs mois. Il n'est pas déraisonnable
d'avoir un bouc pour 50 femelles, si les saillies
sont espacées. Un jeune bouc, par contre, devra
se reposer plusieurs jours, voire une semaine,
entre les saillies. Soyez strict au sujet de son
activité sexuelle; ne lui permettez pas de fournir
plus d'un service toutes les quatre ou six heures,
et pas plus de deux par accouplement.
Autrement, vous pourriez constater que le jeune
sujet qui a fécondé deux ou trois chèvres au début
de la saison reste ensuite deux ou trois mois
infertile. Évidemment, pour les mêmes raisons,
vous ne le laisserez pas gambader avec des
femelles en chaleur.
Monte en main ou monte en
liberté
Dans la monte en main, on identifie
individuellement les chèvres en chaleur, on les
amené au bouc et on supervise le coit. C'est
cette méthode qui permet de tenir les registres
d'accouplement les plus précis. Cependant, elle
ne sera pas efficace en cas d'erreur dans la
détection des chaleurs, si la chèvre est saillie à un
moment où elle n'est pas en oestrus ou si l'on n'a
pas constaté son retour en chaleur. Si vous
n'êtes pas en mesure de surveiller vos chèvres
deux ou trois fois par jour, autrement qu'en allant
les nourrir et les traire, vous risquez de ne pas
repérer celles qui sont en chaleur, surtout au
début de la saison des amours.
Les producteurs commerciaux de lait, qui ont
besoin que la lactation commence le plus tôt
possible en automne, pourront choisir pour leurs
jeunes chèvres l'accouplement en stalle. Par
contre, ils éviteront ce système pour les chèvres
en lactation, car l'odeur de bouc que dégagent les
sécrétions glandulaires huileuses risquerait de se
transmettre au lait par les poils de la chèvre ou
même par l'air. On pourra répartir les chèvres qui
n'ont encore jamais été saillies en groupes qui
partageront chacun une stalle avec un bouc
reproducteur. En munissant le bouc d'un tablier
marqueur, vous serez en mesure de constater
quel jour chaque chèvre aura été montée et vous
pourrez enregistrer la date de saillie. Un bouc
vigoureux est cependant capable de monter
n'importe quelle chèvre, qu'elle soit en chaleur ou
non, surtout les quelques premiers jours où on
l'envoie dans la stalle. Changez la couleur du
marqueur après la première semaine, pour repérer
les chèvres qui reviennent alors qu'elles sont en
chaleur. Comme le bouc est le plus précis des
détecteurs de chaleurs, la saillie en stalle est le
34
plus sûr moyen d'obtenir la conception chez vos
chèvres.
Chez une chèvre qui n'a eu auparavant
qu'un minimum de contacts avec un bouc,
l'oestrus sera souvent induit en cinq jours,
simplement par la brusque exposition à un mâle.
C'est ce que l'on appelle «l'effet bouc» bien
documenté, qui se produit même à un stade
précoce de la saison d'activité sexuelle, avant que
les chaleurs ne deviennent apparentes. Vous
trouverez peut-être qu'il vaut la peine de l'essayer,
lorsque vous voulez hâter le début du cycle chez
vos chèvres. Si vous avez la certitude qu'elles
n'ont eu aucun contact avec un bouc, ni même
avec l'odeur d'un bouc, depuis deux ou trois de
mois, vous aurez plus de chances de succès.
Insémination artificielle
Les éleveurs canadiens utilisent depuis
plusieurs années la semence congelée pour
inséminer les chèvres sans les services du bouc.
Si l'on considère les inconvénients du bouc— son
odeur, son comportement peu docile, les soins et
l'entretien qu'il exige— l'insémination artificielle a
bien des attraits.
La semence disponible au Canada, même si
elle est importée, a été recueillie dans
d'excellentes conditions d'hygiène, et provient de
boucs dont le bon état sanitaire est certifié. Vous
pourrez réaliser plus rapidement des améliorations
génétiques dans votre troupeau au moyen de
l'insémination artificielle, si la semence provient de
géniteurs génétiquement supérieurs. La Société
canadienne des éleveurs de caprins élabore
actuellement un programme de «testage des
géniteurs», pour évaluer l'aptitude d'un géniteur
donné à améliorer chez ses filles la production
laitière et le type. Tous les mâles utilisés
actuellement pour l'insémination artificielle sont
prometteurs, par leur type et leur pedigree, et
vous voudrez peut-être en utiliser un ou plusieurs
pour introduire dans votre troupeau un matériel
génétique plus varié.
Dans l'accouplement naturel, le bouc dépose
sa semence à l'entrée du col de la matrice, mais
le volume et le nombre de spermatozoïdes sont
bien plus grands que dans l'insémination
artificielle. La chèvre elle-même réagit aussi un
peu mieux à l'accouplement naturel, en
transportant le sperme dans l'utérus, par exemple.
Pour inséminer une chèvre, on essaie de déposer
la semence à l'intérieur de l'utérus, ou au moins à
l'intérieur du col, ce qui compense, sinon
entièrement du moins dans une certaine mesure,
l'avantage de l'accouplement naturel.
Dans certaines régions du pays, le ministère
provincial de l'agriculture offre des cours pratiques
sur les techniques d'insémination artificielle chez
la chèvre ou apporte son concours pour en
organiser, si suffisamment d'éleveurs se montrent
intéressés. On doit utiliser un matériel
d'insémination spécial pour chèvres, mais la
semence congelée peut être manipulée
exactement de la même façon que la semence de
taureau, et on utilise souvent pour l'expédier et la
stocker le système de distribution qu'utilisent les
éleveurs de bovins.
Tests de gestation
Une chèvre saillie alors qu'elle était
naturellement en chaleur pendant la période
régulière d'activité sexuelle permet d'obtenir
l'indication de gestation la moins coûteuse et l'une
des plus fiables : trois semaines plus tard,
l'oestrus ne revient pas. Cependant, si la chèvre
saute un oestrus mais qu'un retour de chaleur se
produit un peu plus tard, son organisme aura
peut-être réabsorbé l'embryon pour une raison
quelconque.
Les chèvres devraient prendre du poids à
l'époque de l'accouplement; il convient de leur
présenter un programme d'alimentation à haut
niveau jusqu'à ce que la gestation soit bien en
marche, la troisième ou la quatrième semaine
suivant la saillie. Ce programme d'alimentation
pré-saillie induit la production et la fertilisation d'un
plus grand nombre d'ovules; la chèvre risque
moins de perdre une portée complète. Si une
chèvre a un retour de chaleur, vous pouvez
essayer de la faire saillir de nouveau avant de
soupçonner une maladie. Si elle n'est toujours
pas grosse, consultez le vétérinaire.
D'autres méthodes de détection de la
gestation ont été commercialisées ces dernières
années, notamment une trousse de mesure du
taux de progestérone dans le lait. On doit
administrer le test au moment prévu du retour des
chaleurs de la chèvre si elle n'était pas grosse (de
18 à 22 jours après la saillie, selon l'animal). La
plupart des chèvres pourraient subir ce test
20 jours après la saillie avec une bonne précision.
Un niveau élevé de progestérone indique la
possibilité d'une gestation.
Un autre test permet de vérifier la présence
d'une hormone de gestation, le sulfate d'oestrone,
dans le lait ou l'urine. On peut envoyer des
échantillons à un laboratoire ou acheter une
trousse pour administrer le test sur place. Le test
peut être exécuté dès le trente-cinquième jour
suivant la saillie, mais il est plus exact après
50 jours.
Les appareils qui utilisent les sons et les
ultrasons pour détecter la gestation sont très
coûteux et exigent que l'opérateur reçoivent de la
formation pour bien les utiliser. Ces appareils sont
surtout utiles aux producteurs commerciaux de lait,
qui doivent vérifier le taux de gestation résultant
de l'accouplement hors-saison pour prévoir leur
production laitière de l'hiver. Parfois, l'éleveur qui
est à la tête de quelques animaux obtiendra que le
propriétaire d'une de ces machines la lui prête ou
la lui loue.
35
Figure 29 Insémination artificielle
Figure 30 Matériel d'insémination artificielle introduit dans les voies génitales
Corps de l'utérus
Aiguille en plastique
Cornes de l'utérus
Cape stérile sur pistolet
d'insémination
Oviducte
Spéculum
Pistolet d'insémination
36
Il existe d'autres moyens de vérifier la
gestation. Certains, comme la tige utilisée pour
vérification interne par le rectum, risquent de
provoquer un stress assez fort pour entraîner
l'avortement. Certains éleveurs sont capables de
palper l'abdomen de la chèvre pour découvrir si
l'utérus a grossi et s'il est gravide. Mais la
méthode la plus sûre et la moins dangereuse est
d'attendre cinq mois pour voir si des cabris vont
naître. Évidemment, certains signes paraissent
avant cela. Le pis des primipares commence à
gonfler au quatrième mois; même le pis tari d'une
chèvre adulte commence à «reprendre vie» au
cinquième mois. L'expansion de l'abdomen est
évidente, surtout dans la profondeur du tronc, à la
hauteur des flancs, même sans gain apparent en
largeur.
Développement foetal
La chèvre laitière a une période dé gestation
moyenne d'environ 145 à 155 jours; en général,
quelques jours de plus ou de moins ne feront pas
de tort à la mère ni aux cabris.
Vers la fin de la période de rut, l'ovaire libère
un oeuf (l'ovule) qui pénètre dans l'oviducte.
C'est là que se produit la fertilisation, et l'ovule
fertilisé poursuit sa progression vers l'utérus tout
en se développant. Lorsqu'il parvient à l'utérus,
certaines transformations se sont en outre
produites qui permettent à ce qui est maintenant
l'embryon de s'accrocher à la paroi utérine et de
continuer à se développer. Souvent, les chèvres
libèrent et fertilisent plusieurs ovules. Chacun
d'eux s'implante à un endroit différent de l'utérus
et développe son propre placenta. Ce dernier fait
partie du foetus, qui reçoit, grâce à cet organe, les
éléments nutritifs provenant du sang de la mère.
Dans une certaine mesure, le placenta diffuse
également dans le corps de la mère des hormones
nécessaires à la poursuite de la gestation et pour
entraîner la mise bas et provoquer le
développement du tissu galactogène dans le pis.
Au soixantième jour, le foetus est presque
entièrement formé, à part quelques éléments
comme les dents et les poils. A partir de ce
moment, il va simplement grandir jusqu'à la
naissance. Bien que la taille augmente
rapidement, elle est si petite au départ que la
croissance du foetus impose de sérieuses
exigences à la mère au cours des six dernières
semaines de la gestation. La présence de foetus
multiples accroît évidemment ces exigences. Les
deux ou trois dernières semaines avant la
naissance, les poils apparaissent et les dents du
chevreau percent. Le développement des cornes
est variable: certains chevreaux naissent avec de
petites cornes bien formées, tandis que les cornes
ne se développent chez d'autres que trois
semaines après la naissance (naturellement, les
chèvres mottes resteront toujours sans cornes).
Après la naissance, la chèvre expulse le
placenta.
Gestations indésirables
Des injections de prostaglandine pourront
éliminer une gestation indésirable; les fabricants
affirment qu'il est peu probable que les produits
chimiques dérèglent le système hormonal de
l'animal, mais utilisez-les quand même avec
prudence. Pratiquées à un moment quelconque
entre six jours et six semaines après
l'accouplement, les injections feront avorter la
chèvre avec le minimum de douleurs, mais plus
tôt vous administrerez le produit, moins elle s'en
apercevra. La prostaglandine ramène les chaleurs
de 48 à 72 heures après l'injection. Veillez donc
à ce que le bouc soit bien à l'écart !
Accouplements en saison et
hors-saison
Que vous le vendiez ou que vous l'utilisiez
pour consommation familiale, le lait produit en
hiver a plus de valeur que celui qui est en
surproduction au printemps et en été. Bien que
vous disposiez de peut-être plus de temps l'été,
vous risquez de vous apercevoir que l'aug-
mentation de la consommation est inversement
proportionnelle à celle de l'approvisionnement !
Une chèvre saillie en septembre met bas en
février; saillie en mars, elle met bas en août.
Même avec deux chèvres d'égale productivité,
celle qui met bas en août produira un peu moins
de lait au cours de sa lactation que celle qui a mis
bas en février. Aucune des deux n'a été
véritablement saillie hors-saison, même s'il y a des
chèvres qui ne commencent pas leur cycle avant
la fin de septembre et d'autres qui ne le
poursuivent pas au-delà du début de mars.
Il ne faut que fort peu d'interférence dans la
saison naturelle d'activité sexuelle pour maintenir
ce programme de renouvellement de la production
laitière. Cependant, si vous doutez le moindre-
ment que les chèvres soient en chaleur en
septembre— l'absence de retour du rut pouvant
être dû tout simplement à la fin de la saison
d'activité sexuelle— vous voudrez peut-être en
faire saillir une ou deux de plus au mois de mars.
La chèvre qui n'a pas «pris» au début de
septembre le montre par le retour des chaleurs;
elle peut alors être accouplée de nouveau, avec
un petit retard dans la parturition.
On utilise la lumière pour provoquer l'entrée
en chaleur hors-saison. Ce procédé «trompe» les
glandes pituitaires de la chèvre, qui contrôlent le
début de la saison d'activité sexuelle. Ou bien on
limite le nombre d'heures d'exposition des
animaux à la lumière pendant deux semaines, ou
bien on ajoute des heures de «plein jour», que l'on
réduit brusquement dix semaines avant l'époque
37
normale. Certaines chèvres entreront alors
spontanément en chaleur, indépendamment de
l'époque de l'année. Cette méthode a l'avantage
de ne pas introduire de produits chimie en appliquant des
tractions sur les pieds pour hâter la délivrance.
NE TIREZ PAS ! Attendez les contractions pour
intensifier la traction et faire sortir le cabri sans
employer la force. Suivez le mouvement naturel,
en arc de cercle.
QUAND INTERVENIR? Si la chèvre est souf-
frante depuis plus de 24 heures, il y a peut-être un
problème. Si le travail n'a pas commencé, on
trouvera le col de l'utérus fermé par un bouchon
muqueux. Si le col est légèrement ouvert, vérifiez
de nouveau deux heures plus tard. Si l'ouverture
n'est pas plus grande ou si le col est refermé,
appelez le vétérinaire.
Figure 34 Présentations normales
Jumeaux
Si le col est suffisamment ouvert pour y
laisser entrer la main, vérifiez si le nouveau-né se
présente normalement. Si oui, retirez la main;
n'essayez pas de tirer. Si le travail n'est pas plus
avancé quelques heures plus tard, consultez le
vétérinaire.
Lorsque la chèvre commence à faire des
efforts plus intenses, vous devriez voir le résultat
au bout de deux à trois heures. Si le cabri
n'apparaît toujours pas au bout de trois heures,
41
Figure 35 Position renversée
Figure 36 Position un pied replié
vérifiez s'il est dans la bonne position. SI LE
CABRI SE PRÉSENTE BIEN, LAISSEZ FAIRE LA
CHÈVRE. Certaines ont tout simplement besoin
de plus de temps que d'autres. Souvent,
l'examen suffira à déclencher des contractions
plus fortes. Si le cabri n'est pas encore né deux
heures plus tard, appelez le vétérinaire. Celui-ci
décidera s'il faut aider la chèvre ou la laisser
tranquille pendant un certain temps.
Si le cabri n'est pas bien aligné ou s'il se
présente dans une mauvaise position, la situation
se complique.
Résoudre les problèmes
Si vous n'êtes pas expérimenté, appelez le
vétérinaire dès que vous pensez qu'une chèvre a
des difficultés. Un débutant est rarement à même
de faire la différence entre les situations qui
exigent de l'aide et celles où il vaut mieux ne pas
intervenir. Même si vous avez de l'expérience,
n'aidez la chèvre que si c'est absolument
indispensable.
Assurez-vous d'abord d'avoir les ongles
COURTS et les mains parfaitement PROPRES.
Frottez-les avec un antiseptique et du savon, puis
lavez la zone génitale de la chèvre. Jetez les
chiffons sales et lavez-vous de nouveau les mains.
Introduisez la main en là tenant allongée, les
doigts resserrés, pour que la forme soit effilée.
PRENEZ VOTRE TEMPS ET PROCÉDEZ AVEC
DOUCEUR.
PRÉSENTATION GENOU FLÉCHI Le mieux à
faire est de repousser le cabri assez loin pour
vous laisser la place dont vous avez besoin pour
travailler. Poussez doucement, en gagnant du
terrain entre les contractions de la chèvre.
Glissez la main le long du corps et, avec vos
doigts, relevez le genou en dirigeant l'onglon vers
l'extérieur. Procédez avec prudence.
Si la chèvre pousse trop fort et que vous ne
réussissez pas à repousser le cabri, maintenez
une traction, mais laissez la chèvre faire l'essentiel
du travail par ses contractions : un cabri de taille
moyenne peut naître sans aide dans cette
position.
PRÉSENTATION PAR LA CROUPE Cette pré-
sentation rend la délivrance très difficile. Refoulez
la croupe et essayez d'amener successivement
vers l'extérieur chacun des pieds postérieurs. Si
c'est nécessaire, utilisez une boucle de fil de fer
souple isolé pour tenir un pied en place pendant
que vous irez chercher l'autre. Une fois les
jambes postérieures dirigées vers l'extérieur, vous
aiderez comme dans la présentation postérieure,
pour accélérer la délivrance. Le col devrait alors
être entièrement dilaté.
PRÉSENTATION OBLIQUE Repoussez le cabri
de côté jusqu'à ce que les pieds postérieurs, de
préférence, soient à la sortie. Puis introduisez les
pieds dans le col, si c'est nécessaire en imprimant
au cabri un mouvement de rotation, pour en
arriver à une présentation postérieure normale.
Aidez la chèvre en appliquant des tractions sur les
pieds postérieurs du cabri.
PRÉSENTATION TÊTE REPLIÉE Un cabri ne
peut pas naître dans cette position, vous devez
aider la chèvre. Repoussez légèrement les pattes
vers l'arrière de manière à vous faire de la place
pour travailler, puis allez chercher la tête en
palpant le long d'un des côtés ou entre les pattes.
Abaissez la tête en tournant pour la diriger vers
l'extérieur. Faites attention aux dents coupantes !
Parfois, lorsque vous aurez mis le cabri en
bonne position, la tête retombera en arrière avant
que le museau ne s'engage dans le col. Si cela
se produit, retirez la main et désinfectez une
longueur de 1,3 m de fil de fer isolé souple avec
un antiseptique et du savon. Faites une boucle à
42
Figure 37 Présentation de la croupe (par l'arnère-tram)
une extrémité et, après vous être de nouveau
soigneusement lavé les mains, introduisez la
boucle du bout des doigts dans le corps de la
chèvre.
Figure 38 Présentation oblique
Placez la boucle derrière la tête du cabri,
sous les oreilles. Tordez-la de façon à la passer
autour du museau. Si vous n'y arrivez pas,
faites-la passer dans la bouche; faites attention
aux dents, qui risquent d'endomager l'utérus ou le
vagin si la bouche s'ouvre.
L'extrémité libre du fil pendra à l'extérieur.
Saisissez-la de votre main gauche et, quand vous
aurez mis la tête en bonne position à l'intérieur,
tirez bien le fil. Lorsque vous retirerez la main, la
tête restera en position. Maintenez une traction
sur le fil - sans tirer fort - pendant que la chèvre
fera le travail.
Figure 39 Emploi d'un fil de fer pour corriger la position du cabri
43
Si la chèvre est épuisée, vous devrez
peut-être aussi l'aider en exerçant une traction sur
les pieds. Ne vous pressez pas. Ne craignez pas
pour le cabri tant qu'il est dans le corps de sa
mère et que le cordon ombilical est intact.
POSITION RENVERSÉE TÊTE EN BAS Amenez
d'abord les pieds antérieurs dans le col, puis en
faisant tourner le cabri, ramenez-le à la position
normale, échine en haut. Soulevez la tête comme
dans la position tête renversée, en employant du
fil de fer isolé, comme indiqué.
Figure 40 Position renversée (tête en bas)
Soins après la naissance
Lorsque la chèvre a terminé la mise bas,
installez-la sur la plate-forme de traite, donnez-lui
un peu de grain et trayez-la à moitié, de chaque
côté. Avant la mise bas, il est bon d'habituer les
primipares à monter sur la plate-forme et à se
laisser masser la mamelle. Si la chèvre réagit
trop, soyez aussi patient et rassurant que vous
pouvez l'être; elle cherchera instinctivement à se
faire traire, mais il faudra peut-être l'encourager à
se détendre. Une traite partielle peut provoquer
des contractions utérines qui l'aideront à se
débarasser du placenta, si elle ne l'a pas encore
fait. Si le placenta n'a pas été expulsé au bout de
24 heures, consultez le vétérinaire. N'essayez pas
d'extraire le placenta, vous risqueriez de
provoquer une hémorragie. Le placenta expulsé
doit être enlevé de la stalle et brûlé si possible.
Ne laissez pas le placenta traîner là où d'autres
chèvres pourraient entrer en contact avec lui,
même indirectement. Étendez une couche de
paille fraîche dans la stalle, veillez à ce que la
chèvre ait de l'eau et laissez-la au calme pendant
que vous prendrez soin de ses cabris.
Il est très important de plonger l'ombilic du
cabri dans une solution d'iode fortement diluée le
plus tôt possible après la naissance. Versez la
solution dans un bocal d'aliments pour bébés,
introduisez-y l'ombilic et pressez fortement le
bocal contre le ventre, puis renversez le cabri.
Figure 41 Désinfection de l'ombilic du chevreau
L'ENLEVEMENT DES
BOURGEONS DE CORNE
Enlevez les bourgeons de cornes entre le
troisième et le dixième jour, dès que vous les
sentirez. Le meilleur outil est le thermocautère,
avec pointe spéciale pour chèvres. Ne procédez
pas à l'opération avant de sentir les bourgeons,
certains cabris étant naturellement sans cornes.
Plusieurs éleveurs expérimentés consentiront à
vous montrer comment faire ou à faire le travail
pour vous. Vous pourriez aussi consulter le
vétérinaire.
LA CASTRATION DES
CHEVREAUX
Si vous employez des anneaux de gomme,
castrez les chevreaux au cours de la première
semaine. Plus tard, il faudra utiliser une pince à
castrer burdizzo ou un couteau. Procédez à
l'opération avant que les chevreaux aient
10 semaines, car ils pourraient déjà être fertiles à
ce moment-là.
LE TATOUAGE
C'est quand le chevreau est petit que le
tatouage est le plus facile à réaliser; si vous avez
un troupeau de chèvres de race pure ou
Canadiennes, c'est obligatoire. Vous pouvez
utiliser du matériel de tatouage pour bétail ou pour
chiens. L'avantage du matériel pour chiens est
que les lettres sont plus petites et s'inscrivent
facilement dans l'oreille. Les aiguilles sont aussi
plus rapprochées, ce qui rend le tatouage plus
44
facile à lire lorsque les animaux atteignent 5 ou
6 ans.
LA TAILLE DES ONGLONS
Les onglons de la chèvre poussent vite,
comme les cheveux et les ongles chez les
humains. Lorsqu'ils sont trop longs, ils appuient
à chaque pas sur les paturons et les pattes de
l'animal. On doit commencer à tailler les onglons
dès que l'animal atteint 4 semaines et continuer
régulièrement par la suite, au moins quatre fois par
année.
La plupart des éleveurs utilisent un
instrument appelé cisaille à onglons burdizzo, que
l'on trouve dans les magasins de fournitures de
ferme. La figure 42 explique la technique.
Figure 42 Avant de tailler un onglon, il faut toujours l'examiner.
Le bas devrait être parallèle à la ligne des poils à son sommet; il
devrait être plat et large pour supporter le poids de l'animal.
Lorsque vous taillez le tampon, posez souvent le pied par terre
pour contrôler votre travail. Veillez à ce que l'onglon fini soit plat
et horizontal d'un côté à l'autre et d'avant en arrière, pour ne
pas fatiguer le paturon. Cessez de tailler lorsque vous voyez
apparaître une coloration légèrement rosée; en allant plus loin,
vous feriez saigner (si cela se produit, vaporisez un désinfectant
sur la plaie). Si les pieds de l'animal sont mal conformés, il
faudra peut-être répéter la taille plusieurs fois en quelques
semaines pour remédier au problème.
Onglon trop long
Tailler ici,
parallèlement
à la ligne
des poils
\
Muraille de l'onglon repliée
Onglon bien entretenu
LES CHEVRES LAITIÈRES
Le pis commence à se développer avant la
mise bas, sous l'action des hormones que produit
le placenta. Parfois, une chevrette non saillie
développe un petit pis et commence à produire du
lait; ne la trayez pas mais badigeonnez les trayons
régulièrement pour éviter toute infection.
Le pis est soutenu par des ligaments venant
du pelvis appelés ceinture pelvienne; le ligament
médian vient des tendons solides de la paroi
abdominale. Les ligaments latéraux et médians se
rejoignent pour soutenir et isoler chaque moitié du
pis. Le tissu conjonctif qui infiltre le tissu
glandulaire sert aussi à supporter l'intérieur de ce
tissu spongieux. La chèvre fabrique son lait dans
les alvéoles de ce tissu spongieux. Les alvéoles
se vident dans les canaux galactophores, lesquels
se déversent à leur tour dans la citerne
mammaire, réservoir surmontant le trayon.
Lorsque la chèvre s'attend à être traite, une
hormone libérée dans la circulation sanguine,
l'oxytocine, provoque une contraction des cellules
entourant les alvéoles. La glande est pressée
comme une éponge et le lait est éjecté dans la
citerne, d'où il est facile de le soutirer en trayant
l'animal. L'éjection du lait est stimulée par tout le
contexte que la chèvre reconnaît comme faisant
partie de la routine de la traite : le tintement des
seaux, l'alimentation au grain, le massage du pis.
Traite
Les chèvres aiment la routine à l'heure de la
traite. Essayez de les traire chaque jour vers la
même heure et de la même façon chaque fois. Si
vous devez changer les heures de traite, faites-le
graduellement, en plusieurs jours, en augmentant
ou en diminuant un peu à chaque fois les
intervalles entre les traites.
Essayez de maintenir une ambiance calme
pendant la traite. Faites preuve de bon sens pour
éviter les perturbations : entre autres, veillez à ce
que les verrous des portes soient en bon état; ne
laissez pas entrer trop de chèvres à la fois; ne
laissez pas un seau à demi-plein sous une chèvre
pendant que vous irez faire autre chose. Ce sont
souvent les primipares qui vous donneront le plus
de mal sur la plate-forme, mais ne vous emportez
pas, car cela ne ferait que les effrayer et les
empêcher de donner leur lait. Autant que
possible, faites de la traite un moment agréable
pour elles. Cajolez-les, donnez-leur quelque
chose de bon à manger et parlez-leur doucement.
Si, au bout de quelques jours, l'une des
chèvres continue d'avoir un comportement
hystérique chaque fois que vous lui touchez le pis
(et si vous avez la certitude qu'il ne s'agit pas
d'une mammite douloureuse), le moment est venu
de vous montrer ferme. Beaucoup d'éleveurs
trouvent plus simple et moins traumatisant
d'attacher les pattes de la chèvre à l'arrière de la
plate-forme par une courte corde, de façon à ce
qu'elle puisse donner des coups de patte
seulement en arrière. Quand elle commence à le
faire, ils enlèvent le seau, attendent patiemment
45
Figure 43 Parties du corps d'une chèvre laitière
Bourgeon de corne
Oreille .
Oeil
Arrête du ne2
Queue
Pointe de la hanche
Arrière du pis
Ligament suspenseur médian
Grasset
Jarret
Plancher du pis
Paturon
Plante du pied
Figure 44 Parties de la mamelle
Pelvis
Ligament
latéral
superficiel
Ligament
suspenseur
latéral profond
Tissu
conjonctif
Peau de
l'intérieur
de la cuisse
Tendons Ligament
de la paroi suspenseur
abdominale médian
Peau de
la mamelle
Tissu
glandulaire
Citerne
mammaire
Trayon
Orifice
Citerne
du trayon
Canal du
trayon
46
que la chèvre se fatigue, puis recommencent à
traire. Tout cela prend du temps, bien sûr, mais la
chèvre se fera finalement une raison si vous
persistez patiemment. C'est beaucoup plus facile
à faire si vous ne pataugez pas dans du lait
renversé !
Figure 45 Comment traire une chèvre à la main
Saisissez le trayon par le haut, en piégeant
le lait dans le trayon;
Fermez les doigts de haut en bas;
Exprimez le lait par l'orifice;
A mesure que le pis se vide, massez-le pour
stimuler l'éjection finale de lait.
Avant la traite, lavez le pis à l'eau chaude
avec un désinfectant doux et séchez-le bien avec
une serviette en papier propre. Trayez les
quelques premières giclées dans une écuelle
recouverte d'un tamis (la «tasse-filtre») pour voir si
le lait ne contient pas de solides qui indiqueraient
un début de mammite.
Il ne faut pas surtraire. Après le dernier jet,
extrait du bout des doigts, vous nettoierez le
trayon, à la douchette ou en le vaporisant, avec un
antiseptique non irritant; en décapant la peau des
trayons et du pis, vous favoriseriez la pénétration
d'infections dans la glande. Consultez le
spécialiste en laiterie ou le vétérinaire.
Traitement du lait
Il faut traiter le lait convenablement pour qu'il
conserve sa qualité. S'il est destiné à
l'alimentation du bétail, vous pouvez prendre un
peu plus de libertés que s'il doit servir à la
consommation humaine. Mais il ne faut jamais
oublier l'importance de l'hygiène : méthode de
traite hygiénique, mains propres, trayons propres
et bain de trayons après la traite. Tout cela joue
un rôle dans l'état de santé du pis.
Les seaux à lait devraient être propres, et
c'est avec des seaux en acier inoxydable que
c'est le plus facile à réaliser; l'aluminium coûterait
cependant moins cher. Le plastique est poreux et
risque de transmettre des goûts divers et des
bactéries qui altèrent le lait. Un métal contenant
du cuivre peut aussi dénaturer le goût. Il faut
laver les seaux immédiatement après l'utilisation
avec du détergent et de l'eau chaude; frottez avec
une brosse dure, puis rincez à l'eau chaude. On
peut employer l'eau de javel comme désinfectant,
mais il faut ensuite rincer les seaux abondamment,
puis les laisser égoutter et sécher. Traitez de la
même façon tous les ustensiles et les bocaux en
verre employés pour le lait.
Pendant la traite, veillez à ce que le lait ne
soit pas souillé par des poils ou des poussières
provenant du corps de la chèvre. Pour éviter la
contamination, il faut raser les poils du ventre, des
flancs et des hanches. Brossez ces zones avant
de commencer la traite.
Filtrez le lait à travers un filtre à lait du
commerce pour obtenir les meilleurs résultats.
Plus tôt le lait sera filtré après avoir été soutiré à la
chèvre et moins il contiendra de bactéries ou
d'autres contaminants.
Après la traite, il faut refroidir le lait
rapidement ou le pasteuriser immédiatement. Le
nombre de bactéries peut doubler toutes les
20 minutes dans du lait qui reste à la température
de la pièce, tandis que le froid ralentit
considérablement leur multiplication. Même si la
pasteurisation tue 98% des bactéries, les 2%
restants suffiront à ruiner le lait s'il n'est pas
réfrigéré rapidement. En plus de la contamination
47
bactérienne, le lait qui reste quelque temps aux
alentours de 29 °C surit. Plus vite il quittera cette
zone de température et meilleur en sera le goût.
Qualité du lait
Le lait devrait être, par-dessus tout, une
boisson salubre. En veillant à l'état sanitaire du
troupeau et en observant une hygiène rigoureuse
pour la traite et le traitement du lait, vous réduirez
au minimum la présence de micro-organismes et
les risques de propagation d'infections par le lait
(pourvu que les chèvres soient en santé).
Pour réduire encore plus les risques, nous
vous recommandons fortement de pasteuriser tout
le lait, à moins que vous ne le vendiez à une
laiterie qui s'en occupera. Vous pouvez soit
acheter un petit pasteurisateur domestique, soit
traiter le lait dans un bain-marie. Si vous optez
pour le bain-marie, mettez le lait dans la partie
supérieure, l'eau dans la partie inférieure, et
portez le lait à une température de 62 °C (il vous
faudra un thermomètre de laiterie). Maintenez-le
environ 30 minutes à cette température, en
remuant pour garder la chaleur uniforme. Puis
refroidissez rapidement en immergeant la
casserole dans de l'eau glacée.
Une autre méthode consiste à porter le lait à
90 °C et à le maintenir 15 secondes à cette
température.
Le lait devrait goûter bon. Les défauts de
goût ont de nombreuses causes :
AIGREUR Dans le lait cru, les enzymes de lipase
font dégénérer les matières grasses en acides
gras à chaîne courte, donnant un goût «de
chèvre». C'est autour de 29 °C que les
changements se produisent le plus rapidement.
ACTION MICROBIENNE De nombreux organis-
mes peuvent se développer rapidement en
produisant toute une gamme de goûts anormaux,
du fruité au putride, et en entraînant des
modifications chimiques dans les graisses, les
protéines ou les hydrates de carbone du lait. Si le
pis lui-même est infecté, ces changements
pourront se produire avant le prélèvement du lait,
qui aura mauvais goût même s'il est frais.
PRODUITS CHIMIQUES Nous avons déjà vu que
le contact du cuivre provoquait rapidement
l'aigreur. L'eau de javel employée pour nettoyer
les seaux en plastique communique aussi au lait
un goût prononcé pour un certain temps.
VERS Une forte infestation peut entraîner des
modifications du métabolisme, donnant au lait un
goût anormal.
ALIMENTATION Les aliments au goût marqué et
les plantes de pâturage peuvent communiquer au
lait un goût prononcé. Le tabouret des prés donne
un goût particulièrement désagréable, mais
d'autres végétaux (peuplier, épinette, pin, luzerne,
ensilage, entre autres) sont aussi mis en cause, à
tort ou à raison. Si vous pensez que l'un d'eux
pose un problème, empêchez la chèvre d'en
manger quatre heures avant la traite. Dans
certains cas, on a parlé d'une carence en cobalt
dans les rations. On dit qu'un supplément de
vitamine E dans le régime améliore le goût du lait.
GÉNÉTIQUE En Norvège, le lait au goût
prononcé est très populaire et c'est pour ce goût
qu'on élève les chèvres. Les Canadiens, par
contre, veulent un produit au goût peu prononcé,
et il faut donc espérer que nous réussirons des
améliorations génétiques qui développeront cette
qualité. On pense de nos jours que le lait a
tendance à avoir un goût moins désirable lorsque
le taux butyreux est inférieur au taux protéique.
Le taux butyreux et le taux protéique sont liés à
des facteurs génétiques, mais ils sont influencés
aussi par certains facteurs du milieu.
MAMMITE Que vous ayez ou non des raisons de
soupçonner la présence de mammites dans le
troupeau, faites tester régulièrement le nombre de
cellules somatiques du lait de vos chèvres. Si
vous faites régulièrement analyser le lait par le
laboratoire provincial dans le cadre d'un
programme de contrôle laitier, vous recevrez sans
doute les lectures des numérations cellulaires.
Surveillez toute hausse brusque du nombre de
cellules dans le lait, car cela peut indiquer une
infection mammaire. Des lectures supérieures à
1 million par millilitre (la fiche d'analyse
indiquera 1000; à multiplier par 1000 tel qu'indiqué
en haut de la colonne) devraient vous alerter, en
indiquant la possibilité d'une mammite (à moins
que la chèvre ne soit très jeune ou presque tarie).
Généralement, une numération inférieure à
1 million est normale; des lectures supérieures à
500 000 peuvent toutefois indiquer d'autres types
d'irritation de la mamelle, causée par exemple par
«l'astiquage» en vue d'une exposition ou par
l'alimentation des cabris. Des lectures inférieures
à 100 000 indiquent un lait très propre mais un pis
sujet à des infections par E. coli si la litière est
humide ou très sale.
Le test californien de détection de la
mammite (CMT), effectué avec une solution qu'on
peut se procurer chez le vétérinaire ou dans un
magasin de fournitures de ferme, permet de
détecter avec une grande précision les
numérations cellulaires élevées. En mélangeant à
quantités égales du lait et de la solution CMT
diluée, on peut estimer le nombre de cellules
somatiques d'après le degré de coagulation du
mélange. Une lecture CMT égale ou supérieure à
deux peut indiquer une mammite.
La mammite peut être confirmée par la
culture d'échantillons prélevés dans des conditions
d'aseptie, ou encore par l'observation, car le lait
48
se modifie rapidement dans les cas graves. On
trouve d'abord quelques flocons dans le filtre à
lait, puis, à la traite suivante, des grains de caillé
nageant dans une solution aqueuse. Le pis peut
devenir brûlant et enflé, et la sécrétion du lait
changer radicalement; la traite devient difficile et
très douloureuse pour la chèvre. Traitez la
mammite le plus rapidement possible et n'utilisez
pas le lait des chèvres qui en sont atteintes, qu'il
soit traité ou non, pour nourrir des chevrettes
destinées au renouvellement, ni à plus forte raison
pour la consommation humaine.
LES MALADIES
Bien que les chèvres soient des animaux
universellement réputés pour survivre dans les
conditions les plus difficiles, la chèvre laitière
grosse productrice a toutefois besoin de soins
spéciaux pour maintenir à la fois sa santé et sa
production. La lactation est extrêmement exige-
ante physiquement; si l'on ne veut pas qu'elle
réduise la résistance aux maladies, il faut veiller à
une bonne nutrition et à une conduite rationnelle
du troupeau. Le corps d'une chèvre bien nourrie
possède l'énergie et la vigueur nécessaires pour
résister aux maladies; élevée dans un milieu
propre, bien aménagé, la chèvre sera moins expo-
sée aux infections et le bien-être qu'elle éprouvera
l'aidera à surmonter les périodes de stress de
courte durée qu'elle peut avoir à traverser.
Les chevreaux en croissance sont également
exposés à des problèmes de santé. Ici encore, la
nutrition est importante, mais beaucoup de
problèmes nutritionnels peuvent découler
directement d'une hygiène qui laisse à désirer.
Ainsi, des chevreaux fortement infestés de
parasites ne tireront pas pleinement profit de leurs
rations et seront plus sujets aux infections. Les
chevreaux doivent développer de la résistance
face à la plupart des types d'infections; jusqu'à ce
qu'ils l'aient acquise, il faut leur éviter l'exposition
à de fortes concentrations d'organismes
pathogènes.
La prévention des maladies par une nutrition
équilibrée, une bonne hygiène du troupeau, des
vaccinations régulières et un groupement rationnel
des animaux se traduira par des économies. Il
faut peu de temps pour que des frais de
vétérinaire et de médicaments, de longues heures
de soins à donner aux bêtes malades et des
pertes de production transforment une exploitation
rentable en exploitation déficitaire.
Infections
Les maladies infectieuses sont celles dont
les agents pathogènes sont des virus ou des
bactéries. Beaucoup sont contagieuses —
c'est-à-dire qu'elles se transmettent directement
d'un animal à un autre— tandis que d'autres sont
propagées par l'environnement.
Vous éviterez à vos chèvres toute exposition
à des proliférations d'agents pathogènes. Les
excréments d'animaux adultes, par exemple, con-
tiennent souvent des organismes pathogènes
envers lesquels les jeunes n'ont pas développé de
résistance; ils risquent donc de contracter des
maladies du simple fait du nombre de ces orga-
nismes. Moins il y aura d'organismes pathogènes
dans leur environnement et plus les chèvres
pourront non seulement demeurer exemptes de
symptômes de maladies, mais même développer
au contraire une certaine résistance. Parfois, elles
deviendront porteuses d'une maladie dont on ne
les aura jamais vues atteintes; les animaux guéris
peuvent également devenir porteurs.
Les maladies peuvent aussi se transmettre
par le placenta et les enveloppes foetales lors de
la mise bas, ainsi que par les écoulements
vaginaux qui la suivent. La probabilité d'infection
est encore plus grande si l'animal avorte.
Quelques règles de conduite du troupeau vous
aideront à réduire les risques de propagation de
problèmes graves dans tout le troupeau :
Dans un petit troupeau où des chèvres en
gestation et des chevrettes sont logées
ensemble, gardez les litières fraîches et
sèches. Parcourez le troupeau plusieurs fois
par jour et regardez s'il n'y a pas d'écoule-
ments brun rougeâtre. Si vous en observez
chez certaines chèvres, isolez-les et éliminez
les litières souillées par des matières foetales
ou des écoulements. Cette méthode de
contrôle est possible dans un petit troupeau,
si la probabilité d'infection est faible.
Autant que possible, séparez en petits
groupes les chèvres qui sont au dernier
stade de la gestation. De nombreux éleveurs
constatent que certains cas d'avortements
sont provoqués par un coup reçu. Eliminez
ce risque si vous le pouvez.
Isolez les chèvres dans l'aire de parturition
peu avant le deuxième stade du travail.
Veillez à ce que le sol soit recouvert d'une
litière propre, si possible, car la première
chose qu'elles feront sera d'aller chercher la
couche inférieure pour l'amener à la surface.
Enlevez le placenta et les enveloppes
foetales; brûlez-les.
Nettoyez la stalle de mise bas immédiate-
ment après la parturition; mettez-y une litière
de paille fraîche. La chèvre restera peut-être
deux ou trois jours à cet endroit et l'isole-
ment lui sera bénéfique, même si elle se
plaint (si elle était renvoyée dans le troupeau,
elle se plaindrait tout autant !). Si vous
disposez d'assez de place, laissez-la à cet
endroit, avec une bonne litière et à l'abri des
jeunes mâles.
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Les chèvres entrant en lactation après la
mise bas devraient, si possible, occuper la surface
la plus propre de la chèvrerie. Si vous ne pouvez
pas cloisonner une partie de la chèvrerie
spécialement pour elles, veillez à maintenir
particulièrement sèche, claire et propre toute l'aire
où elles seront logées.
La plupart des organismes pathogènes se
multiplient en profitant de l'humidité des litières ou
de l'air. Les infections qui se transmettent par l'air
affectent le plus souvent les voies respiratoires,
quoique certaines utilisent simplement les
poumons comme voie d'accès. Même ainsi,
l'animal sera mieux en mesure de résister à une
légère attaque si la muqueuse de ses voies
respiratoires est saine. L'ammoniac présent dans
l'air dissout le mucus, tout comme le produit de
nettoyage des vitres dissout la graisse sur le
verre. L'hiver, n'enfermez pas les chèvres sans
avoir installé un bon système de ventilation. La
vitamine A est également indispensable à la santé
des membranes muqueuses.
Il est possible d'éviter dans une certaine
mesure la transmission par voie orale, qui se
produit par exemple lorsque des chèvres ingèrent
accidentellement du fumier ou du matériel
placentaire. Présentez aux animaux des aliments
propres, dans des mangeoires qu'ils n'auront pas
la possibilité de souiller, et ménagez assez de
postes d'alimentation pour que même les animaux
les plus timides aient accès aux bonnes parties.
Les chèvres grignoteront toujours distraitement la
litière, s'il y en a aux alentours, ou grignoteront
même les murs ou les cloisons si elles s'ennuient.
Une certaine dose de plein air et d'exercice est
donc recommandée, même dans les troupeaux à
forte productivité. Les boiseries seront préservées
et les chèvres plus stimulées, ce qui les aidera à
rester saines.
Carences nutritionnelles
Les symptômes, nombreux et variés,
dépendent de la carence. Généralement,
plusieurs animaux du troupeau sont affectés, bien
qu'un ou deux puissent présenter des symptômes
plus tôt que les autres, ou avec plus d'intensité
que d'autres qui ont peut-être des besoins moins
élevés.
L'analyse des aliments que vous donnez à
vos chèvres, faite au début de l'hiver, aidera à
éviter des carences en éléments énergétiques,
protéines, minéraux et vitamines, avant que la
froide saison n'accroisse les risques de maladie.
De nombreuses carences sont décrites dans
le chapitre consacré à la nutrition; il existe aussi
d'autres troubles métaboliques directement dus à
des problèmes nutritionnels.
CÉTOSE Maladie du dernier stade de la
gestation, la cétose se rencontre surtout chez des
chèvres grasses portant deux foetus ou plus. Une
interruption d'un jour dans l'alimentation peut faire
apparaître les symptômes. Vous constaterez
d'abord une chute de l'appétit. Commencez le
traitement immédiatement, en administrant par
voie orale du polyéthylène glycol (de 100 à
200 mL, deux fois par jour) à toute chèvre en fin
de gestation qui semble le moindrement abattue.
Si vous vous trompez, le polyéthylène glycol ne lui
fera en tout cas pas de mal. Lorsque la maladie
progresse, on voit apparaître d'autres symp-
tômes : prostration, démarche chancelante (la
chèvre s'appuie contre des objets), contractions
des muscles faciaux, grincement des dents, perte
progressive des réflexes et de la vue, puis enfin
coma et mort. Une telle évolution ne prend que
de deux à cinq jours, et le traitement est très
difficile au-delà d'un certain point. Cependant, on
peut régler le problème par l'avortement ou
procéder à une césarienne. Dans la plupart des
cas, les cabris infectés ne survivront pas. Il est
donc préférable d'administrer la dose de
polyéthylène glycol quelques jours plus tôt ou,
mieux encore, d'éviter que la chèvre n'engraisse
trop au début de la gestation.
Un mot au sujet du polyéthylène glycol : il n'y
a rien de tel ! Il existe des «remèdes pour la
cétose» qui contiennent d'autres mélasses ou des
composés à base de sucre, mais c'est le
polyéthylène glycol qui élève le taux de glycémie
le plus rapidement, même s'il coûte un peu plus
cher.
FIÈVRE DE LAIT Les symptômes sont très
semblables à ceux de la cétose, mais ils se
développent beaucoup plus vite. La maladie peut
survenir à tout moment, de deux mois avant la
parturition jusqu'à environ 10 semaines après. Elle
est causée par une baisse soudaine du taux de
calcium dans le sang, après une suralimentation
en calcium à la fin de la gestation. Étant dans
l'impossibilité d'absorber du calcium provenant de
sa ration en quantité suffisante pour répondre aux
exigences de la production de lait, la chèvre est
incapable d'utiliser les réserves de calcium
déposées dans ses os, comme elle le ferait
normalement.
Pour éviter la fièvre de lait, réduisez la ration
de calcium - phosphore dans les aliments à la
proportion de moins de 2 contre 1, en donnant du
foin de graminées au lieu de foin de légumineuses
à la fin de la gestation, et en ajoutant des
suppléments d'énergie et de protéines dans le
concentré.
Pour soulager les symptômes, administrez du
calcium à la chèvre par injection intraveineuse ou
sous-cutanée. La méthode intraveineuse est celle
qui donne les résultats les plus rapides, mais il
faut injecter lentement la solution pour éviter des
palpitations cardiaques.
TÉTANIE D'HERBAGE (hypomagnésiémie) Cette
maladie apparaît brusquement chez des chèvres
50
en lactation paissant dans des pâturages à la
végétation luxuriante, ou encore elle peut se
développer en deux ou trois jours. Dans ce
dernier cas, la chèvre est nerveuse, a une
démarche raide ou sursaute aux bruits soudains.
Elle peut uriner fréquemment. Cette évolution
mène à un stade aigu caractérisé par la frénésie et
les convulsions, puis à la mort.
Les herbages à croissance luxuriante et le
blé ne peuvent absorber suffisamment de magné-
sium pour entretenir les chèvres au pré, surtout
par temps humide. Les animaux sont sensibles au
temps froid et humide, surtout si elles ne reçoivent
pas de fourrage sous abri. Elles ont faim en allant
au pré, se gorgent d'herbe à faible teneur en
magnésium et contractent la tétanie d'herbage.
Il faut les traiter immédiatement. Une
injection sous-cutanée ou intraveineuse d'une
solution de calcium - magnésium - glucose fera
disparaître immédiatement les symptômes; mais
pour éviter les rechutes, il faudra administrer
ensuite pendant plusieurs jours du magnésium par
voie orale.
POLIOENCÉPHALOMALACIE Communément
appelée polio, cette maladie est provoquée par
une carence en vitamine B (thiamine).
Habituellement, la microflore du rumen fabrique la
vitamine Ben bonnes quantités, mais il se produit
parfois un dérèglement. On a imputé la
destruction soudaine de la thiamine et l'apparition
des symptômes de polio à des changements de
régime trop rapides, où l'on passait à des rations
à teneur énergétique plus élevée, ou encore à
l'emploi excessif de mélasse, ou à une carence en
cobalt. La chèvre peut refuser de s'alimenter,
devenir instable et commencer à chanceler,
apparemment avec des troubles de la vue. Elle
devient nerveuse, a des tremblements
musculaires, appuie sa tête contre les murs. Les
convulsions et la mort sont l'issue finale.
Plus tôt vous constaterez et traiterez cette
affection et plus prompt sera le rétablissement.
Des injections de thiamine ou du complexe
vitaminique B par voie intramusculaire ou
intraveineuse, ou les deux, remédieront au
problème, mais il faudra peut-être les répéter
pendant un jour ou deux, jusqu'à ce que les
fonctions du rumen soient rétablies.
L'administration de vitamine B par voie orale,
comme médicament, peut aussi aider. Après le
traitement, réduisez la proportion de grain dans la
ration et donnez du bon fourrage à l'animal
pendant cinq à sept jours.
Problèmes digestifs
Ces maladies sont les plus répandues, bien
que les chèvres n'aient peut-être pas autant de
problèmes de ce genre que les autres ruminants.
Mais il en survient quand même et vous pouvez
les empêcher de dégénérer en maladies plus
graves si vous êtes sur vos gardes.
LES DENTS Une croissance exagérée des bords
extérieurs des molaires cause des problèmes chez
les chèvres de 2à3ans. Les bords acérés des
molaires raclent l'intérieur de la joue. Souvent,
l'animal se bourrera d'aliments entre la joue et la
dent pour calmer l'irritation; vous verrez une boule
aller et venir d'un côté à l'autre de la bouche.
Limez la dent avec une lime en bois et donnez à
la chèvre un léger traitement aux antibiotiques
pour prévenir l'infection.
GASTRITE TRAUMATIQUE Cette gastrite affecte
des animaux qui ont ingéré des corps étrangers
métalliques (clous, fil de fer). Les chèvres, qui
choisissent soigneusement ce qu'elles mangent,
en sont rarement atteintes.
INDIGESTION Un brusque changement de
régime peut faire apparaître les premiers
symptômes : dépression, manque d'appétit, selles
pâteuses et malodorantes. Si une surcharge de
grain est la cause du problème, essayez
d'administrer du lait de magnésie par voie orale; si
l'animal a mangé trop de suppléments protéines,
donnez-lui du vinaigre dans de l'eau. Au moment
où la chèvre cesse de mâcher les aliments
éructes, l'activité du rumen a cessé. Un peu
d'aliments régurgités par une chèvre saine
pourront être prélevés, dilués dans de l'eau
chaude et donnés comme potion à la chèvre
souffrante. Cette mesure accélère la
reconstitution de la flore du rumen et l'action du
rumen aidera à éliminer toute obstruction. Des
vitamines B, administrées par voie buccale,
stimulent aussi la croissance et la reproduction
des organismes dans le rumen.
SURCHARGE PAR LES GRAINS Cet état se
produit généralement lorsqu'une chèvre a accédé
«illégalement» à la réserve et s'est empiffrée
l'estomac vide. Protégez les réserves de grain et
de suppléments de toute intrusion accidentelle, ne
fût-ce que pour le bien de vos chèvres. Dans cet
état très grave, l'acidification du contenu du rumen
conduit à une intoxication par l'acide lactique; la
chèvre est déprimée, refuse de s'alimenter et
souffre de diarrhée. L'acidose et la déshydratation
entraînent la mort en deux ou trois jours. Le
vétérinaire pourra être obligé d'ouvrir et de vider le
rumen pour sauver l'animal.
MÉTÉORISME Les chèvres sont moins sujettes
au météorisme que bien d'autres animaux.
Cependant, certains types de pâturages, comme
les pâturages de jeune trèfle mouillé au début de
l'été, peuvent provoquer de graves problèmes. Le
rumen se remplit d'un liquide mousseux que
l'animal n'arrive pas à éructer lors de la
51
rumination; le rumen gonfle et se distend
douloureusement, ce qui peut provoquer la mort
par suffocation. Dans la plupart des cas, vous
pouvez atténuer les symptômes les plus graves en
faisant ingérer une dose d'huile minérale, d'huile
d'arachide ou de suif, puis en maintenant l'animal
pendant plusieurs jours à un régime de foin sec
grossier. En fait, si l'un de vos animaux souffre
de météorisme, il serait sage d'augmenter la part
de fourrage grossier dans la ration du troupeau,
afin d'éviter d'autres cas.
Certaines chèvres vont souffrir de
météorisme si elles sont fortement infesté de
parasites intestinaux. Administrez un vermifuge et
observez si les symptômes disparaissent. Il y a
des chèvres qui semblent atteintes de météorisme
chronique sans en souffrir outre mesure. Du
bicarbonate de soude mélangé à la ration de grain
donne parfois de bons résultats.
DIARRHÉE BACTÉRIENNE Chez fes jeunes
animaux, la diarrhée peut avoir différentes causes.
Dans le cas des cabris de 1 à 3 jours, elle est
provoquée la plupart du temps par une
prolifération bactérienne. Si les trayons ou la
toison de la mère sont souillés de fumier lorsque
les cabris prennent leur premier repas, le système
digestif de ces derniers, encore sans protection,
est submergé par les bactéries qui attaquent alors
les muqueuses intestinales. La diarrhée survient
lorsque les parois intestinales ne laissent plus le
corps absorber l'eau. Des déjections
excessivement liquides le drainent complètement
en emportant les nutriments et les vitamines
nécessaires à l'animal. La déshydratation des
tissus corporels est la menace la plus immédiate
à sa vie.
Pour sauver un animal de la déshydratation,
faites-lui avaler un électrolyte. Un cabri boira
allègrement cette solution s'il est habitué au
biberon, et l'électrolyte sera substitué à sa ration
de lait. Ne donnez pas de lait avant l'élimination
des bactéries (par un traitement aux antibiotiques
si nécessaire). Certains électrolytes en poudre
sont assez nutritifs pour alimenter les chevreaux
sans risque pendant plusieurs jours, avant le
retour du lait.
On peut préparer un électrolyte d'urgence en
diluant 2,5mLde sel, 5mLde bicarbonate de
soude et 30mLde sirop de maïs blanc dans 1 litre
d'eau. Utilisez-le seulement en attendant de
pouvoir vous procurer une solution plus complète,
contenant les vitamines et les nutriments
essentiels.
Parasites
COCCIDIOSE Chez les jeunes de plus de
3 semaines, une diarrhée foncée peut indiquer une
infection sérieuse par le protozoaire parasite
Eimeria. Presque toutes les chèvres hébergent
cet organisme dans leurs intestins, mais les
animaux adultes y deviennent généralement très
résistants. Les adultes excrètent par intermittence
des ookystes (un des stades de développement
du protozoaire) dans leurs matières fécales. En
milieu chaud et humide, les ookystes passent par
un cycle évolutif et les coccidies envahissent le
système digestif de la jeune chèvre, où elles se
multiplient rapidement. Ces parasites envahissent
et endommagent les muqueuses de l'appareil
digestif et prolifèrent en l'absence de toute
résistance. Ils attaquent parfois aussi d'autres
organes, tels que l'appareil respiratoire et le
système nerveux, provoquant la toux, la
pneumonie ou, plus rarement, des convulsions et
la paralysie.
Au premier stade de l'infestation, les
symptômes sont la perte d'appétit, la posture
accroupie, la détérioration de l'état général ou la
déshydratation, le dessèchement de la peau ou du
pelage, l'anémie et, finalement, la diarrhée. À
l'apparition de la diarrhée, la plupart des
dommages se sont déjà produits; il faut donc
commencer le traitement dès que l'on soupçonne
l'infection. Un contrôle très efficace commence
avant la naissance des cabris. On a remarqué
que si l'on ajoutait du décoquinate ou du
lasalocide dans les quartiers des femelles de
quatre à six semaines avant la mise bas, la
quantité d'ookystes diminuait. Si vous vous
proposez d'élever les cabris avec leur mère, ce
traitement préventif est indispensable. Donnez de
toute façon aux cabris, dès la naissance, ce même
sel mélangé. Les deux produits utilisés sont très
sûrs. De plus, ils sont administrés en si petites
quantités qu'il n'y a pas de délai d'attente à
respecter avant l'abattage. Ce traitement
n'élimine pas complètement les coccidies chez les
chèvres et dans leur environnement, mais il
ralentit considérablement le développement des
parasites, laissant ainsi aux chevreaux le temps de
développer leur propre résistance.
Une bonne hygiène est l'un des moyens les
plus efficaces et les moins coûteux d'éviter toute
menace de coccidiose chez les jeunes. Les
cabris, en particulier, ne devraient pas être
exposés à de grandes quantités de fumier
provenant d'adultes ou de jeunes plus âgés.
Gardez les enclos des chevreaux bien propres,
utilisez des mangeoires qui évitent la
contamination des aliments et conservez une
bonne couche de paille sèche et propre aux
endroits où ils aiment s'allonger. Isolez les
animaux atteints de diarrhée. Entre chaque
groupe successif de chevreaux, nettoyez les
enclos et laissez-les sécher complètement; la
chaux aide à assécher et à désinfecter.
Un autre moyen d'éviter l'infestation est
d'ajouter de l'amprolium au lait ou à l'eau potable
pendant au moins cinq jours. Donnez aux
chevreaux des suppléments de vitamine B si vous
prolongez le traitement. La sulfaméthazine et la
sulfaquinoxaline donnent d'excellents résultats
52
dans le traitement de la diarrhée ou des
symptômes plus précoces. Administrez la solution
par voie buccale, sous forme de médicament, car
la plupart des animaux préféreront ne rien boire
plutôt que de boire de l'eau médicamentée. Deux
ou (au maximum) trois traitements aux
sulfonamides enrayeront une flambée grave.
Cependant, les ookystes peuvent de nouveau
proliférer rapidement si la température est
favorable.
Les ookystes sont généralement détectés par
l'examen des excréments; toutefois, les animaux
n'émettent des ookystes que lorsque l'infection est
déjà assez avancée. Chaque fois que les
chevreaux entrent en contact avec du fumier
provenant des adultes, même en très petites
quantités, dites-vous que vous risquez des
problèmes de coccidiose. Les chevreaux auront
une croissance plus rapide et seront mieux
portants si vous maintenez un programme de
contrôle régulier, de la naissance jusque bien
après le sevrage.
VERS INTESTINAUX La diarrhée chez la chèvre
ou le bouc adulte (ou chez les chevreaux de plus
de 1 mois) indique souvent la présence de vers
intestinaux. Les jeunes sont particulièrement
réceptifs à ces parasites. L'examen des matières
fécales confirmera une infection, mais comme la
plupart des anthelminthiques (vermifuges)
modernes sont à large spectre, vous pouvez
commencer le traitement dès que vous observez
les symptômes de la maladie : baisse de la
production, ralentissement de la croissance,
déshydratation, anémie et, éventuellement, autre
infection. Si l'une des chèvres du groupe
présente les symptômes de la maladie, traitez
immédiatement tout le groupe.
La mise bas diminue la résistance aux vers
chez la chèvre; chez les animaux fragiles, de
graves infections peuvent se déclarer dans le mois
qui suit la parturition. On peut traiter les femelles
en lactation avec un anthelminthique approuvé
pour animaux de laiterie en lactation, à condition
de retirer le lait de la consommation au moins
pendant la période recommandée. Le meilleur
moment pour le traitement est le jour de la mise
bas, puisque le lait sera de toute manière impropre
à la consommation humaine pendant plusieurs
jours. Un second traitement peut être nécessaire
deux à trois semaines plus tard.
Certaines conditions favorisent l'apparition
des vers. Des chèvres qui vont paître quand il fait
chaud et humide risquent une forte infestation. En
effet, ces conditions sont idéales pour le
développement rapide des oeufs des parasites.
Vous pouvez éviter ces problèmes en faisant
souvent des rotations de pâturage lorsque régnent
de telles conditions climatiques, et en prenant soin
de ne pas amener les chèvres dans un pâturage
qui a été utilisé au cours des trois semaines
précédentes.
L'ivermectine est un nouvel anthelminthique
très sûr. Il n'est malheureusement pas autorisé
pour les animaux en lactation. Il est très efficace
contre les larves des vers, comme celles que l'on
trouve chez les chèvres pendant l'hiver, surtout
pendant la gestation. Utilisé au début de la
période de tarissement, il permet de réduire
l'infestation au moment de la mise bas; toutefois,
une nouvelle contamination risque de se produire
si l'hygiène et la nutrition laissent à désirer.
STRONGYLOSE PULMONAIRE Une toux grasse
et enrouée (particulièrement chez les jeunes
animaux, lorsqu'il fait doux et humide) est l'un des
premiers signes de la présence de strongles dans
les poumons. Le diagnostic se fait par l'examen
microscopique de matières fécales. Cette
infection peut conduire à la bronchite vermineuse,
à la pneumonie et à la formation de tissus
cicatriciels dans le poumon. Dans la plupart des
cas, cependant, les animaux récupèrent
d'eux-mêmes au bout d'environ trois mois et
développent alors une résistance accrue à ces
parasites. Le traitement à l'ivermectine est
efficace; il empêche la détérioration de l'état
général et le ralentissement de la croissance.
GRANDES DOUVES DU FOIE ou FASCIOLOSE
Bien que les chèvres évitent, lorsque c'est
possible, les pâturages marécageux, il arrive, dans
certaines circonstances, qu'elles aillent paître dans
des endroits infestés de kystes de grandes douves
du foie (métacercaires). Ceux-ci peuvent survivre
plusieurs mois sur une végétation qui n'est pas
complètement sèche. Les métacercaires libèrent
les grandes douves dans l'intestin, d'où elles
rejoindront le foie, où elles erreront et détruiront
les tissus pendant plusieurs semaines avant de se
mettre à pondre. Une forte infestation peut tuer
une chèvre en six semaines, à la suite d'un
pénible gonflement de l'abdomen et d'une anémie.
Les infestations moins graves peuvent causer de
l'anémie, une dégradation de l'état général et un
oedème sous la mâchoire («signe de la bouteille»);
elles risquent de réduire les performances pendant
une longue période. Si vous soupçonnez une
infestation par les grandes douves du foie, traitez
les animaux selon les conseils du vétérinaire et
retirez-les des pâturages suspects.
OESTROSE ou FAUX TOURNIS L'oestre du nez,
la mouche responsable de l'oestrose, dépose ses
larves sur le bord des narines des chèvres,
particulièrement aux heures chaudes de la
journée. Ces larves migrent dans les sinus où
elles poursuivent leur croissance. Elles
provoquent alors des éternuements, des
écoulements muqueux et, parfois, une sinusite ou
une infection du cerveau via le nerf olfactif.
L'ivermectine peut se montrer efficace. Le ruelen
donné sous forme de médicament est aussi un
bon moyen de combattre la maladie.
53
POUX Les poux suceurs pénètrent la peau de
l'animal et se nourrissent de son sang. Ils
peuvent causer une anémie qui, à son tour,
provoque souvent des complications. Les poux
broyeurs causent des démangeaisons et la perte
de poils. Ces deux types de poux sont très
irritants et empêchent la chèvre de se reposer.
Les sujets atteints se frottent, se grattent et
perdent leurs poils. Examinez-les en rebroussant
les poils le long de la cage thoracique, des flancs
ou des épaules : s'il y a des poux, vous les verrez.
Le pou suceur (le plus gros des deux types) est
bleu sombre et peut atteindre 0,3 cm. Les poux
broyeurs sont plus petits et plus pâles.
On peut traiter les chèvres en lactation avec
des insecticides organophosphorés approuvés
pour les bovins laitiers (crotoxyphos, crotosphos
plus dichlorvos et coumaphos). La roténone est
aussi autorisée dans la plupart des régions.
On peut traiter les chèvres taries, les boucs,
les boucs castrés et les chevreaux avec les
mêmes composés, ou avec plusieurs autres qu'on
emploie pour les boeufs et les moutons. Certains
composés peuvent être utilisés pour traiter les
chèvres taries : Lindane, malathion,
méthoxychlore, carbaryl et ronnel. Employez les
insecticides à action systémique avec précaution
sur les chèvres en gestation, car ils peuvent
provoquer l'avortement. L'ivermectine est efficace
contre les poux suceurs, mais n'a guère d'effet
sur les poux broyeurs.
Saupoudrez l'insecticide sur la peau, en
frottant pour le faire pénétrer dans la robe le long
de la ligne du dos, autour du cou et (en particulier)
autour de la queue. Répétez le traitement 17 jours
plus tard pour tuer les poux qui sont apparus
entre-temps. On recommande un troisième
traitement après une deuxième période d'attente
de 17 jours.
ACARIENS Ces petits arachnides, qui s'incrustent
sous la peau des chèvres, favorisent l'apparition
de gales. La gale est une dermatose qui présente
différents symptômes : plaies à vif dégarnies qui
s'encroûtent, avec de vives démangeaisons, ou
petites protubérances non irritantes à la base des
poils. La première forme est le type classique,
très contagieux mais facile à traiter par
l'ivermectine. Il faut répéter que ce médicament
n'est pas autorisé pour les femelles en lactation,
car des résidus peuvent apparaître dans le lait
jusqu'à un mois après le traitement. On peut
cependant choisir de faire tarir l'animal et d'utiliser
l'ivermectine de préférence aux traitements
traditionnels, qui consistaient à vaporiser ou à
immerger les animaux six fois, à intervalles de 7 à
10 jours, en utilisant une solution de chaux
sulfurée.
On peut aussi traiter à l'ivermectine
l'infection par ies acariens la moins irritante, la
gale démodécique. Elle prend la forme de petits
nodules (jusqu'à 8 mm de diamètre) dans la peau.
Cette infection est souvent due à une défaillance
du système immunitaire, et les animaux peuvent
être infectés plusieurs fois. La gale démodécique
n'étant ni particulièrement contagieuse ni très
irritante, on peut repousser le traitement jusqu'à la
période de tarissement. Toutefois, si vous avez
besoin de résultats immédiats, vous pouvez ouvrir
les nodules avec une lame bien coupante, extirper
et éliminer le contenu cireux; il suffira alors de
badigeonner la plaie à la teinture d'iode.
TIQUES II existe très peu d'espèces de tiques qui
peuvent survivre à des latitudes aussi nordiques
que celles du Canada, mais on en trouve dans
l'Ouest une variété très importante : la tique
d'Anderson. Ce parasite est le vecteur de la
fièvre tachetée, de la tularémie et de la fièvre Q. Il
est, de plus, la principale cause de la paralysie à
tiques chez les humains et les animaux.
Si vous emmenez les chèvres paître dans
les broussailles de zones infestées, examinez-les
quotidiennement pour vérifier s'ils ne sont pas
porteurs d'insectes brun rouge ou d'insectes
argentés, particulièrement autour de la tête, du
cou, des épaules, de l'aine et de l'écusson.
La paralysie provoquée par les tiques
commence par une perte de coordination dans
l'arrière-train, pour évoluer, au bout d'un ou deux
jours, en paralysie générale et causer finalement
un arrêt respiratoire. Si vous trouvez une tique,
enlevez-la en appliquant une allumette enflammée
sur la partie arrière de son corps jusqu'à ce
qu'elle se détache de la peau. N'arrachez jamais
une tique, car la tête se casserait simplement et
resterait enfouie sous la peau de la chèvre,
risquant de lui causer d'autres problèmes.
TÉNIAS Ces parasites ne causent généralement
pas de problèmes aux chèvres. Même une forte
infestation n'entraîne qu'un léger amaigrissement,
des troubles digestifs et une baisse de la
production. La plupart des chèvres développent
assez rapidement une résistance au ténia. Les
chèvres rejettent dans leurs excréments des
fragments de ténias, que l'on peut observer à l'oeil
nu, comme des «vers» blancs qui se tortillent.
L'ivermectine est sans effet sur les ténias, mais
plusieurs anthelminthiques sûrs, tels que
l'albendazole et le cambendazole, se sont révélés
efficaces.
Maladies respiratoires
Les chèvres sont très sensibles à l'humidité.
Un fort taux d'humidité dans l'air qu'elles respirent
peut avoir des conséquences dévastatrices, plus
particulièrement en présence de substances
irritantes, tel l'ammoniac, ou d'organismes
infectieux provenant d'autres animaux (qui ne
présentent peut-être pas de symptômes marqués
de la maladie). Tout en évitant les forts courants
54
d'air dans la chèvrerie, il faut toujours permettre à
l'air venant de l'extérieur de circuler librement.
Pour un grand troupeau, un système de ventilation
avec ventilateurs et plénums devrait permettre de
bien répartir l'air frais dans la chèvrerie.
D'autres affections, présentées ci-après,
entraînent également des problèmes respiratoires.
LARYNGITE La laryngite est provoquée le plus
souvent par des bêlements ininterrompus, comme
ceux d'un jeune qui est séparé de sa mère
pendant une journée, ou d'une nouvelle venue
dans le troupeau. Au bout de plusieurs heures,
l'animal ne pourra plus émettre qu'un petit cri
plaintif. Traitez-le gentiment, donnez-lui un endroit
sec où se reposer, de l'eau et une nourriture de
bonne qualité, qu'il pourra manger sans être
interrompu par d'autres. Ce traitement contribuera
beaucoup à éviter une infection dans une gorge
fatiguée.
PASTEURELLOSE (Pasteurella pneumonia)
Associée à un changement brusque de
température ou d'environnement, la pasteurellose
se manifeste d'abord par un écoulement nasal, la
perte d'appétit et de l'apathie, puis par la toux et
une fièvre dépassant 40 °C. Les chèvres qui
entrent en contact avec d'autres récemment
transportées sont aussi vulnérables. Isolez donc
les nouvelles venues pendant plusieurs jours et
observez-les attentivement; si aucun symptôme
n'apparaît au bout d'une semaine, on peut
supposer qu'elles peuvent être mises avec les
autres. Si des symptômes semblent apparaître,
commencez immédiatement une thérapie aux
antibiotiques. Un traitement avant le transport,
avec un antibiotique à action prolongée, peut aider
à prévenir l'apparition de la maladie.
PNEUMONIE ENZOOTIQUE Ce terme général
désigne toute pneumonie, quel que soit le
micro-organisme en cause, de la bactérie au virus
en passant par les mycoplasmes. La pneumonie
affecte généralement plusieurs jeunes animaux
d'un groupe. Elle peut évoluer très rapidement : la
fièvre, la toux et une respiration rapide et
superficielle apparaissent du jour au lendemain.
Elle peut aussi évoluer plus progressivement; on
voit alors plusieurs chevreaux tousser de temps à
autre et le groupe présenter une faible croissance
générale. Le problème résulte du fait que
l'infection initiale laisse l'animal affaibli, à la portée
d'une nouvelle invasion par un autre organisme;
les petits peuvent être submergés et mourir en
très peu de temps.
La meilleure protection contre la pneumonie
est de donner aux cabris du colostrum de chèvres
adultes, si possible dans les six heures suivant
l'accouchement, et de maintenir un régime assez
riche en vitamine A. Les stalles des jeunes
doivent être sèches et sans courants d'air; les
lampes chauffantes sont rarement nécessaires et
ne feraient qu'ajouter à vos problèmes.
Dès l'apparition des symptômes, traitez les
animaux à l'oxytétracycline.
POUMON DE FERMIER Le foin engrangé encore
humide est susceptible de surchauffe, permettant
à certaines moisissures de proliférer. Le poumon
de fermier est une affection respiratoire chronique
que provoque chez les chèvres l'inhalation des
spores de ces moisissures. Les symptômes
majeurs en sont une faible production, la perte de
poids chez les animaux matures et une toux
généralisée dans le troupeau. La maladie se
déclare généralement tard en hiver et affecte plus
durement les animaux les plus âgés. Le
traitement est difficile. La cicatrisation réduit la
capacité pulmonaire, mais en général les animaux
récupèrent très vite au printemps. Pour éviter tout
problème, évitez si possible de leur donner du foin
humide.
PNEUMONIE PAR ASPIRATION Causée par la
présence de corps étrangers dans les poumons,
cette pneumonie est généralement le résultat
d'une médication mal faite. Lorsque vous
administrez un médicament par voie buccale,
faites attention de ne pas élever les naseaux
au-dessus du niveau des yeux; donnez à la chèvre
la possibilité de bien avaler en administrant le
médicament lentement; et arrêtez-vous dès que
l'animal tousse ou crie. Si l'animal a beaucoup de
matières étrangères dans les poumons, ses
chances de survie sont minces. Même s'il ne se
développe pas d'infection, cet animal sera toujours
plus susceptible d'avoir des difficultés
respiratoires.
Pour administrer un médicament, utilisez une
seringue normale de 50cm3 à laquelle est fixé un
petit tuyau. Ce tuyau, glissé le long de la bouche
de la chèvre, là où il n'y a pas de dents, devrait
être assez long pour atteindre l'arrière de la
langue.
Maladies provoquant la boîterie
Les problèmes aux pieds et aux pattes sont
des raisons majeures de réforme des animaux de
laiterie. Ces problèmes, moins fréquemment
congénitaux qu'acquis, peuvent être causés par
un déséquilibre nutritionnel, de la négligence dans
la taille des onglons ou une maladie. Si vous
observez une boîterie, examinez d'abord la
possibilité d'une cause nutritionnelle, regardez si
les onglons sont bien taillés et envisagez ensuite
le fait qu'une maladie puisse en être la cause.
ARTHRITE L'arthrite est simplement l'inflam-
mation d'une articulation. Une mauvaise
conformation peut soumettre une articulation à une
fatigue anormale, entraînant une enflure
55
douloureuse. Des bactéries ou des virus peuvent
aussi envahir la capsule articulaire.
Les cabris peuvent contracter une infection
ombilicale dans les quelques heures qui suivent la
naissance. Si le cordon ombilical n'est pas traité,
des micro-organismes se propagent par cette voie
et s'installent dans les articulations, entraînant
l'apparition d'enflure, de boîterie et d'hyperthermie
dans le mois qui suit. Une boîterie chronique peut
se développer par la suite. Dans les cas aigus,
une infection généralisée peut exiger un traitement
immédiat aux antibiotiques pour sauver le petit.
De toute façon, le développement du jeune sera
retardé et la boîterie risque de devenir plus ou
moins définitive.
L'arthrite suppurante est provoquée par une
lésion sur une articulation ou à proximité, ou par
une infection qui a envahi l'organisme depuis un
certain temps (métrite par exemple) et qui
s'installe dans les capsules articulaires. Si l'on
prélève des échantillons, on peut généralement
détecter dans la lymphe des bactéries ou des
mycoplasmes. Les analyses peuvent en outre
indiquer quel médicament utiliser si l'on décide de
tenter un traitement.
L'arthrite-encéphalite spécifique de la chèvre
est causée par un virus lent, transmis au cabri par
le lait maternel. Ce virus peut causer une forme
de paralysie chez les jeunes, mais dans la plupart
des cas, il reste dormant jusqu'à la maturité de
l'animal. Il cause alors de l'arthrite et d'autres
problèmes. L'oedème du pis est fréquent chez
les femelles infectées, et il empire à chaque mise
bas. Dans certains cas, l'enflure de la partie
supérieure du cou, à la base du crâne, révèle la
maladie. Les symptômes de l'arthrite-encéphalite
spécifique de la chèvre ne se manifesteront
peut-être pas avant quatre ou cinq ans chez une
chèvre infectée, mais pendant ce temps, elle aura
disséminé le virus dans son lait. Le colostrum
aussi en contiendra. Beaucoup d'éleveurs
s'efforcent de briser la chaîne de l'infection en
élevant leurs cabris sans jamais leur donner de lait
ni de colostrum de chèvres non traitées. Le lait
pasteurisé et le colostrum chauffé sont sans
danger pour les cabris, mais de nombreux
éleveurs préfèrent utiliser un substitut du lait ou du
lait de vache, puis sevrer les jeunes assez tôt.
Certains laboratoires recherchent des
anticorps du virus de l'arthrite-encéphalite
spécifique de la chèvre, mais les tests sanguins
ne sont pas toujours fiables. De nombreux
animaux dont les tests s'avèrent négatifs
développent la maladie par la suite, et d'autres
montrent de graves symptômes. Un résultat
positif indique que la chèvre risque de développer
les symptômes à un moment donné. Il n'y a pas
de traitement.
L'arthrite nutritionnelle s'attaque à la chèvre
en croissance. Elle est due à un manque de
calcium ou à un manque d'apport phosphore dans
l'alimentation. Elle peut provoquer des
déformations osseuses et la boîterie. Les jeunes
sont exposés à cette maladie si leur ration
alimentaire contient une forte proportion de grains
et peu de foin ou de fourrage. Même si vous
mesurez le grain que vous leur donnez, veillez à
ce qu'ils mangent aussi leur ration de foin ou bien
réduisez le grain jusqu'à ce qu'ils mangent le foin.
Si vous préférez, ajoutez au mélange de sel que
vous leur donnez du calcaire ou un autre
supplément en calcium. Les symptômes sont une
boîterie peu apparente, un affaiblissement du
paturon et des genoux cagneux aux pattes
antérieures et postérieures.
CARENCE EN VITAMINE D Une carence en
vitamine D entraînera un ramollissement des os et,
par conséquent, des jambes arquées.
MALADIE DES MUSCLES BLANCS Quoiqu'une
carence en sélénium soit la cause la plus directe
de cette affection, des injections de vitamine E
aideront à la prévenir. La maladie attaque en
premier lieu les animaux qui grandissent le plus
rapidement. Si le muscle cardiaque est touché, le
chevreau risque de mourir subitement, pendant
qu'il joue. Si les muscles du squelette sont
gravement touchés, la démarche sera raide, le
chevreau devra souvent se reposer et, d'une
manière générale, il manquera de tonus. Dans les
cas où l'affection persiste depuis longtemps, la
ceinture scapulaire se relâche et les onglons
s'évasent. Les cabris nés avec une carence en
sélénium risquent de mourir au bout de deux ou
trois jours (une carence peut aussi affecter la
mère et contribuer à la rétention du placenta).
Consultez le vétérinaire ou le nutritionniste
pour déterminer si le régime de vos chèvres n'est
pas déficient en sélénium. S'il l'est, veillez à
incorporer des compléments dans la ration de
concentré ou le mélange sel — minéraux.
Beaucoup de mélanges commerciaux ne
contiennent pas assez de sélénium pour
compenser une insuffisance dans l'alimentation.
Le vétérinaire pourra prescrire un traitement
additionnel. Il est particulièrement important que
les chèvres en fin de gestation, les cabris et les
chevreaux en croissance reçoivent assez de
sélénium ou de vitamine E pour éviter toute
complication.
FOURBURE Cette inflammation des tissus de
l'onglon est généralement la suite d'une surcharge
de grains, d'une métrite ou d'une mammite aiguë.
Aux premiers stades, le pied est fiévreux et la
boîterie est visible et douloureuse. Le traitement
de la cause première ou la suppression de l'excès
de grains peut aider à atténuer les dommages; il
pourrait être utile aussi de baigner les pieds de la
chèvre dans l'eau courante froide. Après le stade
aigu, il arrive souvent que les onglons poussent
anormalement vite et deviennent difformes, avec
une élongation du pied et un épaississement de la
56
muraille de l'onglon, qui forme des sillons. Parez
souvent les onglons jusqu'à ce que leur état
finisse par s'améliorer, si jamais ça se produit.
PIÉTIN Cette boîterie infectieuse est due à
l'action combinée de bactéries qui pénètrent dans
le pied par des écorchures et d'une exposition
constante à l'humidité ou au gel. La peau de
l'espace interdigital est attaquée en premier lieu,
devient irritée et semble à vif. Plus tard, l'infection
gagne le tissu sous-ongulé, créant des replis de
matière nécrosée et séparant du pied la partie
cornée de l'onglon.
Chez la plupart des sujets, le piétin cause
une forte boîterie. Beaucoup d'animaux peuvent
être porteurs de la maladie sans en présenter les
symptômes, particulièrement s'ils ont des onglons
trop longs, avec de la matière infectieuse
emprisonnée entre le pied et l'onglon. Pour éviter
cette maladie dans votre troupeau, examinez et
taillez les onglons de chaque nouveau venu avant
de le mettre avec les autres. Si vous soupçonnez
une infection, trempez les pieds de l'animal dans
une solution de sulfate de cuivre ou de zinc, ou
badigeonnez-les avec une solution du commerce.
Lorsque vous taillez les onglons, tous les replis
doivent être vidés et exposés à l'air pour vérifier
s'il n'y a pas d'infection.
Si le piétin se déclare dans le troupeau, il
faut tailler les onglons de toutes les chèvres, isoler
les animaux atteints et commencer un traitement
rigoureux, par des bains de pieds et des
antibiotiques à action systémique. Certains
producteurs croient pouvoir éviter une flambée de
cette infection en donnant du sel riche en iode,
mais les essais sur le terrain n'ont jamais été
concluants. Il est bon toutefois de s'assurer que
le régime de l'animal contient assez de zinc pour
éviter les lésions initiales, qui permettent aux
agents infectieux de pénétrer dans l'organisme.
Infections à clostridies
Les chèvres sont sensibles aux clostridies
qui causent les oedèmes malins, le tétanos et les
entérotoxémies des types C et D. Les clostridies
sont toujours présentes dans l'environnement des
chèvres, mais dans certaines circonstances, elles
se multiplient rapidement et produisent des
toxines.
Le vaccin anti-clostridium polyvalent peut
prévenir ce genre de maladies et devrait être
utilisé régulièrement. Même si les chèvres ne
sont pas exposées à certaines des maladies que
ce vaccin permet de prévenir, son utilisation ne
causera aucun dommage. La vaccination des
chevreaux de moins de 10 semaines ne leur
permet pas de développer une immunité
suffisante, mais ils peuvent la recevoir par
l'entremise de leur mère si celle-ci a été
immunisée de quatre à six semaines avant la
parturition. Si la mère n'a pas été complètement
immunisée plus tôt, elle aura besoin de deux
vaccins : le premier de huit à dix semaines avant
la mise bas et le second quatre semaines plus
tard. Tout animal non vacciné et tous les cabris
nés de mères non vaccinées doivent être traités
de cette façon pour qu'une bonne immunité puisse
se développer. Faites des injections tous les six
mois. De plus, veillez à la salubrité du milieu de
vie et de l'alimentation; cela contribuera à réduire
l'incidence des infections.
OEDÈME MALIN Cette infection se déclare
généralement lorsque Clostridium septicum
pénètre dans l'organisme par une plaie
contaminée (par exemple après la castration), ou
encore à l'occasion d'injections faites dans de
mauvaises conditions d'hygiène ou d'une mise bas
dans un environnement malpropre, ou même par
les orifices des trayons, surtout s'il y a
refroidissement du pis et si la litière est humide.
Les chèvres peuvent mourir de 24 à 48 heures
après l'apparition des premiers symptômes.
L'animal perd l'appétit, souffre de vertiges et fait
de la fièvre; les endroits atteints enflent de façon
marquée et l'enflure se répand rapidement. Si
vous détectez les symptômes assez tôt, des
doses massives d'antibiotiques pourraient être
utiles, mais cette affection est généralement fatale.
TÉTANOS Le tétanos, causé par Cl. tétani, se
manifeste de 10à14jours (parfois plusieurs
semaines) après une blessure profonde qui n'a
pas été ouverte et nettoyée convenablement. Les
symptômes— raideur, spasmes musculaires, pouls
rapide, agitation inhabituelle —évoluent en rigidité
et incapacité de mâcher ou d'avaler. Des soins
prodigués jour et nuit et des antitoxines ont sauvé
certains animaux.
ENTÉROTOXÉMIE (Type C ou D) Cette maladie,
causée par Cl. perfringens, de type C ou D,
entraîne souvent la mort, qui sera le seul
symptôme visible, particulièrement chez les jeunes
animaux. Les adultes atteints d'entérotoxémie de
type D se traînent, souffrent de diarrhée et
d'incoordination, puis meurent en quelques
semaines. Les chevreaux refusent de s'alimenter,
souffrent de diarrhée et meurent dans des
convulsions au bout d'un ou deux jours. Si vous
donnez trop de lait aux cabris, ou trop de grains
aux chevreaux et aux adultes, ils seront plus sujets
à l'entérotoxémie.
Pasteurelloses
Le genre bactérien Pasîeurella est
responsable de nombreuses maladies. La section
sur les maladies respiratoires traite de la fièvre
des transports; la bactérie Pasteurella haemolytica
cause d'autres infections : mammite, arthrite,
méningite. Elle est responsable aussi d'un type
de septicémie présentant des symptômes très
57
similaires à ceux d'une entérotoxémie. En effet,
ce sont le plus souvent de jeunes animaux au
meilleure de leur forme qui en sont affectés, et la
mort soudaine est fréquente. Cette maladie suit
généralement l'introduction d'un niveau de
nutrition plus élevé. Les animaux qui ne meurent
pas immédiatement font de la fièvre, leur
respiration devient superficielle et de l'écume
s'échappe de leur bouche. Souvent, ils restent
immobiles, la tête pendante. Les antibiotiques ont
un succès variable. La prévention est la meilleure
méthode pour éviter les maladies dues aux
bactéries Pasteurella. Essayez de modifier les
rations le plus graduellement possible, pour ne pas
relever trop brusquement le niveau de nutrition.
Mycoplasmoses
Mycoplasma spp. est aussi responsable de
bien des problèmes chez le bétail. Une
pneumonie en sera peut-être le premier signe.
Toutefois, les sujets qui en réchappent peuvent
développer de l'arthrite, être sujets à l'avortement
ou contracter, lors de la mise bas, une forme
contagieuse de mammite qui fait des ravages.
Les foetus peuvent être infectés dans le ventre de
la mère, et les jeunes en buvant du lait cru
contaminé. Les trayeurs eux aussi risquent d'être
contaminés si les mains ou les gobelets trayeurs
ont été en contact avec une chèvre porteuse.
Enfin, une transmission aérienne est possible.
Un troupeau qui n'a jamais présenté de
symptômes peut être infecté si l'on y introduit une
chèvre porteuse, qui évacuera de temps à autre
les micro-organismes dans son lait. C'est
généralement le stress qui déclenche la
dissémination de mycoplasmes par le pis, aussi le
meilleur moment pour faire une culture destinée à
contrôler s'il n'y a pas de germes dans le lait se
situe-t-il quelques jours après la mise bas.
Il suffit d'une chèvre qui répand des germes
pour contaminer les chevreaux qui se nourrissent
à un abreuvoir collectif de lait cru. Les
articulations des pattes s'échauffent et enflent, la
fièvre dépasse 41 °C et la mort peut survenir.
Des symptômes respiratoires sont également
fréquents.
Pour éviter que les mycoplasmes ne
prennent pied dans votre troupeau, analysez le lait
des nouvelles venues dans les deux jours qui
suivent leur arrivée. Tant que vous n'aurez pas la
certitude qu'elles ne sont pas contaminées,
trayez-les en dernier lieu. Ne donnez jamais de
lait cru aux chevreaux. Si possible, réformez les
porteuses connues; sinon, isolez-les et montrez
encore plus de vigilance pour éviter la
contamination réciproque. Le vétérinaire pourra
faire un prélèvement de liquide dans les
articulations enflées pour en faire une culture.
Mammites
Des problèmes survenant lors de la mise bas
(métrite, rétention du placenta) sont souvent les
signes avant-coureurs d'une mammite. Au début
de la lactation, le système mammaire est soumis
à un stress considérable, et la chèvre doit avoir un
système immunitaire en bon état pour le protéger
des infections. Le lait est un milieu de croissance
idéal pour bien des micro-organismes. Certains,
tel Streptococcus agalactia, se développent dans
le lait ou sur les surfaces internes du pis, où ils
causent des dommages. D'autres, comme
Staphylococcus spp., colonisent les tissus
mammaires eux-mêmes et peuvent causer soit
des infections aiguës, soit des infections
chroniques, moins graves mais persistantes. Un
troisième groupe, représenté par exemple par E.
coli et Klebsiella spp., se multiplie rapidement
dans un lait à faible taux de leucocytes, en
causant de l'inflammation et en libérant des
toxines actives dans le corps de la chèvre.
Dans tous les cas de mammite, il faut trouver
exactement le micro-organisme auquel vous avez
affaire. Dès que vous observez les symptômes,
mais avant d'entreprendre tout traitement,
prélevez un échantillon de chaque côté de la
mamelle. Désinfectez à l'alcool l'orifice de chaque
trayon et laissez sécher. Trayez la chèvre à
moitié puis versez les échantillons dans un bocal
STÉRILISÉ (un bocal à aliments pour bébés que
vous aurez fait bouillir fera l'affaire; n'oubliez pas
de stériliser le couvercle), sans permettre aucun
contact avec la poussière ou des poils, ni avec
vos mains. Fermez le bocal immédiatement pour
éviter toute détérioration et remettez-le à un
laboratoire, qui fera des tests afin de déterminer
quel antibiotique sera le plus efficace. Le
vétérinaire vous aidera à interpréter les résultats
des tests et à déterminer la marche à suivre pour
le traitement.
Une mammite commence souvent par la
production d'un lait anormal. De petits flocons
dans un liquide légèrement aqueux peuvent
bientôt devenir des caillots grumeleux, pâteux et
souvent sanguinolents, flottant dans le lactosérum.
Dans le cas d'infections à E. coli, le lait dégage
une odeur nauséabonde, devient brunâtre, aqueux,
et contient de petits granules blancs. S'il s'agit
d'infections à streptocoques ou d'infections aiguës
à staphylocoques, la mamelle s'échauffe et
devient douloureuse. Lorsqu'il s'agit d'infections
à E. coli, la fièvre peut être passagère et on
constate d'abord que la mamelle est dure et
froide. Si la maladie n'est pas enrayée, la chèvre
risque de devenir gravement malade, avec fièvre,
dépression et mammite gangreneuse.
La mammite subaiguë est sans doute
l'infection mammaire la plus répandue. Ceci
58
s'explique notamment par le fait qu'elle est très
difficile à détecter. Le lait ne subit pas de
changements particuliers, bien qu'on puisse
parfois constater un goût anormal. La chèvre ne
présente guère de symptômes, mais sa production
peut diminuer. Le test californien de détection de
la mammite (CMT) ou la numération électronique
cellulaire permettront de détecter un nombre
anormalement élevé de cellules somatiques dans
le lait, ce qui peut indiquer une infection. Les
numérations cellulaires étant plus élevées au
début et à la fin de la lactation, il faut effectuer des
tests régulièrement pour permettre une
interprétation exacte. Une numération cellulaire
élevée justifierait la culture d'échantillons de lait
pour la recherche de micro-organismes; c'est le
plus souvent Staphylococcus spp. qui provoque
les infections chroniques subaiguës.
Même si un traitement immédiat avec un
antibiotique à large spectre s'impose lorsque les
symptômes apparaissent, il faut cependant se
rappeler que les échantillons qu'on envoie au
laboratoire peuvent indiquer que ce traitement est
inefficace contre le micro- organisme en cause.
En fait, dans le cas de mammites chroniques, le
traitement pourra se révéler inefficace jusqu'à ce
que la chèvre soit tarie et qu'on lui applique le
traitement approprié. Dans les cas aigus toutefois,
et particulièrement si la chèvre paraît malade, un
traitement aura toujours plus d'effet que pas de
traitement du tout. Des antibiotiques à effet
systémique (en injections) et des perfusions
intramammaires aideront à combattre le mal.
Si vous pratiquez une perfusion
d'antibiotiques dans la mamelle par l'orifice du
trayon, respectez rigoureusement les règles
d'hygiène pour ne pas introduire dans la mamelle
des micro-organismes qui résistent aux
antibiotiques. Ne prenez pas de raccourcis;
suivez les instructions à la lettre pour éviter toute
contamination de l'orifice, de la canule et de la
solution elle-même.
Autres maladies
DERMATITE MYCOSIQUE Cette maladie de la
peau causée par un champignon microscopique
apparaît généralement sous forme de plaques
circulaires de la taille d'un dix cents sur la tête et
la face. Les autres formes peuvent être moins
faciles à détecter, produisant des zones où la
peau est sèche et squameuse et où le poil a
tendance à tomber. Une chèvrerie sale et humide
est un milieu favorable. Si les symptômes
apparaissent, il est grand temps de nettoyer la
chèvrerie et d'installer une nouvelle litière sèche,
ce qui arrêtera souvent la dissémination de la
maladie dans le troupeau. Si la mycose sévit dans
le troupeau depuis un certain temps, vous devrez
désinfecter les murs de la chèvrerie, les
mangeoires et les cloisons avec du Captan ou un
produit similaire. Frottez fort ou utilisez un jet
d'eau puissant pour obtenir le meilleur résultat.
Épouillez le troupeau si les poux ont répandu la
maladie. Des suppléments de vitamine A peuvent
aussi être nécessaires.
Traitez les cas isolés en brossant les croûtes
squameuses des plaies et badigeonnez de teinture
d'iode ou d'une autre préparation fongicide. Pour
éviter les démangeaisons locales, mélangez la
teinture d'iode à de la glycérine pour adoucir la
peau. Quel que soit le médicament utilisé,
appliquez-le quotidiennement ou tous les deux
jours jusqu'à la guérison. Pendant le traitement,
portez des gants de caoutchouc et un vêtement
protecteur, car ces mycoses se transmettent aux
humains.
AFFECTIONS DES YEUX Au début, l'animal
larmoie, la conjonctive est enflammée, puis la
cornée s'opacifie et se voile; en dernier lieu, une
ulcération qui peut éclater apparaît sur la cornée.
Les mycoplasmes, le chlamydia et surtout les
rickettsies sont des causes possibles des
affections des yeux. La chèvre atteinte est
sensible à la lumière; aussi faut-il la laisser dans
un endroit sombre tant que les symptômes
persistent. Le vent et la poussière, en asséchant
et en irritant les yeux, exposent souvent l'animal à
l'infection. Une carence en vitamine A est aussi
un facteur important.
Un traitement précoce aidera à minimiser les
dommages. N'utilisez que les solutions et les
pommades recommandées par le vétérinaire. NE
METTEZ JAMAIS DE POUDRE DANS LES YEUX.
Les poudres irritent les yeux et stressent l'animal
inutilement. Si le problème persiste, une injection
d'antibiotiques directement sous la cornée peut
faciliter la guérison. Ces affections sont très
contagieuses et, dans certains cas, il y a
apparemment transmission aérienne.
ECHTYMA BUCCAL (Stomatite contagieuse ou
orf) Cette maladie est transmise par un virus qui
attaque généralement des jeunes ou des animaux
qui ont déjà été exposés à la maladie. Certaines
souches sont plus virulentes que d'autres: quelle
que soit la souche, l'immunité peut devenir
imparfaite au bout d'un an ou deux. Cette maladie
débute généralement par l'apparition de cloques
autour des lèvres ou des narines. Les plaies
s'étendent et se multiplient, s'assèchent puis
forment des croûtes. Finalement, après deux ou
trois semaines, les croûtes se cicatrisent et
tombent, laissant des plaques de peau dénudée.
Ces taches disparaissent au bout de quelques
jours. On ne peut faire grand chose contre cette
maladie, si ce n'est lui laisser suivre son cours et
empêcher une infection bactérienne secondaire en
appliquant des solutions antiseptiques. C'est pour
la mère qui nourrit un cabri infecté que la maladie
peut avoir les pires conséquences. Si cette
chèvre a une faible immunité, elle développera des
plaies sur le pis et les trayons et risque de
59
contracter une mammite. L'echtyma est
extrêmement contagieux. Si vous remarquez
qu'un de vos chevreau en est atteint, séparez tous
les petits de leur mère et sevrez-les, ou
nourrissez-les au biberon ou à l'écuelle. Cette
maladie est aussi transmissible aux humains
lorsqu'il y a contact avec les plaies ou les croûtes.
Protégez-vous donc du mieux que vous pouvez et
portez des gants de caoutchouc.
Vous pouvez acheter un vaccin contre
certaines souches du virus ou en préparer un
vous-même en broyant les croûtes d'un des
premiers animaux atteints dans un peu d'eau
distillée et en utilisant cette solution comme un
vaccin commercial. Mettez à vif en grattant une
petite surface de peau dénudée et appliquez-y
cette solution. L'intérieur de l'oreille est un des
endroits utilisés pour vacciner les chèvres de cette
manière. La face interne de la queue en est un
autre. Une plaie se développera à cet endroit et
sera tout aussi contagieuse que la maladie
elle-même, mais on peut espérer que la bouche
ne sera pas atteinte et que l'immunité sera
acquise. Si l'on prépare les chevreaux au
printemps en vue d'une exposition, il faut les
vacciner au moins six semaines à l'avance; ils ont
en effet besoin d'une période d'incubation de 10 à
15 jours, puis d'une période infectieuse de trois
semaines, et enfin d'une semaine supplémentaire,
par précaution.
Bien que l'on n'admette pas d'animaux
atteints d'echtyma dans les expositions, vos
chèvres risquent toujours d'être infectées par des
chèvres étrangères. La prévention par la
vaccination évite bien des problèmes.
ABCÈS Un animal peut faire un abcès pour
toutes sortes de raisons : un corps étranger, telle
une écharde, ou une contusion profonde
provoqueront une accumulation locale de globules
blancs avec formation de pus, même en l'absence
de bactéries. Un échantillon du contenu de
l'abcès ne révélera que peu ou pas d'agents
infectieux, tels que les staphylocoques ou les
streptocoques.
Dès que vous décelez un abcès chez une de
vos chèvres, faites analyser un échantillon du
contenu pour détecter la présence possible de
Corynebacterium pseudotuberculosis, aussi connu
sous le nom de Corynebacterium ovis. Cette
bactérie est la cause d'abcès répétés, au niveau
des glandes lymphatiques en particulier, et peut
entraîner le dépérissement et la mort des animaux
très atteints. Typiquement, le contenu de ce type
d'abcès est blanc verdâtre et inodore. Lorsque
l'abcès mûrit, le pus sèche et devient «caséeux».
On appelle lymphadénie caséeuse la maladie
causée par cette bactérie, qui se loge dans les
glandes lymphatiques et s'agglutine par grappes,
s'entourant d'une membrane de mucus quasi
impénétrable. Plus cette colonie se développe,
plus la capsule qui l'entoure devient fibreuse. Les
antibiotiques n'arrivent pas à franchir la paroi de
l'abcès. Lorsque la maladie suit son cours normal,
l'abcès grossit jusqu'à atteindre une certaine taille
(variable) et la paroi s'amincit en un endroit. Si
cet amincissement se produit vers l'extérieur, les
poils tombent avant que l'abcès ne crève et que
son contenu ne s'écoule. Si l'abcès crève vers
l'intérieur, la boule semble simplement disparaître,
mais en fait, le pus continue à répandre l'infection
dans tout le corps. L'espace entre les poumons
et le coeur, les tissus conjonctifs entourant les
intestins, le foie et même les capsules articulaires
peuvent être infectés d'abcès multiples. La
chèvre atteinte de plusieurs abcès internes peut
répandre des particules infectieuses dans les
matières fécales ou même en toussant.
Un troupeau qui n'a jamais montré de signes
de cette maladie peut être contaminé par une
chèvre provenant d'un troupeau contaminé, que
celle-ci présente ou non des traces d'abcès (ou
d'abcès guéri). Certaines chèvres semblent plus
résistantes que d'autres; il y en a qui développent
un abcès isolé et qui n'en auront jamais un
second.
La conduite du troupeau et le degré d'expo-
sition des animaux à des germes pathogènes
jouent un rôle dans les risques d'apparition d'une
infection. En isolant complètement les nouveaux
cas avant que les abcès n'éclatent, vous
minimiserez les risques de contamination.
Si c'est possible, videz entièrement l'abcès
avant qu'il ne crève de lui-même. S'il est déjà
ouvert, videz-le, nettoyez et grattez l'intérieur de la
capsule et lavez la cavité avec une solution
antiseptique. Stérilisez ensuite la plaie avec de
l'alcool ou de la teinture d'iode, et asséchez. Ne
laissez pas l'animal retourner dans le troupeau tant
que la plaie ne sera pas entièrement cicatrisée. Si
un second abcès apparaît, songez sérieusement
à réformer l'animal avant qu'il ne contamine tout le
troupeau. Si plusieurs animaux sont atteints en
même temps, les possibilités d'enrayer la maladie
seront très réduites.
Le pus d'un abcès caséeux est porteur de la
bactérie; il l'empêche de se dessécher et d'être
au contact des rayons solaires, qui l'inactiveraient.
Si vous devez utiliser des enclos que vous croyez
infectés, nettoyez toutes les surfaces avec un jet
puissant d'une solution antiseptique modérément
concentrée et séchez complètement. Ce
traitement est assez sûr.
Un nouveau vaccin qui donne des résultats
encourageants a été obtenu en combinant un
vaccin contre la lymphadénie caséeuse et
plusieurs vaccins anti-clostridium. Les chevreaux
qui ont été vaccinés deux fois avant l'âge d'un an
semblent résister mieux à l'infection. On obtient
ce vaccin par l'entremise du vétérinaire. La
conduite du troupeau reste un facteur important du
succès du programme.
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Corynobacterium pyogenes est une bactérie
très parente de celle qui cause la lymphadénie
caséeuse. Ce micro-organisme est presque aussi
difficile à déloger que son cousin, mais l'infection
débute presque toujours par quelque atteinte
préalable. Une engelure, une blessure ou un
autre traumatisme physique lui permettront de se
loger dans le corps, provoquant la mammite, la
laryngite nécrotique ou le piétin. Le pus des
abcès est plutôt liquide et jaunâtre. Un traitement
aux antibiotiques à effet systémique se révèle
généralement inefficace.
Pour empêcher la bactérie de s'attaquer à
vos chèvres, protégez les trayons des engelures
et évitez les blessures dues à des objets
coupants, comme les fils barbelés. Nettoyez le
plus tôt possible toutes les plaies, même les
écorchures, avec un antiseptique.
Un kyste peut avoir l'aspect d'un abcès. Il
est par contre généralement rempli d'un liquide
clair. Des kystes se forment souvent sur les
conduits salivaires. Ils sont gênants mais pas
contagieux.
PARATUBERCULOSE CAPRINE En raison de la
longue période de latence, les symptômes de
cette maladie ne se manifestent que lorsque
l'animal a plus de 2 ou 3 ans. Les excréments
sont porteurs de la maladie bien avant que les
symtômes n'apparaissent. L'infection atteint le
plus souvent les cabris de moins de 6 mois.
L'agent pathogène, une mycobactérie, peut
résister plus d'une année dans les excréments ou
les sols contaminés.
Il est très difficile, voire impossible, d'établir
le diagnostic avant l'apparition des signes
cliniques. On observe un amaigrissement
progressif et une détérioration de l'état général,
avec une baisse de la production, même si
l'appétit se maintient. La diarrhée apparaît au
cours de la dernière semaine et la mort s'ensuit.
L'autopsie révèle un épaisissement et un
plissement caractéristiques de la paroi de l'intestin
grêle qui empêchaient l'absorption des matières
nutritives. On peut cultiver le micro-organisme à
partir d'échantillons de tissus de la zone affectée.
Dès que vous vous rendez compte qu'il y a
des individus infectés dans le troupeau, vous
pouvez prendre des mesures pour empêcher la
propagation de la maladie. Il faut séparer les
cabris de leur mère dès la naissance et les élever
sans qu'ils puissent entrer en contact avec les
matières fécales des adultes. Si le troupeau
s'enrichit fréquemment de nouveaux animaux,
provenant d'élevages dont on n'a pas l'assurance
qu'ils sont exempts de paratuberculose, vous vous
éviterez des problèmes en élevant les jeunes de
cette façon. Vous aiderez aussi à enrayer la
propagation de plusieurs autres maladies en
réduisant le plus possible les quantités
d'excréments auxquelles tous les animaux sont
exposés.
LISTÉRIOSE Si une chèvre en gestation
contracte cette maladie, elle risque fort d'avorter.
C'est probablement par la bouche que la bactérie
s'introduit dans l'organisme. Il semble parfois que
c'est un lot d'ensilage donné qui produit des cas
de listériose; quand on change de lot, il n'y a pas
de nouveaux cas qui surviennent. Le germe peut
aussi être transmis par les poux. Lorsqu'une
chèvre avorte, faites faire une culture sur le
placenta et le foetus pour déterminer la présence
du micro-organisme (qui peut se retrouver pendant
plusieurs mois dans le lait de la chèvre). Les
humains peuvent contracter la maladie, qui
provoque des avortements et des méningites.
La listériose chez une chèvre non gestante
prend la forme d'une encéphalite, avec fièvre,
manque de coordination des mouvements et
manque d'appétit. La chèvre s'isole généralement
dans un coin et s'appuie contre le mur. Elle bave,
et a souvent une ou les deux oreilles pendantes;
les muscles de la tête et du cou semblent
spécialement tendus. On parle parfois de «circling
disease», car on voit l'animal tourner en rond,
toujours dans le même sens. Si vous entreprenez
le traitement assez tôt avec de fortes doses
d'antibiotiques, il sera possible de sauver l'animal.
C'est à la fin de l'hiver ou au début du
printemps qu'une attaque de listériose risque le
plus de se produire; souvent, une période de
temps plus chaud survenue la semaine
précédente aura été suivie d'un refroidissement.
Isolez immédiatement les animaux malades.
AVORTEMENT CHLAMYDIAL ET VIBRIOSE Ces
deux maladies se manifestent par des symptômes
quasi identiques. L'avortement se produit au
cours des deux derniers mois de la gestation,
sans guère de signes précurseurs. Les primipares
et les chèvres qui n'ont jamais été exposées
précédemment à la maladie sont celles qui
courent le plus de risques.
Un diagnostic en laboratoire sur le foetus et
le placenta permettra de différencier les deux
micro-organismes. Il existe des vaccins qui
permettent de prévenir le retour de la maladie les
saisons suivantes; vous pouvez empêcher dans
une certaine mesure qu'elle ne se déclare en
administrant des antibiotiques au cours des
dernières semaines de la gestation. Il n'est pas
prouvé que le bouc puisse transmettre l'une ou
l'autre de ces maladies. Par contre, les
enveloppes foetales et les matières expulsées lors
d'un avortement sont très infectieuses : les
chevrettes risquent d'être infectées à la naissance
ou peu après, en grignotant de la litière souillée,
sans montrer aucun signe de maladie jusqu'à leur
première gestation.
TOXOPLASMOSE Les chats domestiques sont
souvent porteurs du protozoaire qui provoque
cette maladie; il est évacué par intermittences
dans leurs matières fécales, où il peut survivre
61
plusieurs mois. Une solution d'iode ou
d'ammoniaque à forte concentration tuera le
parasite. Chez les chèvres adultes, des
symptômes tels qu'un léger manque de
coordination ne dureront peut-être que quelques
jours; elles feront parfois de la diarrhée.
Toutefois, chez une chèvre en fin de gestation, le
parasite risque de se localiser dans l'utérus,
provoquant l'avortement ou la naissance de cabris
malingres. Après l'infection, la chèvre transmet le
micro-organisme au lait pendant une période
indéfinie. S'il boit ce lait non pasteurisé, l'être
humain peut être contaminé, ce qui entraîne des
avortements et des malformations foetales.
MÉTRITE Une infection microbienne de la matrice
suit souvent un avortement ou une parturition
difficile, surtout en présence d'une rétention
entière ou partielle du placenta. Même une mise
bas normale peut ouvrir la porte à la pénétration
d'organismes pathogènes dans les voies génitales,
si elle se fait dans de mauvaises conditions
d'hygiène. Les organismes qui provoquent la
métrite peuvent être n'importe quel de ceux,
nombreux, qui vivent dans l'environnement de la
chèvre. Ce sont les animaux affaiblis par une
blessure ou par la malnutrition qui sont envahis.
Les symptômes généraux apparaîtront de
une à trois semaines après la mise bas. La
chèvre refuse de s'alimenter, devient dépressive
et fait plus de 40 °C. La maladie risque de
devenir chronique si elle n'est pas traitée; la
chèvre se rétablit (en apparence complètement),
mais l'utérus s'épaissit et s'emplit de pus. Le col
devient parfois impénétrable, la chirurgie étant
alors la seule façon d'introduire des antibiotiques
dans l'utérus. A ce stade, cependant, même la
chirurgie n'a que peu de chances de succès.
La prévention commence par une bonne
nutrition. Il faut en particulier que les chèvres
reçoivent assez de sélénium pour éviter une
rétention du placenta. Si vous voyez une chèvre
mettre bas ou avorter, isolez-la dans une zone
propre. Si elle n'arrive pas à expulser le placenta
dans les quatre heures qui suivent la naissance
des cabris, vous pourriez lui donner une injection
d'oxytocine ou de prostaglandine, qui favorisera
les contractions de l'utérus.
Une chèvre saine a de bonnes chances de
combattre l'infection sans administrations
régulières d'antibiotiques et la décomposition
pourra être limitée aux matières placentaires. Par
contre, une chèvre dont l'état général est
médiocre ou qui souffre d'épuisement ou de
maladie résistera moins bien à l'invasion des
tissus utérins par des organismes pathogènes; des
antibiotiques pourront lui être utiles après la mise
bas. Si elle commence à présenter des signes
d'infection, traitez-la immédiatement selon les
recommandations du vétérinaire.
Principales maladies des chèvres
transmissibles aux humains
Les humains peuvent contracter de
nombreuses maladies des animaux. Dans le cas
des animaux laitiers, le principal danger vient du
lait qui contient des germes pathogènes.
Certaines des maladies classiques transmises par
le lait (tuberculose, brucellose) sont extrêmement
rares en Amérique du Nord; cependant, le lait de
chèvre peut contenir d'autres organismes, même
si personne ne soupçonne que l'animal est
infecté. La liste suivante reprend certaines
maladies qui ont déjà été mentionnées, mais sur
lesquelles il est bon d'insister :
LISTÉRIOSE Cette maladie peut provoquer des
avortements, des fausses couches ou des
méningites chez les humains.
FIÈVRE Q (Fièvre du berger) Cette maladie
affecte peu les chèvres mais peut être transmise
aux humains par le lait cru ou les liquides foetaux.
Les symptômes sont d'allure pseudo-grippale,
avec fièvre; la maladie peut entraîner la mort chez
les bébés et les cardiaques.
TOXOPLASMOSE Cette maladie est provoquée
par un parasite protozoaire qui est évacué par
intermittences dans le lait des porteuses et qui se
localise dans l'utérus des femmes enceintes. Elle
provoque des malformations foetales ou des
fausses couches. Si le foetus est infecté, le bébé
risque d'être aveugle de naissance.
SALMONELLOSE Le lait non pasteurisé est
assurément une source majeure d'infections. Les
salmonelles peuvent aussi contaminer le lait en se
propageant dans l'air. Les symptômes gastro-
intestinaux, notamment la diarrhée, peuvent être
graves, surtout chez les très jeunes enfants et les
personnes très âgées.
AFFECTIONS GASTRO-INTESTINALES La
yersiniose, la shigellose et la campylobactériose
sont aussi transmissibles par le lait non pasteurisé.
AUTRES RACES
L'Angora
La chèvre de race Angora est élevée pour sa
toison, le mohair, l'une des fibres les plus
précieuses produites dans notre pays. Plus
petites que les laitières, les chèvres angoras
pèsent de 27 à 45 kg à maturité. Elles sont
cornues et robustes sans être épaisses. La robe
devrait être toute blanche, mais on tolère que les
oreilles et le nez soient tachetés. On laissera les
cornes intactes, car elles aident ces chèvres à
faire leur toilette et à se défendre.
62
La toison devrait couvrir le corps entièrement
—les oreilles, les yeux, le nez et la bouche étant
les seules zones qui n'en sont pas recouvertes.
Idéalement, les poils devraient être de longueur et
de qualité uniformes et le rendement devrait
atteindre de 5 à 7 kg par an. En général, les
fibres provenant d'animaux jeunes ont plus de
valeur commerciale. Lorsque l'animal atteint l'âge
de 8 ans, la qualité du poil diminue.
La conduite de l'élevage des chèvres
angoras ne sera pas la même que pour les
chèvres laitières. La toison demande des soins
spéciaux si l'on veut qu'elle ait de la valeur.
Comme les moutons, ces animaux ont des
besoins particuliers à cause de leur toison dense;
ils souffrent parfois de problèmes qui ne sont pas
courants chez d'autres chèvres.
Les Naines : la Pygmée et la
Nigérienne
Les chèvres naines ressemblent à des
chèvres laitières miniatures. Elles ont les oreilles
dressées, la face droite et peuvent présenter
n'importe quelle combinaison de couleurs. Pour
pouvoir être enregistrées au Canada, elles ne
doivent pas être mottes et la hauteur au garrot ne
doit pas dépasser 58 cm chez les boucs et
55,5 cm chez les femelles.
La chèvre Pygmée est un animal trapu, bien
musclé, chez qui le cou et le canon (partie
inférieure des jambes) sont courts. Elle doit avoir
des oreilles dressées et être née cornue. Elle doit
aussi avoir une face concave et certaines marques
de couleur particulières, bien que différents tons
soient admis. Les marques normales sont le
museau, le front, les yeux et les oreilles de toutes
couleurs, sauf chez celles qui sont noires,
blanches ou caramel. Les animaux dont la couleur
de base n'est pas foncée doivent avoir une bande
dorsale avant foncée, ainsi que les onglons et les
canons arrière, la couronne, la bande dorsale et la
martingale foncés. Pour les chèvres Agoutis,
blanc et caramel, des bandes verticales claires sur
des canons foncés sont acceptables; toutes les
autres taches sont des défauts graves, mais ne
disqualifient pas l'animal au point d'empêcher
l'enregistrement. Cette race doit également
atteindre la même taille maximum standard que les
Naines.
Les deux races miniatures sont surtout
élevées comme animaux de compagnie. On les
trouve dans les mini-zoos, mais elles sont
généralement le centre d'intérêt dans les petites
fermes où les enfants veulent avoir des animaux
affectueux, faciles à élever.
Pour de plus amples
renseignements
Si vous souhaitez obtenir plus de ren-
seignements sur ces races caprines, écrivez à la
Société canadienne des éleveurs de caprins, dont
vous pouvez obtenir l'adresse actuelle à Agri-
culture Canada, Direction générale des communi-
cations, Ottawa K1A0C7 Tél. : (613) 995-5222.
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